5 faits marquants sur Peggy Guggenheim

5 faits marquants sur Peggy Guggenheim
Crédit photo : Keystone Features/Hulton Archive/Getty Images

Excentrique, avant-gardiste, libre, déterminée et passionnée : la flamboyante Peggy Guggenheim est une figure emblématique de l’art moderne du 20e siècle. Voici cinq faits marquants sur cette mécène et collectionneuse au flair légendaire qui a joué un rôle déterminant dans la réussite d’innombrables artistes.

 

Une enfance loin des clichés

Marguerite « Peggy » Guggenheim naît le 26 août 1898 à New York au sein d’une richissime famille juive. Si le chemin de l’héritière semble tracé d’avance, la cadette d’une fratrie de trois filles s’ennuie et rêve d’indépendance. Son monde s’écroule en 1912, alors qu’elle n’a que 13 ans, quand son père adoré disparaît dans le naufrage du Titanic, celui-ci ayant cédé sa place dans un canot de sauvetage à des femmes et des enfants. Qui plus est, la famille se retrouve alors sans le sou, le paternel ayant dilapidé toute sa fortune avant sa mort. 

À 21 ans, elle hérite de son grand-père et part sillonner les États-Unis. À son retour, elle commence à travailler dans une librairie new-yorkaise. Elle y rencontre des gens de lettres qui feront naître en elle un intérêt pour l’Europe et l’art moderne.

 

L’apprentissage de l’art 

Peggy Guggenheim s’installe à Paris deux ans plus tard et épouse le romancier français Laurence Vail. De cette union naîtront Sindbad et Pegeen. Le couple mène une vie de bohème et côtoie des artistes de grand talent, dont un certain Marcel Duchamp. Le plasticien, inventeur des ready-made, devient le mentor de l’Américaine; il lui enseigne tout ce qu’elle doit savoir sur l’art moderne, l’art abstrait et le surréalisme. 

Fraîchement divorcée, Peggy Guggenheim déménage à Londres avec l’écrivain John Holmes. Elle ouvre sa première galerie en 1938, Guggenheim Jeune. Sur les conseils avisés de Marcel Duchamp et de Jean Cocteau, qui participe lui aussi activement à l’éducation artistique de la galeriste, elle expose les œuvres d’artistes en émergence comme Wassily Kandinsky, Yves Tanguy, Alexander Calder ou encore Constantin Brâncuși. Elle vient de trouver un sens à sa vie et un moyen d’utiliser sa fortune à bon escient : le mécénat.

 

Une collectionneuse au flair extraordinaire

Peggy Guggenheim retourne vivre en France. Elle court les ateliers de jeunes artistes qui peinent à vendre leurs œuvres pour dénicher tableaux, sculptures et objets d’art en vue de les exposer dans son musée rêvé. Jean Arp, Francis Picabia, Man Ray, Alberto Giacometti, Salvador Dalí, Joan Miró, Pablo Picasso, Max Ernst, Georges Braque ou encore Wassily Kandinsky, qu’elle affectionne particulièrement, ne sont que quelques-uns des talents qui figureront dans son impressionnante collection

Quand elle apprend que l’armée d’Hitler est aux portes de Paris, elle n’a d’autre choix que de mettre ses précieuses acquisitions en lieu sûr pour éviter qu’elles finissent brûlées par les nazis, qui proclament que le surréalisme est un « art dégénéré ». La mécène se tourne alors vers le Louvre, qui refuse de conserver sa collection, la jugeant trop moderne. Les œuvres sont alors entreposées dans une grange, sous des bottes de foin, puis cachées au Musée de Grenoble avant d’être envoyées aux États-Unis illégalement. Sa fortune et des relations permettent également à beaucoup d’artistes comme André Breton, Yves Tanguy et Max Ernst, qui deviendra son mari, de s’exiler en terre américaine.

Peggy Guggenheim dans sa maison Vénitienne le 28 décembre 1961.
Peggy Guggenheim dans sa maison vénitienne le 28 décembre 1961, crédit photo : Keystone Features/Getty Images

D’André Breton à Jackson Pollock

De retour dans sa ville natale, Peggy Guggenheim poursuit sur sa lancée. Elle continue d’enrichir sa collection avec des œuvres surréalistes et de nouveaux talents, qu’elle révèle dans sa galerie inaugurée en 1942 qui devient rapidement un lieu incontournable, Art of This Century. Elle y présente notamment les peintures de sa fille, Pegeen, à l’occasion de deux expositions consacrées aux femmes. Celle-ci meurt d’une surdose de médicaments à l’âge de 41 ans.  

Sa passion pour l’art moderne permet non seulement aux surréalistes d’Europe de se tailler une place en Amérique, elle contribue aussi largement à la naissance de l’expressionnisme abstrait, un mouvement lancé par des artistes des États-Unis comme Mark Rothko et Jackson Pollock. Si Peggy Guggenheim semble dubitative face au travail de Pollock, pourtant endossé par Piet Mondrian, la mécène le prend sous son aile en lui offrant un soutien financier et de la visibilité. Elle lui consacre d’ailleurs une partie de ce qui sera la dernière exposition de sa galerie new-yorkaise avant sa fermeture en 1946.

 

Sa période vénitienne

Peggy Guggenheim part de nouveau en Europe avec une collection de plus en plus étoffée, dont un nombre impressionnant d’œuvres de Jackson Pollock, qu’elle est invitée à présenter à la Biennale de Venise, en 1948. L’événement terminé, la mécène part en quête d’un lieu pour entreposer ses pièces d’art. Elle s’installe finalement avec ses nombreux chiens au Palazzo Venier dei Leoni, un palais inachevé devenu musée nommé Collection Peggy Guggenheim. La flamboyante mécène y vit jusqu’à son décès, le 23 décembre 1979. Ses cendres sont enterrées dans le jardin du palais, aux côtés de ses compagnons à quatre pattes. À sa mort, la Fondation Solomon R. Guggenheim, créée par son oncle en 1937, prend possession de sa collection d’œuvres d’art ainsi que du musée. Le lieu est toujours ouvert au public et accueille régulièrement des expositions d’art moderne.