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Alexane Jamieson : ronde, rousse et assumée

Alexane Jamieson : ronde, rousse et assumée

Laurence Godcharles

8 août 2019

Alexane Jamieson me donne rendez-vous dans un bistro du Quartier des spectacles, à Montréal. Jeune Juliette, le film dans lequel l’actrice interprète le rôle-titre, prendra l’affiche le vendredi 9 août. Depuis très tôt ce matin, Alexane enchaîne les entrevues, les séances photos et les égoportraits afin de faire la promotion du long métrage. J’aurai 20 minutes top chrono pour la rencontrer. Ensuite, ce sera au tour des autres journalistes. 

 

Perchée sur ses talons hauts, trahissant ses quelque cinq pieds et des poussières, Alexane se dirige vers moi avec assurance. « C’est un mois très excitant, me dit-elle. Tous les jours, je vis une première fois et j’adore ça. » Pourtant, à voir l’aisance avec laquelle elle s’entretient avec les médias, on pourrait croire qu’elle a 20 ans de carrière derrière la cravate. Ou derrière sa jolie robe bleue, dans ce cas-ci.  

 

Juliette est son « premier premier rôle ». La Lavalloise avait auparavant décroché quelques contrats au petit écran, notamment dans 30 vies, ainsi qu’au théâtre, dans la pièce Ennemi public d’Olivier Choinière, mais jamais un rôle d’une telle importance ne lui avait été proposé.

 

Cela dit, vu son ambition, ce n’était qu’une question de temps. 

 

« Je sais ce que je veux »

 

Alexane Jamieson a fait ses débuts dans l’industrie du spectacle vers l’âge de 6 ans. La rouquine aux yeux pers se rappelle qu’à l’époque, elle voulait déjà sérieusement devenir actrice. « J’ai demandé à ma mère d’être “dans la télévision”, se rappelle-t-elle. Au départ, elle doutait que je comprenne vraiment ce que ça signifiait. Mais je l’ai convaincue. »

 

Alexane Jamieson / Crédit : Martin Ouellet-Diotte

 

Son assurance, qu’elle évite de qualifier de « tête de cochon », lui a même permis d’acquérir ses premiers crédits de l’Union des artistes. « C’était dans la série jeunesse Une grenade avec ça?, dit-elle. J’interprétais une cliente du restaurant Captain Creighton et la seule chose que je devais faire, c’était de sourire en recevant mon plateau de nourriture. »

 

Au grand désespoir de l’équipe de production, et malgré les maints avertissements — « c’est un rôle muet Alexane, mu-et » —, elle ne parvenait pas à garder le silence. « Chaque fois que j’étais servie par l’interprète du caissier, je répondais “merci” », raconte-t-elle en riant. 

 

Près de 10 ans plus tard, elle se réjouit que cette « tête dure » l’ait conduite vers la jeune femme qu’elle est devenue aujourd’hui. Néanmoins, elle avoue qu’elle aurait dû se taire… même si elle ne faisait qu’avoir de bonnes manières!

 

Assumer son corps

 

Le choix de « la » Juliette n’a pas été évident pour la réalisatrice Anne Émond, qui en est à son quatrième long métrage. Si le charme de ce personnage réside principalement dans ses différences, son interprète se devait de posséder une personnalité assez « forte » pour les assumer.

 

Jeune Juliette raconte le passage d’une jeune fille de l’enfance à l’adolescence. « Elle prend conscience de l’importance – voire de l’existence – du regard que posent les gens sur elle. L’enfant qu’elle est ne se rend même pas compte qu’elle est rondelette; c’est dire qu’elle ne se rend pas compte que les autres le remarquent », souligne la cinéaste, qui avoue s’être inspirée de sa propre jeunesse pour rédiger ce scénario. 

 

 

 

Aux yeux de la comédienne, le processus d’audition a paru très long : « La première [audition] s’est déroulée en mars 2018. J’ai su que je tenais le rôle environ trois mois plus tard. » Il faut dire qu’à l’époque, Alexane Jamieson ne présentait pas exactement le profil recherché par l’autrice. 

 

« On m’a demandé de prendre du poids, conte l’adolescente. Au début, je trouvais ça étrange, mais ça ne m’a pas dérangé. » Alexane Jamieson, qui a d’ailleurs longtemps souffert de surpoids, croit que cette demande se montrait tout à fait raisonnable en raison du message véhiculé dans le film.

 

Selon elle, pour avoir l’effet escompté, il fallait absolument que le personnage de Juliette se différencie des autres. « Ce qui m’a vraiment aidée pour jouer Juliette, c’est que trois ans plus tôt, j’avais vécu moi-même ce qui lui arrive. » À cause de ses cheveux roux, de son poids et même de son métier, Alexane a vécu de l’intimidation.

 

« Un intimidateur va trouver n’importe quel sujet pour intimider, dit la jeune comédienne. Je ne sais pas pourquoi les gens font ça. Pour avoir de l’attention? » Heureusement pour elle, il semblerait que cette période soit révolue. 

 

L’enfance n’a pas toujours été rose pour la passionnée de théâtre et de photographie. Mais elle constate que cette époque lui a permis d’évoluer et, surtout, de s’assumer.

 

Ce que je vois dans le miroir, je l’aime. Si toi tu ne l’aimes pas, tu peux regarder ailleurs. Il n’y a aucun problème, déclare-t-elle.

 

Bien qu’Alexane considère Juliette comme un rôle de composition, elle croit néanmoins partager avec son personnage certains traits de personnalité qui sauront, elle l’espère, toucher le public.

 

Le film Jeune Juliette prendra l’affiche au Québec le vendredi 9 août.

 

Pour en connaître davantage sur la comédienne et la réalisatrice Anne Émond, rendez-vous sur le blogue cinéma d'ICI Radio-Canada Télé.