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« Un album comme un appel à l’authenticité. » Cette phase de l’auteur-compositeur-interprète Aliocha, qui se dépouille de son patronyme, Schneider, lorsqu’il chante et fait résonner claviers et guitare, traduit parfaitement la démarche derrière son deuxième album long, Naked, qui conjugue sobriété et finesse artistique.

 

Sur son premier long, Eleven Songs, paru en 2017, Aliocha proposait un folk-rock chaud, raffiné et résolument rétro, vertement inspiré de son amour des songwriters américains à la Dylan et Simon and Garfunkel.

 

Vidéoclip de la chanson Sarah, tirée de l’album Eleven Songs

 

 

Cette fois-ci, le musicien né en 1993 n’a rien perdu de son raffinement, mais la facture musicale de Naked — titre on ne peut plus évocateur — se fait plus dépouillée, les arrangements se révèlent plus minimalistes, ce qui met sa voix, soyeuse et claire, à l’avant-plan, constate-t-on. « C’est exactement ce qu’on voulait faire : quelque chose de plus simple, de plus épuré », corrobore Aliocha au téléphone, prenant une pause durant la répétition de son futur spectacle.

 

Le « on », c’est également l’ingénieur sonore français Samy Osta, connu pour son travail auprès de La Femme et de Feu! Chatterton notamment, qui réalise les opus d’Aliocha depuis son minialbum initial, Sorry Eyes, sorti en 2016.

 

« Je souhaitais me rapprocher de moi », relate le multi-instrumentiste aux rênes de son projet, qui s’est demandé, alors qu’il réfléchissait à la direction de son deuxième album, s’il serait guitare-voix, « pour aller au cœur de ce que fais… Mais je trouvais ça ennuyant », avoue-t-il candidement, en rigolant.

 

Vidéoclip de la chanson Peggy. Aliocha se réjouit d’avoir réalisé les trois clips tirés de l’album Naked avec son petit frère, Vassili.

 

 

L’artiste né en France, mais ayant vécu l’essentiel de sa vie au Québec, désirait donc se défaire de ses influences folk, sans les abandonner pour autant (comme en fait foi Run Baby Run). Attiré par la mouvance électro actuelle, citant en exemples James Blake et Rhye, « qui font des trucs super épurés », il a désiré l’explorer, insuffler à sa musique de ces nuances.

 

« J’avais envie de faire quelque chose de plus moderne. J’ai été très influencé par les années 60 et 70 ; en faire un album, c’est cool, mais je ne pouvais pas en faire vraiment mon style sur plusieurs albums. Parce que j’ai 26 ans en 2020, et ce serait comme jouer un personnage de trop rester campé dans les années 60 et 70. »

- Aliocha, auteur-compositeur-interprète

 

Si l’étoffe indie folk épurée de Naked se teinte délicatement d’électro (I’m Gone, Forget my Blues, langoureuse Your Sex Is Perfect, Turn to Grey, étonnante The Party), Aliocha puise également habilement dans le soul (Peggy), le rock aux relents nineties (Mixed Up) et même le psych americana, avec Moon, qui clôt avec splendeur cet album, dont la crépusculaire chanson-titre, magnifique de sobriété, en résume le mieux l’ensemble, selon son créateur.

 

Vidéoclip de la chanson Naked, tirée de l’album homonyme

 

 

Naked, comme épurement musical, à première vue, mais également mise à nu… dans ses multiples sens. « Ça peut évoquer quelque chose de sensuel, la sexualité, mais aussi l’authenticité, la pureté, l’intégrité, fait valoir Aliocha. Ça peut évoquer quelque de brut, à l’état sauvage, de violent. Ce sont tous ces thèmes-là que j’évoque dans l’album. »

 

Naked, comme légèreté, aussi. « Sur le premier album, j’avais l’impression que chaque chanson était tellement sacrée, que je mettais mon cœur sur la table, illustre-t-il. Là, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose de plus léger. Mais je parle quand même de choses importantes pour moi. »

 

 

Vidéoclip de la chanson The Party, tirée de l’album Naked

 


Bannir le formatage
 

« C’est ma peur, de devoir me battre pour ne pas faire de chansons formatées », affirme celui qui a d’ailleurs laissé tomber les cours de chant il y a longtemps de crainte que sa voix ne devienne stéréotypée ou convenue.

 

C’est assurément l’une des raisons pour lesquelles il savait qu’il s’allierait de nouveau avec Samy Osta, chez qui il perçoit « quelque chose de radical ». « Il refuse de faire quelque chose de formaté, expose Aliocha. Il en vraiment en guerre contre ça. Certains arrangeurs veulent juste que les chansons passent à la radio, et l’intégrité de l’artiste peut en prendre un coup. Mais Samy n’est pas comme ça du tout. Les chansons sont aussi importantes pour lui que pour moi. »

 

 

 « À partir du moment où on est en studio et qu’on pense à l’extérieur, on se limite, et ça coupe court à la créativité. Avec Samy, on arrive à créer cette bulle où on est libres de faire ce qui nous passe par la tête. »
- Aliocha, auteur-compositeur-interprète, au sujet de sa collaboration avec le réalisateur Samy Osta

 

Outre la liberté créative d’Osta, Aliocha souligne l’efficacité du réalisateur, avec qui il a passé deux semaines en studio — où l’amie Charlotte Cardin est d’ailleurs venue faire son tour une journée afin d’enregistrer des voix. « Elle a fait des one take presque chaque fois. Elle a un sens des harmonies assez malade », lance Aliocha, admiratif.

 

Aliocha chante Flash in the Pan en duo avec Charlotte Cardin
 

 

Ce dernier est arrivé en studio, entre les tournages du film Pompei et de la série Vampires, de Netflix, muni d’accords plaqués guitare-voix en vue de laisser la porte ouverte aux arrangements, que les complices souhaitaient simples. « On essayait de ne pas suranalyser les choses », se souvient Aliocha, qui, poussé par Samy, a joué de tous les instruments — y compris certains qu’il n’avait jamais joués, comme la basse. « J’ai tendance à suranalyser et, avec Samy, si on choisit un rythme de guitare, on le refera pas 100 fois : on le fait et on avance. Ça peut créer des choses un peu imparfaites, mais au moins ce sont mes mélodies. »

 

« Ce que j’aime avec lui, ajoute-t-il, c’est qu’il va chercher ce que j’ai dans la tête. »

 

La musique, depuis toujours

« J’ai envie de dire tout », répond Aliocha lorsqu’on lui demande ce que ces dernières années lui ont apporté sur le plan professionnel. Ces quelques années à partir en tournée, à faire des premières parties (celles de Charlotte Cardin, de Charlotte Gainsbourg et de Mike Flannery, entre autres) lui ont permis de gagner en assurance, notamment sur scène — « même si j’en avais fait comme comédien, je me suis rendu compte que ça n’avait rien à voir » —, mais elles lui ont également permis de prendre sa place comme musicien.

 

Car si le public a d’abord connu Aliocha Schneider, le comédien, que l’on a vu notamment dans les films Ville-Marie, de Guy Édoin, et Merci pour tout, de Louise Archambault, avant-dernier de la talentueuse fratrie Schneider, que complètent feu Vadim, Niels, Volodia et Vassili, la musique l’habite depuis toujours.

 

Vidéo d’Over my Shoulder, avec Jason Bajada et Matt Holubowski

 

C’est à 10 ans qu’il se met au chant et à la musique, après l’accident de voiture ayant fauché, en 2003, la vie de Vadim, qui jouait de la guitare et l’abreuvait de disques. Cinq ans plus tard, l’adolescent composait ses premières chansons, façon de s’adresser à son frère disparu, à qui il dédie d’ailleurs les morceaux Milky Way et As Good As You (I just can’t believe that you cared for me, You know I want to be moved by the music that has moved you, y chante-t-il), figurant sur Eleven Songs.

 

Bien qu’il adore tourner, la musique constitue aujourd’hui la priorité d’Aliocha. « Je pourrais la jouer dans un petit bar de 30 personnes, ça m’appartient. Mon cœur est vraiment dans la musique. » Avec Naked, il en fait à nouveau la preuve, naturellement. 

 

Naked, d’Aliocha, Audiogram, offert le 20 mars