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Artiste à découvrir: Carolina Espinosa, illustratrice
Montréal en couleurs, Carolina Espinosa

Artiste à découvrir: Carolina Espinosa, illustratrice

Patrick Dupuis

30 juillet 2021

Que ce soit ses oiseaux multicolores ou ses personnages au regard perçant, ses œuvres sont de véritables petits trésors aux mille décorations. Découvrez le riche univers visuel de l’illustratrice Carolina Espinosa.

 

Racontez-moi un souvenir de jeunesse qui a pu avoir une influence sur votre envie de devenir artiste?

Quand j’étais enfant, j’allais tous les dimanches à l’église avec ma grand-mère. C’était une église latino-américaine, et il y avait une immense peinture de la Vierge de Guadalupe. J’adorais cette image, avec toutes ces dorures et ces couleurs, avec une femme au centre qui ressemblait à une déesse. Je pense encore souvent à cette œuvre et elle m’a inspirée quand j’ai fait le Feminist Freakshow pour le festival Under Pressure.

Feminist Freak Show (Under Pressure), Carolina EspinosaFeminist Freak Show (Under Pressure), Carolina Espinosa

 

Parlez-moi de votre processus créatif et dites-moi comment vous avez développé votre style.

Je dessine depuis toujours, et avec toute cette pratique, je pense que je suis capable de copier n’importe quel style ou presque. Quand j’étudiais à l’université en illustration, c’était vraiment un problème. À chaque travail, je copiais un nouveau style. Je crois fermement que copier est une excellente manière d’apprendre. Mais, à un certain point, il fallait que je trouve mon style. C’est en me donnant une contrainte que je l’ai finalement trouvé. J’ai décidé d’utiliser des gravures victoriennes pour les yeux et les mains de mes personnages. Cette contrainte a été tellement libératrice! Et c’est encore ce que je fais à ce jour.

 

Parlez-moi de l’importance pour vous de raconter des histoires.

Je suis très cérébrale dans ma création. Les choses doivent avoir une raison d’être. Le fait de me raconter une histoire ou de me donner des contraintes me permet de créer plus rapidement et d’avoir l’impression d’avoir fait un casse-tête plutôt qu’une image. Chaque élément, personnage ou décoration est un petit morceau de casse-tête qui a sa place dans l'œuvre finale. Carte de Noël et Déesse (projets personnels), Carolina EspinosaCarte de Noël et Déesse (projets personnels), Carolina Espinosa

 

Les animaux et les oiseaux figurent parmi vos sujets de prédilection en illustration.  Parlez-moi de votre amour pour ces sujets.

J’adore les animaux. Ils sont faciles à dessiner et viennent avec une charge symbolique importante. Les oiseaux sont mes préférés. Ils symbolisent tant de choses : la liberté, la propagation, la migration, etc. J’en utiliserais partout!

 

Vous participez activement au défi annuel Inktober, qui consiste à produire un dessin par jour durant le mois d’octobre. Parlez-moi de l’importance de ce défi pour améliorer vos habitudes de création.

J’ai beaucoup d’idées de projets mais les journées passent beaucoup trop vite et je ne dessine pas assez vite. Alors tout au long de l’année, j'accumule les idées. Quand le mois d’octobre s’en vient, je fouille dans mon dossier des idées et des envies et je choisis mon thème. C’est l'occasion d’explorer et de maîtriser un sujet ou un style.

Dizzy et Rip (Inktober 2020), Carolina EspinosaDizzy et Rip (Inktober 2020), Carolina Espinosa

 

Quelles sont vos sources d'inspirations?

Tout est source d’inspiration, mais je crois que ce qui m’inspire le plus, ce sont les histoires. Quand j’entends une bonne histoire, les images commencent à naître dans ma tête. Tout peut être cette bonne histoire. Un conte, un personnage plus grand que nature ou une histoire entendue aux nouvelles.

 

Pour l’association Illustration Québec, dont vous faites partie, vous dirigez des entrevues auprès d’illustrateurs et d'illustratrices. Comment cette conversation avec des gens de votre profession vous inspire-t-elle pour votre propre pratique? 

Le métier d’illustrateur est assez solitaire et pas souvent facile. On se remet souvent en question sur notre talent. Quand je lis les entrevues d’Illustration Québec, je trouve cela émouvant et encourageant. Les illustrateurs sont de véritables passionnés, et leur amour pour ce métier est palpable et sans prétention.

Un boucan d’enfer (projet personnel inspiré par le livre Un boucan d’enfer de Fabrice Boulanger), Carolina EspinosaUn boucan d’enfer (projet personnel inspiré par le livre Un boucan d’enfer de Fabrice Boulanger), Carolina Espinosa

 

Quel est votre lieu le plus inspirant, celui qui vous réconforte?

Faire une illustration, pour moi, c’est comme faire un casse-tête. Les morceaux doivent trouver leur place. Assise à mon ordinateur, je suis découragée parfois. J’ai l’impression de tourner les pièces sans savoir où les mettre. Il faut donc que je m’en éloigne et que je mette mon cerveau au neutre. Je fais alors une marche au parc Jarry, ou je vais bouquiner dans une librairie de livres d'occasions. J’habite dans Villeray depuis 12 ans, et j’adore me promener dans le quartier. Il y a toujours quelque chose à découvrir. Quand je reviens de ma promenade, les idées se sont classées toutes seules, et je sais exactement quoi faire pour finir mon œuvre.

 

La musique, le silence ou le bruit. Quelle ambiance sonore est propice à la création pour vous?

Le silence est impossible, et la recherche de la parfaite chanson à écouter me prenait trop de temps. J’ai alors opté pour les podcasts, et ce a été l’amour complet. Je les adore! Ils m'instruisent pendant que je travaille et me permettent d’entrer dans ma bulle de création rapidement et d'y rester longtemps.

 

Décrivez-moi votre espace de création.

Je pense que je ne suis jamais sortie de l’enfance. Mon bureau est rempli de jouets, de figurines, de livres jeunesse et de blocs LEGO.

Hansel et Gretel (projet personnel inspiré par le conte des frères Grimm), Pockynio, Carolina EspinosaHansel et Gretel (projet personnel inspiré par le conte des frères Grimm), Pockynio, Carolina Espinosa

 

Parlez-moi d’un ou d’une artiste de votre discipline que vous affectionnez particulièrement.

À l’université, j’ai eu la chance de suivre un stage avec Pol Turgeon et cela a été complètement marquant. Pol Turgeon est une inspiration et un mentor pour toute une génération d’illustrateurs québécois. Il a un style tellement à lui et une façon incroyable de transmettre ses connaissances.

 

Parlez-nous de l'un de vos coups de cœur culturels marquants, l’un de ceux qui ont inspiré votre art.

Il y a quelques années, je suis allée avec mes enfants au Musée de la civilisation de Québec pour voir une exposition sur les cinq sens. Dans cette exposition figurait une pièce remplie à ras bord d’objets insolites. Cela ressemblait au bureau d’un collectionneur, avec des animaux empaillés, des dessins anatomiques et plein de petits objets curieux. Pour la plupart des gens, l’espace était oppressant ou trop rempli. Mais pour moi, je ne m’étais jamais sentie aussi heureuse dans une pièce. J’avais l’impression d'être dans une boîte de trésors où chaque recoin contient une surprise. À ce moment-là, j’ai eu une révélation. Je mets beaucoup de petits détails décoratifs et de traits dans mes pièces et je me suis souvent sentie coupable de mon manque de simplicité. Dans cette pièce à Québec, je me suis aperçu que mon art n’avait pas besoin d’être minimaliste et simple pour être beau. Que le chaos est magnifique.

 

Nommez-moi un objet important de votre vie artistique.

Mon iPad et son crayon sont les outils techniques qui ont le plus changé mon travail. Avant, j’étais terrorisée par la couleur. J’avais tellement peur de faire une erreur, de gâcher mon esquisse en noir et blanc. Alors mes illustrations étaient majoritairement en noir et blanc. Mais avec l'iPad, l’erreur est toujours effaçable. Finie la peur : il y a juste la liberté d’explorer et de se tromper. Cela m’a permis d’apprendre tellement sur la couleur, sur comment l’utiliser et m’approprier de plus en plus mes dessins.

Floraison (Maison de la culture Claude Léveillée), Carolina EspinosaFloraison (Maison de la culture Claude Léveillée), Carolina Espinosa

 

Quel serait l’un de vos rêves de création les plus fous?

J’aimerais lancer ma propre maison d’édition de livres pour les enfants d'immigrants, écrits et illustrés par des gens issus de l’immigration. Je suis une enfant d’immigrants, et je trouve cela dur de transmettre ma culture à mes enfants. J’aimerais vraiment avoir des livres qui parlent à ces enfants. Ceux qui parlent un peu la langue espagnole mais qui ne vivent pas en Amérique du Sud. Ceux qui sont perçus comme une minorité visible sans connaître l’origine de cette culture.

 

Quels sont les projets qui sommeillent dans la tête de Carolina Espinosa?

Le dossier d’idées se remplit toujours. J’aimerais bien explorer l'ésotérisme, les diseuses de bonne aventure et les lignes de la main. Les esquisses s’accumulent, il faut juste que je trouve le temps de les faire.

 

Quel serait votre meilleur conseil à donner à un ou une jeune artiste en devenir?

De ne pas avoir peur. Il ne faut pas avoir peur de foncer et de tenter sa chance dans ce métier. Il ne faut pas avoir peur de demander conseil. Les illustrateurs sont super généreux de leur temps.

 

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