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Artiste à découvrir: Charles-Étienne Brochu, artiste et illustrateur

Artiste à découvrir: Charles-Étienne Brochu, artiste et illustrateur

Patrick Dupuis

6 juillet 2020

Racontez-moi un souvenir de jeunesse qui a pu avoir une influence sur votre choix de devenir artiste et illustrateur.
Je songe ponctuellement à mon choix de devenir illustrateur. Du plus loin que je me souvienne, j’ai tout simplement toujours aimé dessiner, comme une condition préexistante. S’il faut que je cible un souvenir, quand j’étais enfant, mon père collectionnait les bandes dessinées telles que Achille Talon, Garfield et Gaston Lagaffe. Je m’amusais beaucoup à reproduire ces personnages sur des feuilles de papiers.

 

En vos mots, décrivez-moi votre style artistique.
Mon style d’illustration est diversifié. J’ai souvent entendu dire que c’était important d’avoir un style pour percer en illustration. Cela m’a toujours questionné, ne voulant pas me restreindre à quelque chose. Toutefois, ce que j’ai fini par comprendre, c’est que malgré mes efforts exploratoires, il y a toujours certaines caractéristiques récurrentes dans mon travail: l'usage de la couleur vive pour ponctuer mes dessins, mon trait de crayon que je qualifierais de «presque fluide» et ma composition d’image souvent basée sur une superposition de plans.




 

Quelles sont vos sources d'inspiration?
L’inspiration nait souvent d'un sentiment, d'une couleur, d'un détail dans la lumière ou d'une anecdote banale. Une fois que j’ai trouvé un filon j’essaye de le développer avec des éléments visuels.


Titulaire d’une maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’Université Laval, vos œuvres sont régulièrement exposés dans différentes galeries de la province. Parlez-moi de votre démarche en arts visuels.
Il important pour moi de diviser ma carrière en deux: l’illustration et les arts actuels. La nuance est parfois floue. Dans les deux cas, la base de ma pratique demeure le dessin numérique, mais j’ai clairement une attitude plus exploratoire dans ma démarche en arts actuels. Les œuvres sont parfois interactives, sculpturales ou installatives.
 

 

 

Génériques d'ouverture, vidéoclips, affiches, murales, pochettes d'album musicaux et j'en passe. Quelle ambiance de création est propice à trouver vos meilleures idées?
Un mélange de calme et de pression! J’ai tendance à être le plus créatif avec une date limite. On dirait que ça m’oblige à cristalliser mes idées et restreindre mes explorations dans le temps. Mon parcours à cheval entre l’illustration et les arts visuels dévoile ma curiosité pour les différentes formes d’expressions visuelles et je pense que cette curiosité transparaît dans la multiplicité des projets que j’ai fait.

 

 

Vous avez illustré l'album jeunesse Évelyne l'enfant-placard. Parlez-nous du plaisir et du défi d'illustrer pour un jeune public.
C’était un projet intéressant. Je donne tout le crédit à l’autrice Miléna Babin pour la publication de ce livre. Elle m’a approché avec un beau texte prêt à être publié. Je suis tombé sous le charme de cette histoire mélancolique, sujet moins fréquent pour un livre pour enfant. C’est ce qui m’a motivé voulant à tout prix rendre justice à ce beau conte. C’est énormément de travail que d’illustrer un livre, mais j’ai beaucoup aimé l’expérience, surtout à partir d’une histoire aussi originale.

 

Le papier est l'un des mediums que vous affectionnez. Vous créez avec grande minutie des oeuvres de papier superposés. Parlez-moi de cet aspect de votre art plein de relief.
J’adore le papier. Pendant de nombreuses années, ma pratique entière reposait sur le dessin numérique. Je m’ennuyais d’un contact plus immédiat avec mon médium. C’est tout naturellement que je me suis tourné vers le papier parce que je réfléchissais mes dessins comme des superpositions de couche. La matérialité d’une feuille de papier est géniale: c’est un objet tellement banal qui traîne partout, à la fois fragile et résistant. Il ne faut que quelques ouvertures judicieusement placées pour le transformer en objet poétique.

 

 

Parlez-moi d’un d'une artiste de votre discipline que vous affectionnez particulièrement.
C’est une question crève-cœur parce que je les aime tous. J’écris un nom puis je l’efface depuis tantôt parce que je n’arrive pas à me décider. Je vais dire Mathieu Labrecque, Estée Preda, Mathilde Cinq-Mars et PisHier. J’aime beaucoup leur travail en général et dans les quatre cas, il est à quelque part sur les murs de ma maison. Ces artistes sont aussi des inspirations pour leur engagement social, leur imagination, leur caractère et leur originalité.

 

 

Nommez-moi 5 objets importants qui font partie intégrante de votre vie, ceux qui nourrissent votre créativité.
Mon ordinateur et tous les outils numériques qui s’y rattachent. Une immense table de travail debout, ajustée pour le gars de 6 pied 7 pouces que je suis, et qui me procure une satisfaction indescriptible à chaque fois que je m’y attelle. J’exagère juste un peu quand j’affirme que c’est le seul meuble au monde qui est fait pour ma taille. Un dictionnaire visuel à portée de main parce que j’aime bien feuilleter distraitement des pages quand j’essaye de penser à des idées. J’ai besoin d’une tasse de café en tout temps sur mon bureau. Et une carpe en céramique de l'artiste de Québec Sylvie Cauchon. C’est le seul bibelot que je possède sur mon bureau et je l’adore.

 

 

Quel serait l’un des vos rêves de création les plus fous?
Bien honnêtement, je fais déjà pas mal tous les projets fous qui me passent par la tête. J’aurais tendance à dire que mon rêve de création le plus fou serait que ma modeste, mais très satisfaisante carrière continue telle qu’elle est actuellement pendant quelques décennies.

 

 

Quels sont les projets qui sommeillent dans la tête de Charles-Étienne Brochu?
Je vais travailler sur de gros projets d’arts dans les prochains mois. L’un est une sculpture (il y aura du dessin sur la sculpture) assez monumentale, surtout pour quelqu’un qui ne fait pas vraiment de sculpture. L’autre projet est une œuvre interactive assez compliquée qui présentera un écosystème culturel qui tente de générer procéduralement des œuvres. Sinon, j’espère bien sûr une tonne de projets d’illustration!

 

Quel est votre meilleur conseil à donner à un/une jeune artiste en devenir?
Ne jamais perdre de vue la raison qui vous pousse à être un artiste.