Artiste à découvrir : Boris Biberdzic, artiste visuel et muraliste

Artiste à découvrir : Boris Biberdzic, artiste visuel et muraliste
Boris Biberdzic devant sa murale du 1555, boulevard René-Lévesque Ouest à Montréal

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Découvrez la vision et l’œuvre de l’artiste visuel Boris Biberdzic, empreint de sagesse et d’ouverture sur le monde. Ouvrez l'œil, il est peut-être présent sur l’un des murs de votre ville.

 

Racontez-moi un souvenir de jeunesse qui a pu avoir une influence sur votre envie de devenir artiste visuel et muraliste.

C’était en Serbie. Je devais avoir 9 ans. Nous avions fui le conflit civil en Bosnie et nous étions réfugiés à Belgrade. Je marchais avec ma mère, et j’ai aperçu quelques cartes des Tortues Ninja par terre. Je me rappelle avoir été impressionné par les lignes de dessin type cartoon et les couleurs vives. Un contact avec l’art sans m’y être attendu, comme ça, au passage, dans un espace public. Je pense que ma curiosité naturelle et ce type de rencontre m’ont mené au travail que je fais présentement.

Murale, Flyover Park, Calgary, Boris Biberdzic.
Murale, Flyover Park, Calgary, Boris Biberdzic

Parlez-moi de votre processus créatif et de votre style.

Avant mes études en design graphique, je dessinais au trait, de manière plus réaliste et dans le style de la bande dessinée américaine. Après mon baccalauréat à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), je me suis mis à penser à la composition, aux formes et aux couleurs. La géométrie m’était devenue importante et la simplicité, essentielle. Less is more. Je voulais simplifier la complexité des formes pour en retirer l’essentiel. J’étais inspiré par des illustrateurs dans un style épuré, une philosophie de vie plus simple, et par les artistes psychédéliques. Un beau mélange de tout ça!

 

L’une de vos spécialités est la murale. Vous dessinez sur toutes les surfaces : de l’asphalte, du béton, de la brique ou de la pierre. Parlez-moi du plaisir de dessiner sur de grandes surfaces.

J’ai commencé par le graffiti dans le but de démocratiser l’art et de le sortir des musées. Peindre de grandes surfaces, c’est ne pas s’attarder (exclusivement) sur des petits détails. C’est selon moi une façon plus naturelle de peindre. Plutôt debout qu’assis, le corps est en mouvement, c’est très physique. Nous sommes exposés aux éléments de la nature, aux gens et aux rencontres.

La course folle, murale sur le thème du transport et de l’exercice, Boris Biberdzic.
La course folle, murale sur le thème du transport et de l’exercice, Vincent Arnold et Boris Biberdzic

Vous êtes membre du conseil administratif d’Illustration Québec. Selon vous, quelle est l’importance du médium de l’illustration dans l’espace public?

L’illustration est un langage. C’est un moyen de communiquer et de transmettre des émotions, et ce, plus rapidement que l’écriture. Dans l’espace public, cela ajoute une touche humaine à la froideur fonctionnelle de l’architecture. Et ça rend le quotidien plus intéressant.

 

Parlez-moi d’une de vos œuvres dont vous êtes particulièrement fier.

C’est la murale du parc des Joyeux-Vikings au coin des rues Beaudry et Robin, dans le Village à Montréal, un hommage aux citoyens du quartier qui ont posé des actions concrètes afin d’améliorer leurs conditions de vie. Un terrain vague laissé à l’abandon par la ville a mené à un mouvement citoyen. Faisant pression sur l’administration municipale de l’époque, avec persévérance, ils ont donné naissance à ce beau parc. C’est une des premières œuvres pour lesquelles je me suis consciemment inspiré de l’architecture locale. C’est une démarche que je suis encore.

Illustration tirée d’une série pour l’application Nombolo et Illustration éditoriale, Trésor de la langue française au Québec, Boris Biberdzic.
Illustration tirée d’une série pour l’application Nombolo et Illustration éditoriale, Trésor de la langue française au Québec, Boris Biberdzic.

Décrivez-moi l’ambiance sonore propice à la création, selon vous.

En début de projet, je préfère le silence pour être complètement concentré sur les idées qui peuvent jaillir. Ensuite, dans la partie plus répétitive d’exécution de la maquette, je peux écouter de la musique d'ambiance lente et minimaliste. Pour les longues heures, il y a toujours Mariah Carey pour me remonter le moral.

 

Que ce soit pour des productions de murales collaboratives, pour des participations à des ateliers artistiques ou pour des festivals, quelle est l’importance pour vous de socialiser, d’apprendre et de partager votre art?

C’est par le graffiti et les murales collaboratives que j’ai goûté aux joies de travailler à l’extérieur, de partager un espace et de discuter de tout et de rien. C’est un des meilleurs aspects de l’art urbain, où l’on peut rencontrer les gens, échanger et partager un moment en collectivité.

 

Quel est le lieu de création le plus inspirant, selon vous?

Un endroit, en nature ou en ville, qu’aucun pinceau n'a jamais exploré.

Murale, Banque BNP-Paribas, Boris Biberdzic.
Murale, Banque BNP-Paribas, Boris Biberdzic

Parlez-moi d’un ou d’une artiste de votre discipline que vous affectionnez particulièrement.

Localement, j’aime l’approche de Myshel, qui s’apparente à la mienne. C’est-à-dire de peindre en improvisant et de façon spontanée, avec des formes géométriques et des outils truqués. Il ne se prend pas au sérieux et son art est honnête. C’est quelqu’un de bien. À l’international, depuis des années, Aryz m’impressionne toujours par son talent, sa persévérance et sa capacité de se renouveler. Il est aussi intéressant qu’il y a 10 ans.

 

Révélez-nous l'un de vos coups de cœur culturels marquants, l’un de ceux qui ont inspiré votre art.

Le Festival Open Mind, un mini Burning Man québécois. C’est un festival new age de musique électronique qui se déroule dans les bois. J’ai pu voir un monde plus ouvert et ça m’a permis de revoir ma vision du monde, d’élargir mes horizons en tant qu’humain. Le début d’une plus grande ouverture d’esprit.

Portrait de l’écrivain et homme politique Gérald Godin, Boris Biberdzic
Portrait de l’écrivain et homme politique Gérald Godin, Boris Biberdzic

Nommez-moi des objets importants qui nourrissent votre créativité.

L’un de mes outils est un peu comme un râteau de jardin zen japonais. C’est un outil qui me permet d’expérimenter et qui donne des résultats inattendus. Je coupe un rouleau mousse à plusieurs endroits pour être capable de tracer 4 lignes avec un même mouvement.

De plus, j’ai un dossier visuel que je consulte lorsque je suis à court d’inspiration immédiate (illustration, corps humain, nature, etc.).

 

Quel est l’un de vos rêves de création les plus fous?

Voyager et créer sur la route en parcourant le monde, comme si j’étais à bord d’une caravane artistique ambulante. Faire un changement visible dans la vie des gens par l’art.

Murale, 1555, boulevard René-Lévesque Ouest, Festival Mural, Boris Biberdzic.

Murale, 1555, boulevard René-Lévesque Ouest, Festival Mural, Boris Biberdzic

Quels sont les projets qui sommeillent dans la tête de Boris Biberdzic?

Je désire secrètement avoir une pratique artistique contemporaine et exposer dans des galeries et musées, que je snobais quand j’étais adolescent. Malgré l’apparente inaccessibilité de l’art contemporain, il y a une liberté qu’on ne retrouve pas ailleurs. De plus, je souhaite participer à plus de festivals d’art à travers le monde.

 

Quel serait votre meilleur conseil à donner à un ou une jeune artiste en devenir?

Croyez en vous, peu importe si vous n’êtes pas dans la tendance actuelle. Devenez la tendance. Entourez-vous d’un bon cercle social varié et fonceur. Et n’ayez pas peur de cogner aux portes.

 

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