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La BD au féminin: des voies qui s’illustrent

Joseph Elfassi

2 mars 2018

La bande dessinée ne fait tristement pas exception en matière de sous-représentation traditionnelle des femmes. Rappelons-nous que le festival d’Angoulême essuyait des critiques spectaculaires à cet effet dans les dernières années. Cependant, ce n’est pas parce qu’elles sont moins médiatisées qu’elles sont moins actives sur la planche. Voici quelques oeuvres de femmes qui bousculent les acquis en matière de relations amoureuses, une ligne à la fois.

Couverture de la bd Corps SonoresCorps Sonores de Julie Maroh (Glénat)

Après “Le bleu est une couleur chaude”, Julie Maroh s’intéresse encore aux relations affectives qui dépassent le strict cadre de l’hétéronormativité. Dans ce volume prenant place à Montréal l’été, ce sont des brefs chapitres, des tableaux éloquents et poétiques qui mettent en scène des moments tendres, doux, tristes, complices et difficiles. C’est le cœur de la ville qui bat au rythme de ses milliers de partenaires atypiques.

 

 

Couverture de la bd Les deuxièmesLes deuxièmes de Zviane (Pow pow)

Elle a un copain, il a une copine, mais ensemble, ils vivent une idylle fusionnelle dans un chalet isolé en Europe. Leurs corps se mêlent dans une parfaite harmonie qui mélange sexualité débridée et éveil musical. On a ici le style inimitable de la grande Zviane, à la fois fidèle à la réalité dans les dialogues et le ton, et plus grande que nature en matière d’images d’un quotidien érotique devenues grandioses sous son trait. Une parenthèse sonore unique et inoubliable.

 

 

Couverture de la bd Longs cheveux rouxLongs cheveux roux de Meags Fitzgerald (Pow pow)

Dans un élan d’ouverture et de vulnérabilité, Meags Fitzgerlad illustre avec tendresse et réalisme le parcours qui a mené à découvrir sa propre bisexualité. Différente des autres enfants, elle trace ce parcours avec une conscience historique et sociale qui permet de mettre en lumière les obstacles qui s’imposent dans le contexte d’une construction d’identité, sociale comme affective.

 

 

 

Couverture de la bd Fun homeFun Home de Alison Bechdel (DENOËL)

Encore dans l’autobiographie, on voit ici la difficulté de s’épanouir pleinement alors que nos parents sont des géants imparfaits qui se dévoilent lentement sous nos yeux. Acceptant lentement son propre lesbianisme, Alison doit faire face à un père dont la sexualité enveloppée de mystère attire les soupçons. Candide et érudit.

 

 

 

 

Couverture de la bd Melody Mélody de Sylvie Rancourt (Ego comme X) 

Publié initialement sous forme de zine autobiographique dans les années 80, et rassemblé sous la bannière désormais fermée ego comme x des décennies plus tard, Mélody, c’est le quotidien d’une travailleuse du sexe à Montréal, illustré de façon presque naïve et souvent explicite. Représentatif des classiques luttes de pouvoir, on vogue ici dans le flou continu entre l’exploitation et l’épanouissement.

 

 

 

Couverture de la bd Les trois étoiles Trois étoiles de Virginie Despentes et Nora Hamdi (Au Diable Vauvert)

Le saviez-vous? En plus des essais et des romans, l’irremplaçable Virginie Despentes s’est déjà prêtée au jeu de la bande dessinée, avec Trois étoiles, qui illustre les grands thèmes de l’autrice culte: viol, intimidation, humiliation. Les traits forts et agressifs de Nora Hamdi viennent miroiter le style particulier de l’esprit derrière Baise-moi et King Kong Théorie.

 

 

 

 

Et vous, quelle auteure de bande dessinée appréciez-vous?