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Camille Deléan présente <i>Cold House Burning</i> : les fruits d'un confinement

Camille Deléan présente Cold House Burning : les fruits d'un confinement

Thomas Dallaire-Boudreault

26 juin 2020

Trois ans après la sortie de son premier album, Music on the Grey Mile, Camille Deléan revient en force avec Cold House Burning, dont l’écriture était entamée avant même la sortie du premier. Un album doux et lourd à la fois, sombre et lumineux, oscillant entre le rock et le folk. Une réalisation en finesse, des orchestrations surprenantes. Camille le dit elle-même, une chanson, ça ne s’écrit pas en surface, et on le sent sur cet opus. Sur chacunes d’elles, on sent le travail, les couches. Il faut creuser, écouter plusieurs fois.
 

Camille a écrit chacune de ces chansons dans un état de confinement, tant physique que psychologique, étant atteinte d’une maladie qui l’empêchait même de marcher à un certain moment. Un moment d’immense solitude. Le disque tombe-t-il pile-poil avec le confinement que nous vivons tous? Peut-être, mais ce que Camille nous chante, ce n’est pas une situation comparable. La solitude que vivait l’actrice-compositrice-interprète au moment de la création était bien différente. Elle était la seule à la vivre.
 

Cold House Burning, c’est un album caniculaire, mais qui rafraîchit.

Rencontre. 

 

Camille Deléan, 2020. Crédit photo: Nathalie Deléan. 


Camille, comment décrirais-tu ton nouvel album en quelques mots?
Je dirais que ce sont des chansons qui sont faciles à écouter, mais qui ont des couches, quelque chose de plus sombre pour quiconque regarde de plus près!


 

Où as-tu puisé l’inspiration pour cet album?
J’ai écrit les chansons quand je suis arrivée à Montréal, entre 2014 et 2016. Je ne connaissais personne. J’avais de la difficulté à bouger. Il y avait comme un genre de confinement physique, en ce sens, mais également un confinement social. En général, ça s’étendait vraiment partout.

Alors, c’est un peu claustrophobe, mais la musique ne reste pas à l’intérieur. La musique c’est la chose qui essaie d’aller de l’avant, malgré l’immobilité.
 



 

Qu’est-ce qui se passait au niveau de ta santé pendant l’écriture de l’album?
C’est important de mentionner ça, parce que c’est vraiment une thématique importante de l’album. Par contre, je ne veux pas donner trop de détails sur la maladie. J’avais de la difficulté à marcher, et ça s’est répandu dans toutes les sphères de ma vie. J’avais ce sentiment d’immobilité physique et psychologique. Je me sentais un peu prise au piège à Montréal alors que je travaillais dans un café et que je n’avais pas beaucoup de vie sociale et ça, c’est quand je pouvais travailler, quand je pouvais marcher. La création, composer des chansons, c’était la chose sur laquelle je pouvais compter, sur laquelle je m’accrochais. À ce moment-là, je ne connaissais pas de musiciens, ni les musiciens qui jouent avec moi présentement. Je ne savais pas du tout ce que j’allais faire avec les chansons que je créais.

 

Comment as-tu rencontré les musiciens avec qui tu joues?
J’ai connu Mike (Michael) Feuerstack (coréalisateur de l’album) un peu par hasard. Je ne le connaissais pas du tout au départ. Je l’ai vu jouer, je suis allée me présenter. Quelques semaines plus tard, je l’ai recroisé à Val-David. Je lui ai envoyé quelques enregistrements que j’avais préalablement faits à Londres et il m’a gentiment offert son aide. Pendant un an, tranquillement, on a travaillé ensemble juste nous deux. Éventuellement, il m’a présentée à d’autres gens. C’est vraiment grâce à lui que j’ai connu les gens avec qui je joue présentement.

 

Comment décrirais-tu ton processus créatif pour l’écriture d’une chanson?
Normalement, je commence avec les paroles. Je ne joue pas d’instruments, alors l’écriture pour moi, ça se passe vraiment quand je m’assois dans une chaise et que je regarde le plafond. Tout se déroule dans ma tête. Et la première fois que je chante une chanson dans son intégralité, c’est quand on l’enregistre en studio. La musique vient en général après. J’associe les mélodies aux paroles, c’est un peu comme ça que ça se passe. Je me fixe un nombre de chansons à écrire pour un album et généralement, j’en écris douze.

 

Comment comparerais-tu cet album au premier?
Avec celui-là, je tends plus vers ce que je voulais faire. J’avais une idée précise et je l’ai réalisée. Le premier album, c’était vraiment ce que j’avais accumulé jusqu’à ce moment-là dans ma vie. Je ne me suis pas assise en me disant : « Je vais écrire un album. »  C’était vraiment des chansons que je trainais depuis l’âge de 16 ans jusqu’à ma début vingtaine. Au niveau de l’enregistrement, c’était un peu la même idée. C’était un processus un peu improvisé. J’ai enregistré des chansons à Londres et d’autres à Montréal. Le deuxième album, tout a été pensé d’avance, il a été fait comme par exprès.

 

Parle-moi des chansons Go Easy  et  Fault Line : pourquoi  t’es-tu arrêtée sur ces chansons pour promouvoir l’album?
Pour moi, ces chansons représentent les deux pôles de l’album. Fortline est une chanson pas mal sombre alors que Go Easy équilibre le tout. C’est plus léger, positif.

 

 

Revenons un peu en arrière. D’où viens ta passion pour la musique et l’écriture?
J’ai toujours chanté. Je n’ai jamais décidé de faire de la musique. Ça a toujours fait partie de moi. L’écriture est venue tranquillement. Quand j’étais adolescente, j’avais des amis dans le coin où j’habitais en Ontario qui sont déménagés à Nashville et je suis allée avec eux. C’est un monde complètement différent là-bas. Ça a été très utile pour moi de voir comment les gens fonctionnaient là-bas.

C’est à Nashville que j’ai appris comment écrire une chanson, les questions qu’il faut se poser pour l’améliorer, pour s’assurer qu’on fait vraiment du mieux qu’on peut. L’idée d’écrire sur le coup de l’émotion, c’est une idée romantique, mais ce n’est pas vrai, pour moi. Je pense que ça faut la peine d’avoir du recul, de regarder ce qu’on a fait dans le but de s’améliorer. Pour moi, quand j’étais à Nashville, c’est là que j’ai appris ça. Depuis ce temps, j’ai continué d’écrire. J’ai toujours écrit toute seule.

Je suis ensuite allée à Londres et tranquillement, j’ai commencé à jouer ici et là dans des pubs. Étant donné que je n’ai pas pu renouveler mon visa, je suis revenue à Montréal et je n’avais pas l’intention de rester. Je ne connaissais personne. Je me disais que les loyers étaient moins chers ici et que je pourrais rester le temps d’avoir un nouveau visa. Finalement, mon passage à Montréal a été quand même long. Étant donné que je croyais que c'était temporaire, je n’ai pas fait beaucoup d’efforts pour connaitre des gens ou de faire de musique.

C’est après que j’ai rencontré mon collaborateur Michael Feuerstack avec qui j’ai retravaillé mes enregistrements faits à Londres. Ce travail est tranquillement devenu le premier album! Et voilà!

 

Quelles ont été tes principales influences musicales?
Au moment de l’enregistrement de l’album, j’écoutais énormément les premiers albums de REM. J’adore l’idée d’une musique qui bouge, qui a un rythme, qui est considérée comme du rock très radiophonique, mais que quand on regarde de plus près, il y a quelque chose de très bizarre. J’ai vraiment apprécié ça. J’adore aussi Madonna. C’était ma première obsession et c’est resté avec le temps. Une autre de mes influences c’est Bruce Springsteen. Il écrit tellement des bonnes tounes!


Cold House Burning, Camille Deléan, 2020. 


compléments

Site officiel de Camille Deléan
Page Facebook officielle de Camille Deléan
Cold House Burning, de Camille Delean : langueur et résilience