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Ce billet vous est offert par l'équipe web de C'est juste de la TV.


 

La télévision change. Ça avance tranquillement, presque à pas de tortue, mais le petit écran tend de plus en plus à devenir inclusif. La diversité n’y a jamais été aussi importante. Le monde du divertissement déploie de grands efforts pour faire de nouvelles propositions et ainsi sortir des sentiers battus. On veut mettre en lumière des idées différentes et des gens qui représentent le Québec d’aujourd’hui. C’est honorable.

Là où le bât blesse (ça me rend toujours fière d’utiliser une expression du 15e siècle dans un billet de blogue), c’est lorsque l’on parle de diversité corporelle, parce que notre télé est encore très frileuse dans le domaine. En cette ère où tout le monde a un avis sur la grossophobie et où Occupation double se targue de soutenir la cause de l’inclusion, il serait plus que temps que la télévision québécoise offre davantage de modèles de personnes grosses.

 

Corps différents, corps dérangeants

Rappelons-nous que le mot « gros » est un simple adjectif. C’est un terme utilisé pour décrire quelque chose. De prime abord, ce n’est rien de négatif, loin d’une quelconque connotation vile ou toxique.

Bref, être gros ou grosse, ce n’est qu’un trait physionomique, rien de plus. Pourtant, quand on zappe rapidement de chaîne en chaîne, on constate que le culte de la minceur est encore très présent dans notre télé. On veut des interprètes provenant de toutes les communautés, mais les têtes dirigeantes semblent toujours démontrer peu de motivation à offrir des rôles à des artistes en surpoids. C’est vraiment dommage qu’il y ait si peu de modèles aux corps différents. La boîte à images nous sert presque toujours les mêmes silhouettes. Aucun handicap et si peu de poignées d’amour.

Julie Munger, OD chez nousJulie Munger OD chez nous, crédit : Julie Perreault / Noovo

Il est si peu commun d’avoir une personne grosse dans notre téléviseur que lorsque c’est le cas, on dirait que c’est désormais la seule chose qui définit l’être en question. On n’a qu’à penser à Julie Munger d’OD chez nous. Au même titre que toutes les autres concurrentes, elle faisait l’émission pour trouver l’amour. Simplement. Toutefois, en deux temps, trois mouvements, sans même le vouloir, elle est devenue le visage de la « cause des personnes grosses ». Les autres participants et participantes se faisaient un honneur de vouloir la garder dans l’aventure le plus longtemps possible, car « son message était trop important ». Pourtant, Julie avait simplement entrepris l’aventure pour jouer le jeu et peut-être trouver l’amour. Ce sont les autres qui l’ont coincée dans un carcan en lui accolant une cause, voire même une mission. Ça devenait ainsi plus compréhensible de voir une personne grosse s’exposer à l’écran.

C’est si dérangeant et si différent de voir une personne grosse dans notre téléviseur qu’on dirait que le monde entier cherche à justifier ce qu’il voit. Pourtant, il suffit de sortir de chez soi pour réaliser qu’il existe une pléiade de corps différents. Pourquoi ne voit-on pas la même chose dans notre télé?

 

Briser le code

Dieu merci, il y a des avancées télévisuelles en matière de diversité. D’ailleurs, récemment, l’organisme NOUS | MADE a lancé la campagne pancanadienne Découvrons-NOUS, qui vise à sensibiliser le public ainsi que l’industrie audiovisuelle à l’importance de la diversité à l’écran. On y aborde les enjeux du multiculturalisme.

C’est une fantastique initiative pour mettre un frein au « cercle vicieux », comme le dit l’humoriste Mehdi Bousaidan. Selon lui, les gens provenant de la diversité culturelle doivent absolument être représentés : « Tu ne te vois pas à la télé, donc tu n’as pas tendance à en faire, donc il y a de moins en moins de comédiens ou de chanteurs qui vont aller dans ce domaine-là, donc on les voit moins à la télé. Et ça tourne, ça tourne. »

Cette roue qui tourne fait exactement les mêmes ravages pour les personnes grosses. Pour beaucoup de gens, le monde de la télévision est synonyme de prestige et de réussite. C’est un univers qui semble quasi inaccessible. Imaginez lorsque les seuls corps qu’on vous propose sont presque tous identiques et minces, comme si la minceur était le meilleur tremplin pour faire carrière.

 

Un moteur de changement

Le pouvoir de la télé est indéniable. La télévision doit participer au changement des normes sociales; elle doit être un instrument pour permettre au public de se forger une image corporelle positive. Il faut que les diffuseurs et les têtes dirigeantes se mobilisent.

Nos voisins du Sud ont fait quelques bons coups à ce sujet depuis une dizaine d’années. On n’a qu’à penser à la série Girls, de Lena Dunham. Au début, c’était choquant de voir des corps aussi ordinaires à l’écran, puis soudainement on a crié au génie. C’était devenu rafraîchissant et inéluctable. C’était ce dont le public avait besoin. La série a eu un succès monstre.

GirlsGirls, crédit : Mark Schafer / courtesy of HBO

Shrill est aussi une émission extrêmement réjouissante. Un peu comme Girls, la série met en scène une héroïne qui ne correspond pas aux standards habituels. Annie (Aidy Bryant), le personnage principal, est une jeune femme, grosse et très amusante qui cherche à changer de vie, mais qui ne tente pas de changer de corps. C’est si inspirant comme modèle. Voir une femme ronde qui ne tente pas de modifier son apparence, c’est rare.

ShrillShrill, crédit: Allyson Riggs/ Hulu

C’est bon de s’éloigner des clichés. Elle est révolue, cette époque où les comédiennes grosses devaient toujours jouer les meilleures amies, les célibataires, les comiques et les filles au régime. On constate d’ailleurs un son de cloche similaire dans la campagne de NOUS | MADE. Il est temps de mettre fin aux stéréotypes. L’humoriste Adib Alkhalidey affirme d’ailleurs en avoir ras le bol de se faire proposer des rôles de terroristes. Le message est clair : abolissons les préjugés.

 

Avenir prometteur

Heureusement l’industrie est en pleine évolution et en constante mouvance. On nous propose parfois des personnages interprétés par des personnes grosses, sans jamais pour autant y faire allusion. On n’a qu’à penser au personnage de Caroline, brillamment interprété par Debbie Lynch-White dans Une autre histoire. Jamais il n’est question de son poids.

DebbieDebbie, crédit : Julie Artacho

Tout n’est pas encore gagné, mais c’est réjouissant de savoir que des organismes comme ÉquiLibre, un peu à la manière de la campagne de NOUS | MADE, militent et veillent à la sensibilisation et la mobilisation des gens des secteurs de la mode, de la publicité et des médias afin de diminuer les représentations irréalistes du corps ainsi que les messages encourageant le culte de la minceur. Tous les garçons et les filles qui rêvent de travailler dans le monde du spectacle devraient avoir l’impression qu’il n’y a aucune limitation physique pour atteindre leurs buts. C’est aussi une règle qui devrait s’appliquer dans absolument toutes les sphères de la vie.

Bref, souhaitons que notre téléviseur soit d’ici peu le miroir de notre réalité.