Français

La télé : divertissement ou éveilleuse de conscience?

La télé : divertissement ou éveilleuse de conscience?

Ce billet vous est offert par l'équipe web de C'est juste de la TV.


 

En général, le public aime que la télévision puisse le faire décrocher et le divertir. Toutefois, la fiction à la télévision, est-ce un pur divertissement? La télé peut tout aussi bien servir de véhicule d’émotions, en nous faisant vivre de la nostalgie ou de la tristesse par exemple, et de sensibilisation, notamment en nous faisant ressentir de la compassion pour un personnage. 

Certaines séries peuvent même ouvrir la discussion, rendre possible le dialogue et permettre d’aborder certains enjeux en famille ou entre proches. Rétrospective de quelques productions dont le message n’est pas passé inaperçu.
 

Mon fils

Antoine L'Écuyer et Élise Guilbault dans une scène de la série Mon fils.
Crédits photo : Éric Myre/ICI Télé

 

D’abord diffusée sur Club illico, puis à TVA à l’automne 2020, Mon fils est une série coup-de-poing qui démontre clairement à quel point la télévision peut avoir une portée sociale. 

L’excellente fiction est écrite par Anne Boyer et Michel D’Astous, deux scénaristes qui ont visiblement un œil aiguisé pour pondre des textes qui interpellent le public. Cette fois-ci, c’est autour de la santé mentale, plus particulièrement de la schizophrénie, que tourne l’histoire de leur série. 

Tout au long des six épisodes, le public est transporté dans l’univers de Jacob (formidable Antoine L’Écuyer), un jeune de 18 ans de bonne famille, sportif et populaire. Tout semble bien aller a priori, jusqu’à ce que sa vie dérape en raison d’une rupture amoureuse. Très vite, les problèmes s’accumulent : consommation de drogue, problèmes de santé mentale, hallucinations… La vie de Jacob prend une tournure inattendue. Mon fils raconte l’histoire poignante du jeune homme, mais aussi celle de sa famille, qui doit composer avec sa maladie tout en le protégeant de lui-même. 

La série Mon fils traite de troubles de santé mentale sans prendre de détours. La réalisatrice Mariloup Wolfe a d’ailleurs fait appel à son père psychiatre comme conseiller, ce qui lui a permis de mettre des scènes délicates en images avec beaucoup de véracité.

Les scénaristes ont aussi recueilli plusieurs témoignages pour s’assurer de la crédibilité du personnage de Jacob et pour les guider dans l’écriture de la série. Et c’est un pari réussi, puisque leur fiction présente avec beaucoup de sensibilité et de réalisme les aspects entourant la santé mentale. Fait à noter : le duo Boyer-D’Astous aborde depuis longtemps la thématique des troubles de santé mentale dans leurs séries à travers des personnages secondaires, entre autres avec Les poupées russes, Yamaska et L’heure bleue. C’est toutefois la première fois que ce sujet est le point central d’une de leurs séries. 

La distribution et l’équipe ont reçu énormément de témoignages et de remerciements provenant de familles qui s’étaient reconnues dans les épisodes. Le personnage de Jacob était juste, sans cliché, et la série était remplie d’espoir, malgré la descente aux enfers du personnage principal.

 

Fugueuse

Une scène de la série Fugueuse.
Crédits photo : Marlène Gélineau Payette/TVA

 

À 16 ans, Fanny Couture (Ludivine Reding) mène une vie comme toutes les autres adolescentes de banlieue. Jeune fille sans histoire et issue d’une famille ordinaire, elle met le pied dans un monde dangereux après avoir rencontré le rappeur Damien Stone. Fanny est alors recrutée dans un réseau de prostitution et commence à cumuler mensonges et cachettes ainsi qu’à mener une vie en parallèle. Diffusée en 2018 (saison 1) et en 2020 (saison 2) à TVA, la série est écrite par Michelle Allen et Mylène Chollet. Le récit de Fugueuse et le personnage de Fanny ont eu l’effet escompté : près de 2 millions de personnes ont suivi la descente aux enfers du personnage et regardé avec effroi sa triste histoire.

Souvent, la télévision nous permet de nous attacher aux personnages et de ressentir un certain sentiment d’appartenance. La série Fugueuse est venue ébranler bien des foyers québécois, parce que le personnage de Fanny pourrait très bien être notre fille, notre nièce ou notre amie. Comme public, on est foudroyé par un mélange d’émotions, comme la colère, la tristesse, le sentiment de vengeance et la détresse. Le public se met dans la peau de Fanny et de sa famille, ne sachant pas ce qu’il ferait à leur place. La série a servi à sensibiliser les jeunes à une problématique bien réelle, mais aussi à ouvrir la discussion entre des parents et leurs enfants et ainsi les éduquer et les conscientiser aux risques de certains comportements relationnels et sexuels. C’est là tout l’impact de la série sur le public, car des discussions à ce sujet dans les chaumières du Québec, il y en a eu, une et puis une autre!

Fugueuse était d’abord conçue pour être une série bouclée en 10 épisodes, mais comme elle a connu un vif succès, TVA a évidemment commandé une deuxième saison à ses scénaristes. Bien qu’il a été très suivi, le deuxième opus n’a cependant pas été aussi réussi que le premier. 

 

Pour Sarah

Une scène touchante de la série Pour Sarah.
Crédits photo : TVA

 

Portée par le producteur François Rozon, la série Pour Sarah, diffusée à TVA en 2015, est inspirée du drame vécu par sa fille Justine. L’affaire avait été très médiatisée lors des événements en question, survenus en 2010. Après une fête bien arrosée, un jeune conducteur de 18 ans avait pris le volant alors que Justine et deux autres passagères se trouvaient à bord de son véhicule. En mélangeant l’alcool et la conduite dangereuse, le jeune avait terminé sa course après que son véhicule a heurté un arbre. Les passagères et le conducteur ont tous été blessés. D’ailleurs, Justine a subi d’importantes blessures, dont aux organes internes.

L’auteure Michelle Allen s’est alors servie de plusieurs éléments de cette histoire vraie pour écrire son scénario et élaborer sa courbe dramatique, tout en prenant plusieurs libertés sur le plan des personnages et des situations racontées. La série avait pour mandat ultime d’éduquer, de conscientiser, de sensibiliser et d’éveiller les jeunes et les familles sur les risques et les répercussions de l’alcool au volant ainsi que de la conduite dangereuse tout en mettant de l’avant l’importance du don d’organe.

La série montrait comment des parents vivent les suites d’un drame qui hypothèque la vie de leurs enfants pour le reste de leurs jours. Très touchante, cette fiction a été l’une des premières du genre à s’inspirer d’un sujet d’actualité pour construire une télésérie dramatique.

  

Deux frères

Daniel Thomas et Élise Guilbault jouaient dans Deux frères.
Crédits photo : Attraction images

 

De 1999 à 2001 à TVA, Deux frères, écrite par le duo Anne Boyer et Michel D’Astous, marquait le Québec et comptait 1,5 million de téléspectateurs et téléspectatrices en moyenne par émission. 

Gabriel (Daniel Thomas) et Zacharie (Benoît Langlais) sont les deux personnages principaux de la série. Le premier étudie en journalisme à l’université, alors que le deuxième est toujours au secondaire et se laisse influencer par les bums de l’école.

Très efficace, la série présentait des personnages auxquels on s’attachait vite ou qu’on détestait profondément. On n’avait d’yeux que pour Benoît Langlais et Karine Vanasse! Et que dire du pauvre Kevin Drisdell (Marc Beaupré), qui ne faisait rien pour se faire aimer! C’est d’ailleurs par son personnage que passaient toute la méchanceté et l’intimidation. Ce « méchant de la télé » a longtemps fait jaser et on lui propose encore d’interpréter des vilains. Le scénario était bien écrit, car on pouvait s’identifier facilement aux personnages; c’est ce qui explique l’effet immédiat qu’a eu la série sur le jeune public!

D’ailleurs, peu de temps après la diffusion de cette production, le gouvernement du Québec a marqué un bon coup en invitant Benoît Langlais et Karine Vanasse à participer à une campagne de sensibilisation contre l’intimidation. Les deux interprètes ont sillonné le Québec et visité de nombreuses écoles pour la campagne Parler, c’est grandir, qui visait à conscientiser les jeunes de 12 à 15 ans à ce problème. C’est la preuve que la télévision fait parfois œuvre utile!

En s’y attardant, on constate donc que plusieurs sujets d’actualité et enjeux sociaux sont mis de l’avant dans nos séries télé. Plus récemment, on a pu voir l’envers du décor du phénomène des alertes d’enlèvement dans la série Alerte Amber à TVA, où l’on suit une escouade qui enquête sur un kidnappage d’enfants et qui nous plonge au cœur du drame familial que celui-ci provoque. ICI Télé présentait également en 2019 la série dramatique Le monstre, qui traitait de violence conjugale en s’appuyant sur le parcours de l’autrice Ingrid Falaise. 

Au Québec, on ne fait pas que du divertissement, mais aussi de la télévision nécessaire, qui conscientise le public à des sujets aussi percutants qu’importants.