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Conquises par la belle idée d'un dépaysement confortable, Mandy, Mylène, Camille et moi avions choisi Édimbourg comme point de départ de notre aventure «pack sac». Toutefois, nous étions loin de nous douter que sous son charme indéniable la ville cachait bien plus que des squelettes!

Quelle déception j'ai vu dans le visage de mes comparses lorsqu'elles découvrirent le magnifique ciel sans nuage au matin de notre première journée dans la capitale écossaise... Déjà qu'elles avaient eu du mal à se départir du 2/3 de leur commode, elles se seraient bien passé des bottes de pluie qui monopolisaient le 1/6 de leur sac! Comme Dame Nature a la réputation d'être dépressionnaire dans ce coin du vieux continent, elles n'avaient pas hésité deux secondes à traîner du caoutchouc! (Et attendaient patiemment la grosse averse juste pour me la ramener : «On te l'avait dit que ça serait pratique!»)

Beau soleil, victoire personnelle en poche, nous sommes donc parties à la conquête de la ville dont le nom se prononce pas comme il s'écrit...  -_-   Eeedembeurg..? Eeedimbreug..? Eeedimbrahh..?

Superperstitieux

Question d'éviter d'avoir l'air touriste, ce matin-là, nous avons pris part à une visite guidée offerte par Sandeman's New Europe, une organisation qui propose des «free tour» dans plusieurs villes à travers le monde. Notre guide, Alan, homme trapu à la voix râpeuse agrémenté d'une barbe longue et d'un cheveux en guerre, devait sortir tout droit d'un film de vikings. Il est d'ailleurs le seul homme que j'ai rencontré dans ma vie qui pouvait crier «Rrwarrrrr!» d'une façon si crédible que je suis encore aujourd'hui convaincu qu'il chasse le gibier à la hache dans ses temps libres. (Et ça explique aussi pourquoi je n'ai pas niaisé avant de donner mon p'tit deux à la fin du parcours!)

Nous débutions notre visite sur la Royal Mile, l'artère principale de la vieille ville. Sur notre chemin, Alan nous présenta David Hume, célèbre philosophe écossais, dont le gros orteil dépasse délibérément de sa statue permettant ainsi aux touristes se promenant sur la Royal Miles de le «squeezer» au passage. (Et un mot nous vient en tête... Purell!). On raconte que ce sont les étudiants en philosophie qui auraient été précurseurs de cette tradition édimbourgeoise qui consiste à lui saisir ledit doigt de pied pour gagner un brin de son savoir. D'autres diront que c'est pour la chance. Peu importe la raison qui vous pousse à le faire, personne n'y résiste et l'on craint que la statue de Hume connaisse le même sort que certaines au Vatican qui ont perdus leurs orteils à force d'être tâtées. Quelle ironie pour un homme qui a toute sa vie remis en cause la religion et la superstition!

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Mettre les pieds à Grassmarket, c'est faire un bond temporel d'au moins 600 ans. Son architecture moyenâgeuse nous assura certainement d'une chose : nous étions loin d'être les premières à frôler la tête de ses  galets! Notre guide-viking nous fît l'éloge de l'endroit qu'il fut jadis : un marché très couru... pour ses exécutions publiques!

Évidemment, aujourd'hui, on ne fait plus de pendaisons en famille et ça serait mentir de dire que Grassmarket n'a pas légèrement perdu son ratio de monde au pouce carré... Mais, les Édimbourgeois ne cachent pas aux touristes leur mauvais goûts d'autrefois en matière de divertissement et font même revivre leurs histoires à travers les noms de leurs commerces. On a qu'à penser au pub The Last Drop faisant référence au dernier verre de scotch qu'on offrait aux condamnés ou bien le Maggie Dickson's pub en l'honneur de la seule femme qui a survécu à son exécution. On raconte qu'en route vers le cimetière, un boucan s'échappa de son cercuei, ce qui est plutôt inhabituel pour un mort, dirai-je. Miracle! Maggie était revenu à la vie grâce... à Dieu! (Ou grâce aux galets inégaux qui faisaient bondir la charrette et du même coup son coeur? Hypothèse peut-être trop rationnelle pour l'époque...)

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Pas très friande des cimetières à l'avance, c'est à reculons que j'ai mis les pieds dans celui de Grefriar's Kirkyark. La simple idée de troubler la quiétude des morts en marchant près de leur tombe me faisait littéralement des boules. Alan m'acheva lorsqu'il nous confia que les Édimbourgeois venaient souvent pique-niquer ici et qu'il n'était pas rare de surprendre les jeunes couples en séance de sexe en plein air! Tout le monde rêve d'une p'tite vite sur le bord d'une pierre tombale...

Considéré comme l'un des cimetières les plus hantés d'Europe, Greyfriar's Kirkyark accumule les cas d'agressions surnaturelles du fantôme Mackenzie Poltergeist. Depuis 1999, on a répertorié plusieurs victimes qui ont quittés les lieux marqués de brûlures, d'ecchymoses et même d'os brisés. On raconte que c'est un itinérant qui aurait provoqué sa colère en se réfugiant dans le tombeau familiale des Mackenzie pour se protéger de la pluie. Croyez-le ou non, la ville, elle, a pris ça au sérieux et il n'est plus possible aujourd'hui de flâner près de sa tombe.

Sans être une Harry Potter's freak, j'étais plutôt ravie d'apprendre que ce cimetière dans lequel j'avais passé beaucoup trop de temps pour la ligue avait inspiré J.K. Rowling. En effet, le café Elephant House qui a été son fort rédactionnel lors de l'écriture de son premier roman, est situé tout près de Greyfriar's Kirkyard. La rumeur veut que lorsqu'elle était en pane sèche, elle y prenait des marches de santé à la recherche d'inspiration. C'est d'ailleurs sur l'une des pierres tombales qu'elle aurait trouvé le nom de TU-SAIS-QUI!

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Notre visite guidée terminée, nous nous mirent sur le cas de la monarchie écossaise. Au bout de la Royal Mile se dresse le Château d'Édimbourg qui veille sur la ville depuis toujours. Le peuple Scots avait élu l'ancien rocher volcanique pour ses trois falaises abruptes qui sauraient tenir loin les ennemis de leur forteresse. Même si le château fût maintes et maintes fois détruit et reconstruit au gré des guerres d'indépendances écossaises et occupé par des enfants-rois (comme dans des rois qui avaient encore un dialecte post-accouchement!), il vaut absolument le détour.

Également théâtre de la chasse aux sorcières, ce sont plus de 300 femmes qui brûlèrent vive sur son esplanade au 16e siècle. Le roi de l'époque avait trouvé une façon «infaillible» pour détecter les disciples de Satan... Le «trial by dunking» consistait à lier les poignets et les chevilles des accusées et de les jeter dans le Nor'Loch, un de ces lacs brumeux propres à l'Écosse. Si elle calait et se noyait, elle était vraisemblablement innocente. Si, au contraire, elle remontait à la surface, c'est qu'elle avait obtenu l'aide du diable et confirmait du même coup son statut de sorcière (pour mieux partir le feu de joie plus tard...)

Aujourd'hui, une plaque commémorative surnommé Witches Well ainsi qu'une fontaine miniature se retrouvent sur l'esplanade à la mémoire des innocentes victimes, mais il faut avoir l'oeil pour les remarquer. Un geste qui nous semble rempli de bonté jusqu'à ce qu'on prête attention à ce qui est inscrit... (Méchant meâ-culpâ!)

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Notre deuxième soirée à Édimbourg fût entièrement consacrée au «dark side tour» proposé par Sademan's New Europe à la tombée de la nuit. Contrairement aux concurrents qui s'arment de complices et qui vous attendent dans le détour pour vous lâcher des «Bouh», Paula, notre guide, misait plutôt sur les histoires meurtrières/cannibalistes/vampiriques et des lieux franchement «creepy» pour nous foutre la chair de poule.

L'un de nos arrêts fût Calton Hill, une colline qui offre un panorama magnifique de la ville et qui cache également, selon les locaux, un passage secret vers le monde des fées. (Attention! Je peux sentir votre scepticisme d'ici!) De là, il est possible d’apercevoir Arthur's seat, un mont voisin qui a abrité jusqu'à leur découverte en 1836 17 petits cercueils contenant chacun une poupée en bois vêtues de différentes tenues. Ces petites boîtes restent à ce jour l'un des plus grands mystères non-résolus d'Édimbourg et alimentent les légendes depuis. Pendant que certains les explique par d'anciens rituels de sorcelleries, d'autres les associent aux célèbres tueurs en série Burke et Hare qui auraient fabriqué ces sépultures à la mémoire de leurs 17 victimes. (Coïncidence?)

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Malgré son sombre passé, Eeedembeurg..? Eeedimbreug..? Eeedimbrahh..?, nous a conquises par sa beauté d'autrefois, sa chaleureuse population et, avouons-le, sa capacité à nous procurer un bon whisky à tous coins de rue ou presque! Bref, un passage obligé!

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