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Entrevue avec Jacinthe Brisebois, directrice de la programmation du FIFA

Entrevue avec Jacinthe Brisebois, directrice de la programmation du FIFA
Du 16 au 28 mars 2021 se déroule le 39e Festival international du film sur l’art (FIFA). Pour une deuxième année consécutive, pandémie oblige, l’événement a lieu en ligne sur une plateforme expressément développée au cours des derniers mois. On y propose cette année une foule de spectacles et d’événements qui sauront plaire à un public friand de réaliser de belles découvertes dans des arts tels que la danse, la musique et le cinéma.

Pour en savoir plus sur l’offre proposée sur la plateforme consacrée au festival, nous avons récemment eu l’occasion de discuter avec Jacinthe Brisebois, directrice de la programmation du FIFA.

Jacinthe Brisebois

Voici ce qu’elle nous a dit.

Que nous réserve de particulier la programmation du 39e FIFA?

La première particularité est qu’on est principalement en ligne, mais cela ne nous a pas empêchés d’organiser une panoplie d’événements diversifiés pour le public. D’abord, la plateforme dispose des sections habituelles pour la compétition de longs et de courts métrages ainsi que celle où sont affichés les films de la sélection officielle.

Ce qui est particulièrement intéressant cette année, c’est que nous avons un nouveau site web ainsi qu’une plateforme flambant neuve. L’année passée, nous avons dû nous adapter très rapidement pour offrir le festival en ligne puisqu’il était sur le point de débuter quand le confinement a été décrété. Comme l’expérience s’est bien déroulée et que nous étions à l’affût de la situation cette année, nous nous sommes dit que nous allions l’offrir à nouveau sur le web, mais de façon différente avec cette nouvelle plateforme qui s’appelle ARTS.FILM. Cette dernière demeurera d’ailleurs active après le festival. Le FIFA est le premier événement hébergé sur ARTS.FILM, qui présentera par la suite des films et des événements tout au long de l’année.

Pour ce qui est du festival en soi, nous avons une offre de 241 films provenant de 41 pays. De son côté, la compétition comprend 41 films – 16 longs métrages et 25 courts métrages. De plus, nous avons créé une nouvelle catégorie de compétition qui ne comprend que des courts métrages canadiens afin de mettre la lumière sur les artistes d’ici. Nous savons que ce n’est pas évident pour les gens qui réalisent ces courts métrages d’avoir de la visibilité, alors nous leur avons donné une nouvelle place pour s’exprimer et se faire voir. Le jury de ce volet est composé d’étudiants et étudiantes de différents cégeps de la province; nous trouvions intéressant d’avoir un autre type de jury.
 

Pouvez-vous nous en dire davantage sur les films qui sont mis de l’avant cette année?

Notre film d’ouverture est Beijing Spring. C’est un film américain qui raconte l’histoire d’un mouvement artistique en Chine qui s’est passé à la fin des années 1970. Et pourquoi il y a un film sur ce sujet? C’est qu’il y a des archives qui sont restées cachées pendant près de 35 ans. Andy Cohen et Gaylen Ross ont rencontré de ces artistes, qui sont pour la plupart toujours vivants et habitent un peu partout sur la planète; certains sont même retournés en Chine après en être sortis. C’est un film captivant, surtout lorsque nous prenons en compte la situation qui se déroule à Hong Kong présentement. C’est frappant de voir ce qui s’y est passé il y a 45 ans et de constater que l’histoire se répète.

Beijing SpringBeijing Spring - Photo : Wang Rui, FIFA
De plus, pour ce 39e FIFA, deux thèmes sont principalement exploités. Le premier, c’est par rapport au type de films que nous recevons. Cette année, nous en avons eu en quantité en musique et en danse. Pour la première catégorie, ce sont des films de plusieurs genres, beaucoup en musique classique, comme des portraits de compositeurs, par exemple. Je pense notamment à un documentaire sur une école de chefs d’orchestre et au portrait de la pianiste Eve Egoyan, qui est une des plus grandes artistes de sa discipline au Canada, et qui nous fait entrer dans son studio pour nous montrer ses habitudes de virtuose. Notre offre comprend également de nombreux films québécois. Par exemple, nous présentons le documentaire Carte mère en première mondiale. Il porte sur le cinquième album de Catherine Major, qui a été conçu pour être dansé. Ce moyen métrage met en vedette des artistes de la danse qui y vont de chorégraphies impressionnantes sur chacune des plages de l’album.

Carte-mère
Carte-mère - Photo : Tiphaine Roustang, FIFA
Ensuite, nous sommes emballés de présenter la première de Comme une vague, une proposition de la cinéaste Marie-Julie Dallaire qui traite de plusieurs aspects de la musique. Il met entre autres en vedette l’auteur, compositeur et interprète Patrick Watson ainsi que le violoniste de renom Stéphane Tétreault. Le film met aussi en lumière des personnes de tout acabit pour qui la musique est la base de leur vie professionnelle, comme une personne qui travaille dans un hôpital avec des enfants, des gens qui font de la création sonore à partir d’endroits très spécifiques comme le bord de l’océan. C’est ce qui explique le titre de l’œuvre, qui est très réconfortante pendant cette période difficile dans laquelle nous sommes plongés présentement.

Comme une vague
Comme une vague - Photo : Les Films Séville, FIFA
L’autre thème, le voyage, regroupe une multitude de films qui proviennent des quatre coins du monde et présentent des artistes ou des activités nous permettant de nous sortir du marasme ambiant. Par exemple, nous avons un film du Burkina Faso qui s’appelle En bonne compagnie, chez Les Grandes Personnes de Boromo, qui suit une troupe d’artistes manipulant des marionnettes géantes qui fait le tour de plusieurs pays d’Afrique. Nous les voyons dans leur quotidien, dans leur communauté, et ça nous amène dans une tout autre réalité que celle du Québec. Un autre long métrage, Queen Lear, nous transporte en Turquie, où nous suivons le parcours d’une troupe de théâtre ambulant qui va de petit village en petit village dans les coins reculés du pays pour interpréter la pièce King Lear, de Shakespeare, qui a été renommée Queen Lear parce que c’est une femme qui joue le rôle principal. Ce ne sont que quelques exemples des films qui sont au menu et qui nous permettent de sortir de notre quotidien actuel, qui se passe pas mal entre quatre murs. (Rires) De l’art qui fait du bien!

Queen Lear
Queen Lear - Photo : FIFA
Ensuite, notre offre comprend une multitude de films qui sont des portraits dans lesquels les artistes se racontent, dont celui de la grande artiste contemporaine Anna Abramovic dans Homecoming: Marina Abramovic and Her Children ou encore de Charlie Chaplin dans Charlie Chaplin : le génie de la liberté. Une autre proposition intéressante est celle du réalisateur Alain Fleischer, qui est un ami de longue date de Christian Boltanski, l’artiste plasticien en vedette dans son film. L’œuvre s’est faite sur une période de 50 ans au cours de laquelle des petites bribes se sont ajoutées d’année en année jusqu’à aujourd’hui. Le résultat est un documentaire exceptionnel où nous observons non seulement l’évolution de Boltanski, mais aussi la transformation des médiums au fil du temps. C’est un très beau film qui s’appelle J’ai retrouvé Christian B.

Nous proposons également quelques films pour la famille, dont un particulièrement émouvant qui se déroule dans une école en Belgique où des jeunes réfugiés participent à un orchestre. La section vidéoclips est sous la responsabilité de Jérôme Rocipon, et nous y retrouvons une sélection des œuvres incontournables à voir dans cette catégorie.
 

Parlez-nous du concept des cartes blanches.

C’est un comité de présélection qui a fait des recommandations et, ensuite, nous avons fait nos choix en nous assurant que les récipiendaires de cartes blanches représentaient une certaine diversité. Au départ, nous souhaitions donner la parole à des personnes d’ailleurs; c’est la raison pour laquelle nous avons créé les cartes blanches, qui sont sous la direction de Philippe Drago. Cette année, nous avons notamment offert une carte blanche à des artistes comme Caroline Monnet, mais aussi à des établissements, comme le Museum of Modern Art de New York, et à des festivals, tel qu’imagineNATIVE, événement mettant en vedette des artistes autochtones.

Image tirée du film Talk (imagineNATIVE)
Image tirée du film Talk (imagineNATIVE) - Photo : FIFA
 
En quoi consistent les panels de discussion?

Ce sont des panels avec des gens du milieu du cinéma que nous avons rassemblés sous l’appellation FIFA Connexions. Notre offre est quelque peu limitée, mais pertinente dans le contexte actuel. Nous avons un panel sur la place des femmes dans le monde des vidéoclips – elles y sont toujours très peu nombreuses – et un autre sur la gratuité de la culture sur le web. Avec la pandémie, plusieurs productions se sont tournées vers le web, mais à long terme, est-ce une solution viable pour les artistes et pour les institutions? C’est une discussion qui regroupera plusieurs personnes provenant d’organismes d’importance tels que le Théâtre du Nouveau Monde, l’Orchestre symphonique de Montréal et le Musée des beaux-arts.
 

Est-ce qu’il y a un événement que vous recommandez particulièrement?

Je ne peux pas passer à côté de Comme une vague, présenté par le grand réalisateur québécois Jean-Marc Vallée, parce qu’il n’y a pas énormément de films québécois sur l’art qui sont produits étant donné le peu de financement dans le domaine. Je trouve primordial que les films sur l’art continuent de vivre parce que c’est toute la culture d’ici et d’ailleurs que nous y retrouvons. Ce sont des œuvres faites par des réalisateurs et réalisatrices d’ici qui ont souvent une pérennité. C’est important de continuer d’en produire et d’avoir du financement pour le faire. C’est la culture d’ici qui est liée à ça.
 

Avez-vous autre chose à ajouter?

Oui! Je voulais vous mentionner que deux présentations seront faites en salle, au cinéma Impérial : celle du film d’ouverture, Beijing Spring, ainsi que celle du film Comme une vague. Ce sont des décisions qui ont été prises récemment et nous voulions attendre à la toute dernière minute avant de l’annoncer afin d’être certains de ne pas avoir à les annuler.
 

Merci beaucoup, Jacinthe Brisebois!
 

Pour tout connaître de la programmation du 39e Festival du film sur l’art, qui est en cours et se terminera le 28 mars, ou pour vous procurer votre passeport, rendez-vous sur le site du FIFA.