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Entrevues Faire œuvre utile – Chrystine Brouillet et Louis Morissette

Entrevues Faire œuvre utile – Chrystine Brouillet et Louis Morissette
Chaque vendredi à 20 h sur ICI ARTV, à l’émission Faire œuvre utile, animée par la journaliste Émilie Perreault, des personnalités invitées rencontrent une personne ayant été bouleversée par une de leurs œuvres. Avant la diffusion de chacune des émissions de la troisième saison, nous vous proposons d’en apprendre davantage sur l’expérience vécue par les artistes lors de ces moments fort particuliers.

Cette semaine, l’auteure Chrystine Brouillet ainsi que le comédien, scénariste, humoriste et producteur Louis Morissette ont pris quelques instants pour nous livrer leurs réflexions à la suite de leur passage à l’émission. Les deux artistes nous ont généreusement fait part de leurs états d’âme quelque temps après avoir fait des rencontres mémorables.

Voici le compte rendu de ces entrevues.

 

Chrystine Brouillet

Émilie Chrystine et Manon

Que retenez-vous de votre expérience?

Beaucoup de douceur, malgré la gravité du sujet. En parlant de sa fille assassinée, Manon a fait un cadeau à toutes les victimes qui sont dans une situation de violence. Ces personnes sont tellement prises dans ce chaos dans leur vie qu’elles n’ont pas nécessairement la facilité pour s’en sortir. Je pense que de regarder l’émission de Faire œuvre utile dans laquelle on parle de cette tragédie-là, ça va peut-être faire réagir des gens juste à temps pour se sauver et changer de vie. J’espère que c’est ce que ça va donner. Ce que je retiens d’abord et avant tout, c’est la générosité de Manon; raconter ce qu’elle a vécu, ce que sa fille Anne-Marie a vécu, c’est quelque chose de vraiment terrible. Elle a fait preuve d’une immense générosité.

Manon

Qu’est-ce qui vous surprend le plus quand vous recevez ce genre de témoignage de la part du public?

Ça n’arrive pas fréquemment, mais c’est vrai que dans les salons du livre, on rencontre beaucoup de gens. En 40 ans, c’est arrivé à quelques reprises que des personnes m’aient raconté que mes livres avaient eu des échos dans leur vie. Ce qui me touche, c’est que ces gens aient une aussi grande confiance en moi pour me confier les drames qu’ils ont vécus. Chaque fois, je suis étonnée, éberluée et je me sens privilégiée de la confiance que le public m’accorde. Quand ça survient, j’ai un choc et je rentre à la maison en me disant : « Mon Dieu, on m’a raconté cette histoire vraie, terrible, et c’est à moi qu’on a fait confiance. » Ça m’aide à écrire, parce que je me dis que je ne dois pas être dans le champ si les histoires que j’invente trouvent un écho chez des gens qui les ont vécus directement. Chaque fois, ça me donne des ailes pour continuer à écrire.

Si vous aviez joué le rôle de la personne du public dans l’émission, est-ce qu’il y a une œuvre ou une ou un artiste en particulier que vous auriez nommé?

Ce qui me vient à l’esprit, c’est Jean-Paul Lemieux, le peintre, parce que j’ai eu la chance de le rencontrer et de le voir travailler quand j’étais enfant. Il avait dessiné le portrait de mon frère, mais après avoir terminé son œuvre, quelque chose le gênait. Il a repris le tableau et l’a rapporté quelques semaines plus tard. Il avait mis un peu de lumière sur l’épaule de mon frère et ça changeait tout le tableau; ça le faisait chanter. Ça a été une leçon formidable pour moi, parce que quand j’écris, je me dis : « Elle est où, la touche de lumière que je dois ajouter? Qu’est-ce que je dois enlever? » Des fois, c’est un petit, petit détail qui va apporter un éclairage différent. Jean-Paul Lemieux ne l’a jamais su, puisque j’étais enfant quand je l’ai rencontré, je n’écrivais pas encore, mais des années plus tard, ça m’est revenu et ça me reste. Quand j’écris, je lui suis reconnaissante de m’avoir donné cette leçon.

Chrystine Brouillet, merci beaucoup!
 

Louis Morissette

Émilie Louis et Josée

Que retenez-vous de votre expérience?

Ce que je retiens surtout, c’est que je suis dans une portion de ma vie où des fois je me demande à quoi sert notre métier. Je cherche un sens et disons qu’en pouvant faire œuvre utile, c’est comme si ça remettait un peu les pendules à l’heure, qu’il y avait un écho. Des fois, on en vient à l’oublier. Souvent, on l’a juste négativement par rapport aux réseaux sociaux et au chialage, mais l’écho positif, on le perd de vue.

Qu’est-ce qui vous surprend le plus quand vous recevez ce genre de témoignage de la part du public?

En fait, dans le cas du Mirage, ça fait quand même cinq ans que le film est sorti. À l’époque, j’ai reçu beaucoup de renforcement positif. Là, j’en ai un peu moins. Cet été, je sors un autre film, Le guide de la famille parfaite, qui est sur la surparentalité. Je pense que ça va générer beaucoup de commentaires du public aussi. Ça me touche vraiment, parce que tout le monde a sa façon d’écrire, et la mienne, c’est souvent à partir d’un sujet qui me touche. Je me dis : « Si le sujet me parle, il va parler à du monde. » Il y a des scénaristes qui vont écrire à partir d’un personnage ou à partir d’un fait divers, comme un meurtrier ou une détective de police, et c’est parfait. Mes films parlent de courants de société que j’ai le goût d’exploiter. J’apprécie particulièrement quand les gens m’en parlent et que je vois que ça crée une discussion, un débat, et que je ne suis pas seul dans ma réflexion. Ça me touche énormément de savoir que je peux provoquer des conversations dans des maisons et des réflexions dans certaines têtes.

Josée

Si vous aviez joué le rôle de la personne du public dans l’émission, est-ce qu’il y a une œuvre ou une ou un artiste en particulier que vous auriez nommé?

Il y en a plusieurs. C’est sûr que je pense des fois à des trucs plus récents, mais présentement, j’écoute en boucle le dernier album de Louis-Jean Cormier. Il parle de son père, de son deuil; ça prend une place dans ma tête. Il y a du cinéma aussi. Antigone, de Sophie Deraspe, c’est un film qui m’a habité. Même chose avec le dernier album d’Ariane Moffatt, que je fais jouer sans cesse pendant que j’écris présentement. Il m’apaise, il me fait du bien.

Louis Morissette, merci beaucoup!

Ne manquez pas la quatrième et dernière émission de la troisième saison de Faire œuvre utile, vendredi à 20 h sur ICI ARTV.