Français

Entrevues Faire œuvre utile: India Desjardins et Michel Marc Bouchard

Entrevues Faire œuvre utile: India Desjardins et Michel Marc Bouchard
C’est vendredi 23 avril à 20 h que s’amorcera la troisième saison de Faire œuvre utile, émission au cours de laquelle des personnalités invitées rencontrent une personne ayant été bouleversée par une de leurs œuvres. Encore une fois cette année, c’est la journaliste Émilie Perreault qui anime la série et agit en tant que liant entre les artistes et les gens du public qui y participent.

En vue du début de cette nouvelle saison, nous avons eu l’occasion de discuter avec l’autrice India Desjardins et le dramaturge Michel Marc Bouchard, personnalités invitées lors de la première émission. Les deux artistes nous ont généreusement fait part de leurs états d’âme quelque temps après avoir fait des rencontres mémorables.

Voici le compte-rendu de ces entretiens.


India Desjardins
India Desjardins, que retenez-vous de votre expérience à Faire œuvre utile?

Ça m’a vraiment touchée. Comme on est en pandémie, on n’a pas l’habitude de côtoyer des gens ces temps-ci, et j’en ai vu plusieurs durant la journée de tournage, qui était pleine d’affection et de tendresse; c’était le fun à vivre. Quand j’ai lu la lettre de Janie [la jeune femme qui a rencontré India Desjardins dans le contexte de l’émission] pour la première fois, c’était le jour de la fête des Mères l’année passée. J’étais dans ma cour, et c’est ma meilleure amie qui me l’a envoyée par texto. Je n’ai pas d’enfant, et ça m’a énormément touchée de lire cette lettre, de savoir que j’ai pu toucher cette fille-là et lui transmettre une partie de moi. Quand tu n’as pas d’enfant, on dirait que tu as l’impression que tu ne pourras pas réussir à le faire. De recevoir cette lettre, c’était symbolique pour moi. C’était de savoir que j’ai pu transmettre quelque chose à travers mes livres, et ça m’a touchée. J’étais très émue quand j’ai su qu’Émilie (Perreault) avait choisi cette jeune femme parce qu’elle avait lu la lettre, ce qui m’a permis de la rencontrer et de voir à quel point elle est magnifique, intelligente, formidable. Je l’aurais adoptée. (Rires)

Quand vous recevez ce genre de témoignage, qu’est-ce qui vous surprend le plus?

Ce qui vient le plus me chercher, c’est que, quand j’ai écrit les livres de la série Le journal d’Aurélie Laflamme, j’avais envie de créer un personnage féminin fort qui traversait les obstacles de la vie. Je l’ai créé à une époque où il y avait beaucoup de personnages masculins forts qui combattaient des monstres et des dragons, et je me disais que j’avais envie de créer ça, mais dans le quotidien, dans la vraie vie, avec un personnage féminin. Dans une histoire fantastique, il y a différents obstacles, comme des monstres, des grottes, de la noirceur, et je voulais qu’ils soient transformés en obstacles de la vie normale. Quand les jeunes me disent que les livres de la série les ont aidés à surmonter une épreuve, c’est ce qui vient me chercher le plus, parce que c’est la raison pour laquelle je les ai écrits. Je ne savais même pas qu’une œuvre pouvait avoir un tel impact. Dans le témoignage de Janie, ce qui m’a vraiment touchée, c’est quand elle m’a dit que la première fois qu’elle est allée à Londres, elle a apporté le tome 8 du Journal d’Aurélie Laflamme, un peu comme une doudou. Quand il y avait des moments qui la stressaient, elle allait relire des passages; je n’avais jamais pensé qu’un livre pouvait faire ça. Ça m’a même donné l’idée de le faire aussi avec un livre que j’aime lors de moments de stress. Son témoignage a ouvert une porte autant dans ma tête que dans mon cœur. J’ai trouvé ça vraiment touchant.
Janie
Quelle est l’œuvre qui a été la plus utile dans votre vie?

Il y en a tellement, c’est difficile de choisir. Quand j’étais ado, une histoire qui a fait œuvre utile pour moi a été Anne... La maison aux pignons verts, de Lucy Maud Montgomery. Cette histoire valorisait beaucoup l’imagination et encourageait les jeunes filles à faire leur place dans un monde et à une époque où c’était plus difficile. C’était inspirant. Malheureusement, l’écrivaine est décédée en 1942, plus de 20 ans avant ma naissance; j’aurais beaucoup aimé la rencontrer. Ses mots et sa façon d’écrire ont de toute évidence été une influence chez moi. Il me semble aussi – mais ma mémoire fait peut-être défaut – qu’un des tomes est dédié à son animal de compagnie. Et j’ai fait la même chose avec le premier tome du Journal d’Aurélie Laflamme, que j’ai dédié à Sybil, ma compagne féline de mes 11 à 28 ans, à qui j’avais promis de la faire revivre dans une histoire lorsqu’elle est décédée.

India Desjardins, merci beaucoup!

Michel Marc Bouchard
Michel Marc Bouchard, que retenez-vous de votre expérience?

Ce que je retiens du tournage de Faire œuvre utile, c’est ma rencontre avec Élisabeth, parce que je ne pensais pas qu’une œuvre pouvait avoir un tel impact dans une vie. Tom à la ferme aborde des thèmes qui la touchaient dans plusieurs aspects de sa vie, si ce n’est que le deuil, son orientation sexuelle et sa démarche artistique. C’est comme si la pièce avait eu un véritable impact sur trois plans, alors ça m’a complètement étonné. Je ne suis pas nécessairement de la catégorie des artistes qui croient qu’on est un service social. Je pense encore que l’art est une approche esthétique, une façon de voir le monde différemment, mais je n’en vois pas toujours l’utilité. C’est la première fois que, concrètement, j’en vois une, que ça a une portée aussi puissante, du moins.
Elisabeth
Qu’est-ce qui vous surprend le plus quand vous recevez ce genre de témoignage de la part du public?

J’en reçois quand même fréquemment parce que mon œuvre bouscule sur différents plans. Je parlais tantôt de l’orientation sexuelle, mais ça peut aussi être la maltraitance. Des fois, ça bouscule pour des questions uniquement de beauté ou d’émotions reçues. Oui, on me fait part de beaucoup de réactions de la sorte, mais dans le cas d’Élisabeth, c’était particulier parce que l’impact était très large.

Quelle est l’œuvre qui a été la plus utile dans votre vie?

Je pense que les plus grands chocs de ma vie, je les ai vécus quand j’étais jeune, après avoir lu La belle bête de Marie-Claire Blais. Un jour, j’ai eu l’occasion de discuter et même de prendre un coup avec elle, ce qui était pour moi un honneur. J’ai pu lui dire à quel point ce livre avait transformé ma vie parce que c’est le type d’œuvre qui fait en sorte qu’on est moins seul et dans ce qu’on croit être un monde à part dans notre tête. On s’aperçoit qu’il y a d’autres personnes qui ont le même type de réflexions que nous. Cette rencontre-là a provoqué chez moi le désir profond d’assumer ma vocation artistique.

Michel Marc Bouchard, merci beaucoup!
 

Ne manquez pas la première émission de la troisième saison de Faire œuvre utile, vendredi à 20 h sur ICI ARTV.

En attendant, nous vous suggérons de regarder l’entrevue que nous avons réalisée avec l’animatrice Émilie Perreault pour en avoir un aperçu :