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Crédit photo en-tête : Jay Kearney

L’édition du Festif! 2019 est officiellement derrière nous et, aux yeux des organisateurs, les résultats sont excellents. Ce festival de musique, qui prend place en plein cœur de Charlevoix depuis déjà 10 ans, monopolise toute la ville de Baie-Saint-Paul pendant quatre jours. Outre générer des retombées touristiques et économiques, l’événement remplit un autre mandat bien important : celui du rayonnement culturel en région. 

 

Décentraliser la culture et l’attirer en région

 

Selon plusieurs, la culture est plus visible et ses apparitions sont plus nombreuses en ville, mais force est de constater qu’elle rayonne bien en région lorsqu’on lui laisse de l’espace pour créer et s’épanouir. C’est exactement ce que réussit à faire ce festival : créer un lieu de rencontres entre la population locale et des artistes moins connus, plus nichés. Après quelques éditions, Clément Turgeon Thériault, cofondateur de l’événement, perçoit un intérêt accru de la région : « [Le Festif!] a ouvert la curiosité musicale de la population. On a de plus en plus de gens qui achètent des billets pour des spectacles qu’ils ne connaissent pas. Ça a eu une influence sur l’ouverture culturelle des gens. » 

 

Ainsi, l’organisation démontre chaque année qu’il est faux de croire que la culture est une chasse gardée des villes. Déjà, au moment de monter le casse-tête qu’est la programmation, on porte une attention particulière à la notion de découverte. On tente d’aller au-delà de ce qui passe à la radio commerciale : « J’essaie qu’on soit grand public, sans trop l’être. [...] Le but, c’est que ce soit un festival inclusif. C’est de voir qu’est-ce qui est bon en ce moment, mais aussi quelle découverte je veux mettre en première partie. Il y a une sensibilité à ce niveau-là. »

 

Faire rayonner la culture locale

 

Si la population locale peut bénéficier des visiteurs temporaires, l’inverse est d’autant plus vrai. Les quelque 40 000 festivaliers ont pu faire connaissance avec l’art et le patrimoine culturel de Baie-Saint-Paul. Artistes locaux, territoire enchanteur, galeries d’art : l’événement est un prétexte parfait pour découvrir l’éventail diversifié de la culture locale. Pour Anne-Marie Dufour, directrice de la programmation, la relation entre la population et les festivaliers ne pourrait pas être plus harmonieuse : « Les gens viennent non seulement voir un festival et des spectacles, mais ça ne suffit pas. Ils viennent rencontrer les gens de la région. »

 

Interviewé après son spectacle tenu à l’aube le dimanche matin, l’artiste témiscabitibien Philippe B est d’avis que la culture, ce n’est pas nécessairement une affaire de centres urbains : « Ce n’est pas en ville que la culture grandit, qu’on la cultive. C’est plus pour la logistique. Quand j’étais guitariste accompagnateur pour d’autres, si j’étais à Rouyn, ça aurait été difficile. C’est toujours un enjeu au niveau logistique, parce qu’on a besoin d’un réseau. Mais la culture, le matériau de ce que certains ont à dire, ne vient pas de la ville. »

 

S’il est vrai que Montréal et les grandes villes deviennent des noyaux d’attraction pour l’art et les talents de toutes sortes, il serait ridicule de croire qu’il n’y a rien ailleurs. Il y a, dans toutes les régions du Québec, une culture locale vibrante et inspirée du territoire. Les événements comme Le Festif! réussissent à mettre en lumière cet art, mais il faudrait continuer de cultiver la curiosité collective. Lors de vos prochaines sorties, demandez qui sont les artistes locaux, visitez les petites galeries et soyez à l’écoute de la musique de l’endroit. Au pire, vous ferez la découverte hâtive de ce qui charmera le plus grand nombre demain.