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Chaque mère, chaque grossesse, chaque accouchement a son histoire. Et derrière chaque histoire, il y a souvent les mêmes craintes, les mêmes doutes, les mêmes remises en question. Ce sont des moments d’une extrême puissance, mais où l’on est aussi d’une grande vulnérabilité.

 


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Je me suis souvent demandé comment les femmes se sentaient à leur prise en charge dans le système hospitalier au moment de la perte des eaux. Juste les murs de l’hôpital donnent froid dans le dos. Au nombre d’accouchements qui doivent être pris en charge quotidiennement, il y a quelque chose qui semble complètement déshumanisant dans le processus. Est-ce que tout le tout manque de douceur? Les femmes sont-elles bien? Plusieurs amies autour de moi ont choisi, pour cette raison, le suivi avec sage-femme. J’ai rencontré deux d’entre elles. Je voulais connaître leur histoire. Et surtout, ce qui les a motivées à choisir comment elles allaient vivre ces moments.

 

Je rencontre l’autrice et animatrice Geneviève Pettersen et la chroniqueuse Manal Drissi au café La graine brûlée, rue Sainte-Catherine à Montréal, un vendredi matin. C’est calme, il fait doux. Il n’y a pas beaucoup de clients. L’ambiance est parfaite pour aborder la discussion. Cafés à la main, on se serre la pince, je les remercie d’avoir accepté de raconter leurs histoires. Je commence par une question qui peut paraître toute simple, mais qui a un certain poids : pourquoi avez-vous opté pour le suivi avec une sage-femme?
 

Une approche plus humaine

 

Être suivi par une sage-femme? En quoi cette option est-elle différente du centre hospitalier? Ce sont des professionnelles qui accompagnent les nouvelles mamans dès le début de la grossesse, durant l’accouchement, et même jusqu’à six semaines après celui-ci. Les femmes peuvent choisir d’accoucher en leur compagnie chez elles, à la maison de naissance ou à l’hôpital. Les sages-femmes sont reliées à un Centre de santé et de services sociaux du Québec et sont formées pour passer le flambeau à un médecin dès qu’il y a complication. Elles offrent un suivi personnalisé, et le conjoint ou la conjointe fait partie intégrante de ce processus. Au-delà du suivi de grossesse, elles offrent également un soutien psychologique important durant tout le processus. 

 


Manal Drissi / Photo: Martin Ouellet-Diotte
 

Avant même de tomber enceinte, Manal Drissi éprouvait déjà un malaise quant au suivi en centre hospitalier. L’idée d’aller à l’hôpital était très peu inspirante et très anxiogène pour la chroniqueuse : « Je n’avais pas de problème à prendre les services d’une sage-femme. Ça m’évite ce milieu, ça coûte moins cher à l’État et ça libère un lit. Pour moi, ça allait de soi », explique-t-elle. 

 

Quant à Geneviève Pettersen, le choix n’a pas été aussi évident. Lors de sa première grossesse, il était hors de question qu’elle accouche ailleurs qu’à l’hôpital. Bien qu’elle dise avoir obtenu un service médical « OK », elle déplore un manque en ce qui a trait à l’aide psychologique : « Il n’y a aucun suivi sur comment on se sent. Tout s’est bien passé, sans complications. Cependant, j’ai été laissée à moi-même. Ce soir-là, il y avait beaucoup d'accouchements. Je suis arrivée avec beaucoup beaucoup de douleurs. Tout ce que l’infirmière m’a dit, c’est : “Écoute, ma petite, t’as pas fini, tu viens de commencer.” »

 

Réappropriation du geste

 

« Comment un acte physiologique est-il devenu aussi médicalisé? », se demande Geneviève Pettersen. Par exemple, la position typique pour accoucher, sur le dos, n’est pas naturelle pour les femmes, comme l’explique Andrée Rivard dans son ouvrage Histroire de l’accouchement au Québec. Historiquement, on a adopté cette position pour que le médecin soit plus à l’aise lors de la prise en charge. 

 

Pour les deux femmes, le suivi avec sage-femme permet une réappropriation de son corps, du geste : « L’ouverture à douter ou à changer d’idée sur la façon dont ça va se passer, ça te permet de te sentir comme si ta voix comptait, comme si ce que tu allais proposer allait être écouté », affirme Manal Drissi. Il est effectivement difficile, par exemple, de dire non lors d’un suivi médical, qui peut prendre beaucoup de temps à obtenir. « La principale différence, c’est que dans le système médical, le point central, c’est justement le système médical. Avec les sages-femmes, ce sont les femmes qui sont au centre. Tu te sens comme le centre de cette opération-là, et non comme le centre d’un système déjà pressé! »

 

Et les pères, eux? 

 

Je leur ai demandé si leurs conjoints se sont sentis inclus dans ce processus. « Absolument, affirme Manal Drissi. Ma sage-femme a même insisté pour que mon conjoint soit présent. » Est-ce qu’on peut en dire autant du suivi traditionnel en centre hospitalier? « Les pères ne se sentent pas concernés dans ce type de suivi. Il n’y a pas de questions posées, alors qu’au contraire, les hommes aussi vivent la grossesse. Ils vivent des choses pendant la grossesse de leur blonde! Dans le suivi avec une sage-femme, le père participe, il apprend, il est rassuré », affirme Geneviève Pettersen.

 

En effet, pour les deux femmes, ce n’est pas qu’une affaire de mère. C’est une affaire de famille, et la sage-femme en fait, en quelque sorte, partie à la fin de l’aventure. « Après l’accouchement, une aide à la naissance arrive, et elle m’a fait deux œufs bacon. Je n’ai rien vu, ils ont tout nettoyé. C’est vraiment pas le même suivi. On dirait que t’es suivie par quelqu’un de ta famille! »

 


Geneviève Petersen / Photo: Martin Ouellet-Diotte

 

Quel suivi choisir? 

 

Il est clair pour Geneviève Pettersen qu’elle ne pourrait pas conseiller quoi que ce soit à une future maman qui est en questionnement, puisque ça va à l’encontre des valeurs mêmes de la pratique de sage-femme : « C’est tellement personnel, un accouchement. Moi par exemple, à mon premier, il était hors de question que je choisisse les services d’une sage-femme, puisque je n’étais pas prête », affirme-t-elle. Les deux options ne sont pas sans risques, évidemment. C’est pourquoi elle ajoute qu’il faut à tout prix être prête à assumer ces risques-là. 

 

Quant à Manal Drissi, elle invite toutes les futures mères à se renseigner en laissant de côté les préjugés qu’elles pourraient avoir : « Il faut déterminer quelles sont les inquiétudes. Si c’est par rapport à ta sécurité, pour les risques, la douleur, il faut savoir qu’on peut accoucher avec une sage-femme à l’hôpital. Si tu changes d’avis, tu peux avoir l’épidurale. Elles sont formées pour passer le flambeau à un médecin dès qu’il y a une complication. » 

 


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