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Je suis une cinéphile masochiste

Pierre-Anaïs Parent St-Gelais

19 février 2015

Non, je ne vais pas parler de Fifty shades of grey… En fait, oui, visionner ce film constituerait certainement une séance de torture, mais dans le cadre de ce billet, j'aimerais plutôt proposer  des  films qui m'ont fait vivre une expérience cinématographique douloureuse autant qu'éblouissante.

Que ce soit par leur longueur, leur lenteur ou leur singularité scénaristique, ils m'ont fait bouger sur mon siège, rêver de quitter la salle en hurlant et en me tirant les cheveux ou maudire l'ami qui m'avait entraînée dans cette aventure. Paradoxalement, leur originalité, la beauté des images et leur histoire improbable m'ont empêchée de faire tout ça. Ces films m'inspirent des sentiments contradictoires et c'est ce qui fait de moi une cinéphile masochiste.

Sommeil d'hiver (Kış Uykusu), Nuri Bilge Ceylan, 2014

À la limite du mal de tête (3h16 de lecture active de sous-titres), j'ai quitté la salle complètement épuisée. Dans les paysages à couper le souffle de l'Anatolie, le film présente les pérégrinations d'un ancien acteur propriétaire d'un hôtel troglodytique dont l'idéologie est confrontée par sa jeune épouse idéaliste et sa soeur lucide. De la haute voltige intellectuelle qui laisse la satisfaisante impression que ces heures passées dans la salle obscure n'ont pas été perdues. Récipiendaire de la Palme d'or 2014, ce film est en nomination dans la catégorie Meilleurs films étrangers des Oscars 2015.


L
e regard d'Ulysse (Το Βλέμμα του Οδυσσέα), Theo Angelopoulos, 1995

Théo Angelopoulos reçoit le Grand Prix du jury à Cannes en 1995 avec une mine déçue en expliquant qu'il n'avait préparé un discours que pour recevoir la Palme d'or (non, Xavier Dolan n'est pas le seul cinéaste à avoir jugé le travail des membres du jury). Le regard d'Ulysse est certainement le film le plus marquant du cinéaste. Marquant par sa longueur (176 minutes), sa rudesse, sa froideur tout autant que par sa beauté, le jeu de son acteur principal (Harvey Keitel) et la force de son sujet. Un cinéaste grec émigré part à la recherche de trois bobines jamais développées tournées par les frères Manakis en 1905 dans les Balkans. Débute alors une véritable quête à travers des pays en pleine guerre, ou tout juste sortis de l'étau communiste.

 

Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures (Lung Boonmee raluek chat), Apichatpong Weerasethakul, 2010

Ai-je été traînée de force à la projection ce film ? Plus les années passent et plus je réécris l'histoire de cette soirée. Assise dans le cinéma Impérial, les 116 minutes que durent le long-métrage m'ont paru bien longues. Quelle étrange expérience que le visionnement de ce film hors-norme. Un apiculteur en fin de vie décide, après avoir eu l'apparition de sa défunte femme et de son fils (sous la forme d'un singe aux yeux rouges!), d'entreprendre un voyage dans la forêt à la rencontre de ses vies antérieures. Bercée par l'étrangeté du récit, j'ai été hypnotisée, pour le meilleur et pour le pire. Aussi récipiendaire de la Palme d'or du Festival de Cannes, édition 2010.

 

Les chiens errants (郊遊, jiāo yóu), Tsai Ming-Liang, 2013

Mon cinéaste chéri amalgame depuis le début de sa filmographie poésie et quotidienneté avec virtuosité. Dans Les chiens errants, la poésie prend le dessus sur la quotidienneté. Un père vit pauvrement avec ses deux enfants, ne survivant que grâce à son travail d'homme sandwich,et dormant dans des édifices désaffectés dont les murs laissent émerger à travers la suie des fresques de paysages montagneux. Les longs plans statiques permettent d'analyser la beauté et les détails des images. Récipiendaire du Grand Prix du jury à la Mostra de Venise en 2013, ce film a su mettre à l'épreuve ma patience mais jamais je n'ai regretté l'achat ce billet de cinéma.


Chansons du 2e étage
(Sånger från andra våningen), Roy Andersson, 2000

Portrait apocalyptique de la société actuelle sous forme d'un enchaînement de plans séquences n'ayant pas de lien entre eux. Ce film a marqué la jeune étudiante en cinéma que j'étais à l'époque du visionnement. Étrange et surréaliste, ce film ne ressemblait à rien de ce que j'avais vu jusqu'alors. S'ils ne sont pas des succès public, les films hors-normes sont clairement remarqués dans le réseau des festivals. Chansons du 2e étage a reçu le Prix du jury au Festival de Cannes de 2000.


Quel film vous laisse croire que vous êtes un(e) cinéphile masochiste ?