Français
Le grand solstice: Entrevues avec Dominique Fils-Aimé et Elisapie Isaac
Michel Simard

Le grand solstice: Entrevues avec Dominique Fils-Aimé et Elisapie Isaac

ICI ARTV

15 juin 2021

C’est le dimanche 20 juin à 18 h, sur ICI ARTV, que le spectacle de variétés Le grand solstice sera diffusé, à l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones qui aura lieu le lendemain. Cette grande fête, imaginée notamment par Elisapie Isaac à la direction artistique, rassemblera des artistes des 11 nations autochtones du Québec, en plus de personnalités invitées telles que Dominique Fils-Aimé et Louis-Jean Cormier.

Avant la présentation de la captation de l’événement (qui a été tourné en mai dernier), nous avons eu la chance de discuter avec Dominique Fils-Aimé ainsi qu’avec Elisapie Isaac, qui ont toutes deux participé au Grand solstice avec grand enthousiasme.

Voici ce que les deux artistes avaient à nous révéler sur leur expérience.

***

Dominique Fils-Aimé

La chanteuse Dominique Fils-Aimé.
Dominique Fils-Aimé./Crédits photo : Christian Lamontagne

Qu’est-ce qui vous a motivée à participer au Grand solstice?

J’ai beaucoup de reconnaissance envers les communautés autochtones. Je suis aussi grandement inspirée par la démarche artistique d’Elisapie. J’ai toujours eu cette envie commune avec elle de faire des rapprochements, de créer des événements rassembleurs. La possibilité de collaborer avec elle représente une forme de rapprochement à une autre échelle.
 

Comment définissez-vous votre rapport aux communautés autochtones?

Je désire du mieux que je peux être une alliée, parce que je pense qu’il est important d’aider à unifier les voix et à élever les leurs. Les communautés autochtones n’ont pas toujours eu l’occasion d’être écoutées ou respectées. On a beaucoup de pain sur la planche pour guérir les blessures du passé et construire un meilleur futur.


Que pouvez-vous nous dire sur votre participation?

J’ai été très chanceuse de contribuer à une pièce entonnée par Elisapie et deux chanteuses de la communauté qui font des chants de gorge. J’ai été vraiment honorée de pouvoir contribuer, d’être présente. C’était un moment d’échange où on a fait un cadeau à la nature qui nous entoure ainsi qu’à nos ancêtres. Ça a été une très belle journée.

Dominique Fils-Aimé, Elisapie Isaac et deux chanteuses de gorge.
Dominique Fils-Aimé, Elisapie Isaac, Sylvia Cloutier et Beatrice Deer chantent ensemble./Crédits photo : Christian Lamontagne


Que retenez-vous de l’expérience?

C’est toujours un sentiment de reconnaissance, de connexion et de gratitude de pouvoir être présente. J’ai beaucoup d’espoir que cette fête pourra intégrer et être célébrée par tout le monde, autant au Québec que partout à travers le Canada.


Votre participation au Grand solstice pourrait-elle mener à d’éventuelles collaborations avec des artistes autochtones?

Oui, il y a toujours eu des discussions avec des artistes de la communauté, et ce n’est pas la première fois qu’on échangeait avec Elisapie, qu’on créait ou participait à des événements ensemble dans le but de nous unir. Je pense que la connexion était déjà présente et qu’elle s’est solidifiée.
 

Dominique Fils-Aimé, merci beaucoup!

***

Elisapie Isaac

La chanteuse inuk Elisapie Isaac.
En plus de participer au Grand solstice, Elisapie Isaac était de l'équipe de création de l'événement./Crédits photo : Michel Simard


Que retenez-vous de l’expérience du Grand solstice?

On était dus pour refaire un spectacle de fête des Autochtones! Ce que je retiens, c’est une grande fierté, un accomplissement incroyable, et aussi la musique, évidemment. C’est un espace qu’on voulait créer pour que ce soit un apprentissage pour tous, non seulement pour les artistes, mais aussi pour l’équipe de production, composée d’un mélange de Québécois et d’Autochtones; des artisans qui sont là pour faire avancer des choses. Tout le monde était super fier, touché de participer à ce spectacle-là. Je suis vraiment touchée d’avoir mené ce projet. C’était une grande fierté pour moi.


Non seulement vous faites partie des artistes qui ont participé à la fête, mais vous êtes aussi de l’équipe qui a créé Le grand solstice. Quel était votre plus grand souhait ou objectif lié à l’événement?

Je pense que c’était nécessaire que ce spectacle ait lieu. Le but premier, c’est de faire connaître, d’éduquer, un peu malgré nous puisqu’on a surtout envie de présenter qui on est, notre art, notre musique et nos histoires. On est très conscients qu’il y a beaucoup d’apprentissages à faire pour les gens qui ne connaissent toujours pas bien les 11 nations autochtones du Québec, leur territoire et leur culture distincte. Le but premier, c’était de faire cette éducation de manière attrayante grâce à la musique. On commence par le début, on n’a pas le choix, mais on a fait ça avec beaucoup de joie et de fierté.


Que pouvez-vous nous dire sur le déroulement du spectacle?

La musique est très présente dans les cultures autochtones un peu partout. C’est à cet art qu’on voulait s’attarder pour commencer. Il y a beaucoup de disciplines qu’on aurait pu montrer, comme la danse, qui est très variée par exemple. Comme c’est un petit spectacle d’une heure, on a voulu montrer des cultures différentes et représenter les 11 nations pour cette grande première avec Radio-Canada. C’est ce qu’on a proposé, et le diffuseur a adoré l’idée. J’espère que ça pourra se refaire une autre année avec d’autres gens, si je n’y suis pas. Je ne suis aucunement territoriale par rapport à ça. Je voulais juste qu’on le fasse d’une manière contemporaine, parce qu’on nous met toujours dans le passé, tandis qu’on est très vivants. On s’attaque tout le temps à de nouvelles façons de faire les choses. Il y a beaucoup de métissage, aussi. La musique est très éclectique; tout le monde chante, et juste, à part de ça! (rires) C’est un beau mélange d’artistes émergents et d’autres qui sont là depuis un petit moment. Il y a beaucoup de scènes des coulisses, aussi; ce ne sont pas juste des performances chantées du début à la fin. On nous met en contexte avec les chansons et la culture.

Des danseuses performent lors du Grand solstice.
La danse était aussi en vedette dans le spectacle du Grand solstice./Crédits photo : Michel Simard


Que représente pour vous la Journée nationale des peuples autochtones (le 21 juin)?

C’est une journée qui est fêtée partout au Canada depuis un petit moment. C’est une fête qui nous permet de faire de la conscientisation, parce qu’il y a très peu de connaissances par rapport à nos cultures, qui sont pourtant millénaires, qui viennent de ce territoire qu’on habite. Pour moi, oui, c’est une fête; on a envie de célébrer, mais on a beaucoup de travail à faire encore pour conscientiser, pour enlever ce stigma [les cicatrices], pour parler de racisme systémique et rassembler des alliés, des gens qui ont envie de faire la fête avec nous. Fêter ça tout seul quand les gens ne se sentent pas concernés, ce n’est pas si le fun. Je trouve que ça devrait être une fête pour tout le monde.


Est-ce que d’autres événements sont prévus prochainement? Souhaitez-vous reproduire l’expérience l’an prochain?

Ça a tellement fait mal qu’on ne puisse pas visiter les communautés en raison de la pandémie. Notre but, c’était de pouvoir présenter des performances d’artistes d’ici, mais aussi d’aller voir les communautés et les territoires. Je suis un peu attristée par la situation, mais en même temps, il fallait respecter les mesures sanitaires. J’ai le sentiment que ce n’est pas un spectacle parfait. Ça m’a un peu frustrée qu’on n’ait pas pu montrer tout ce qu’on voulait montrer, mais je suis tout de même bien contente du résultat. Pour répondre à la question, oui, ça serait le fun de pouvoir refaire ça éventuellement.
 

Nakurmik (merci), Elisapie!

***

Pour voir Le grand solstice, rendez-vous le dimanche 20 juin à 18 h sur ICI ARTV ou le lendemain à 20 h sur ICI Télé.

Bon spectacle!