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Le pari risqué des séries biographiques

Le pari risqué des séries biographiques

Ce billet vous est offert par l’équipe web de C’est juste de la TV (CJDLTV).


La télé nous permet parfois de découvrir – ou de redécouvrir – certaines personnalités marquantes par le biais de séries biographiques. Durant le mois de janvier, TVA a d’ailleurs choisi de mettre en ondes la série Béliveau, qui avait été diffusée une première fois à Historia en 2017. La minisérie en cinq épisodes raconte l’histoire du hockeyeur Jean Béliveau, célèbre numéro 4 des Canadiens de Montréal.

Mais Jean Béliveau n’est pas le premier à avoir vu sa vie portée au petit écran. Mis à part quelques échecs notoires (dont la série sur Félix Leclerc et celle sur Harmonium pour cause de perruques moches), la plupart des séries biographiques sont des succès.

Incursion dans ce genre unique et petit survol de quelques-unes de nos séries biographiques coups de cœur.

 

Un genre, plusieurs défis

Dans ce genre de série, le public a l’occasion d’en apprendre davantage sur la vie trépidante de gens s’étant illustrés dans les mondes politique, sportif, industriel, de la scène ou encore de la musique. Leur quotidien a parfois été parsemé d’embûches et leur vie, remplie de petits et grands moments. Dans ces séries, en plus de revisiter la vie d’une personnalité connue, on replonge souvent dans une époque. C’est une fascinante capsule de temps et d’histoire. Souvent, les séries s’étalent sur plusieurs décennies; il s’agit donc d’un travail colossal du côté de la direction artistique et de l’équipe CCM (coiffure, costume, maquillage). Un travail de recherche impressionnant est aussi nécessaire pour s’assurer que les faits historiques sont précis et véridiques.

Plusieurs comédiennes et comédiens vous diront que c’est un honneur d’interpréter une personnalité connue et de porter sur ses épaules une telle production, mais c’est parfois aussi un pari risqué. Avec un souci de réalisme et de vraisemblance, les interprètes ont le devoir de jouer avec justesse une personnalité souvent aimée et adulée du grand public et de lui faire honneur. Les comédiennes et comédiens sont scrutés à la loupe et le public veut revoir, à travers leur interprétation, la personnalité mythique qu’il a connue, ce qui peut tout autant nourrir le personnage et rendre la tâche encore plus difficile.

 

 

Bombardier

Bombardier

Crédits photos : Musée de l'ingéniosité J. Armand Bombardier / Téléfiction

La minisérie Bombardier compte 2 épisodes de 90 minutes. Écrite par Jacques Savoie et réalisée par François Labonté, elle a été diffusée en 1992 à Radio-Québec (aujourd’hui Télé-Québec). C’est à Gilbert Sicotte qu’on a confié le rôle de Joseph-Armand Bombardier, l’inventeur de la motoneige. Il interprétait l’homme plus âgé, alors que Marc-André Coallier interprétait le jeune Bombardier.

La série présentait les prototypes développés par l’inventeur québécois, ses essais et erreurs ainsi que la genèse de l’empire Bombardier. Certaines scènes de motoneige nous montraient aussi de magnifiques paysages d’hiver québécois. Cette année-là, la série a remporté presque tous les honneurs au Gala des prix Gémeaux. Gilbert Sicotte a d’ailleurs remporté le prix du meilleur premier rôle masculin dans une série dramatique pour son interprétation.

 

Duplessis

Duplessis

Crédits photos : Bibliothèque et archives nationales du Québec / Radio-Canada - André Le Coz

Écrite par Denys Arcand et réalisée par Mark Blandford, la série Duplessis se déclinait en 7 épisodes de 60 minutes et a été diffusée à Radio-Canada en 1978. Jean Lapointe a interprété de façon magistrale Maurice Duplessis, l’homme plutôt controversé qui a été premier ministre du Québec pendant près de 20 ans. Étonnamment, il s’agissait de son tout premier rôle à la télévision!

La série retraçait différents événements marquants de la carrière de Maurice Duplessis, dont son arrivée au pouvoir avec l’Union nationale, sa complicité avec le clergé et l’adoption du drapeau fleurdelisé. C’est l’historien Jacques Lacoursière qui prêtait main-forte à la production afin de vérifier l’exactitude des faits et des répliques historiques placées dans les scénarios.
 

Willie

Lamothe

Crédits photos : Avanti Groupe / Radio-Canada

La série Willie a connu beaucoup de succès à TVA à l’automne 2000. La minisérie en 5 épisodes de 60 minutes était réalisée par Jean Beaudin, qui faisait aussi partie de l’équipe d’écriture avec Claude Paquette et Marcel Sabourin. C’est Luc Guérin qui a eu l’honneur d’incarner Willie Lamothe, la légende du country au Québec.

On y retraçait son parcours musical, mais aussi sa vie amoureuse et familiale, ainsi que certains épisodes plus sombres, dont la maladie. En 2001, Luc Guérin a remporté un Gémeaux dans la catégorie de la meilleure interprétation dans un premier rôle masculin dramatique pour son jeu.

 

René Lévesque et René

Levesque

Crédits photos : Radio-Canada / PC - Ron Poling

L’ancien premier ministre québécois René Lévesque a bien sûr eu droit, lui aussi, à sa série biographique, et ce, deux fois plutôt qu’une! En 1994, TVA avait diffusé la série René Lévesque en huit épisodes d’une heure. Écrite par Clément Perron, réalisée par Roger Cardinal et adaptée du livre Attendez que je me rappelle…, la série nous plongeait dans son enfance et nous permettait aussi d’en apprendre sur son parcours professionnel et ses années en journalisme. Denis Bouchard incarnait un René Lévesque assez dur et imperturbable. La série avait été vivement critiquée à l’époque et n’avait pas eu l’accueil escompté...

C’était donc un pari doublement risqué de produire une seconde série sur cet homme politique. Et pourtant, en 2006, c’est Radio-Canada qui a diffusé cette fois la série René. Emmanuel Bilodeau incarnait René Lévesque avec justesse dans cette série de 6 épisodes de 60 minutes écrite par Geneviève Lefebvre et réalisée par Giles Walker.

L’émission se penchait à nouveau sur René Lévesque, mais l’accent était mis sur les faits historiques et les grands événements dont il a fait partie de 1958 à 1970, de la Révolution tranquille jusqu’à la crise d’Octobre en passant par la nationalisation de l’électricité. En 2008, il y a même eu une deuxième saison, René : le destin d’un chef, dont l’histoire débutait en 1976 et se terminait en 1985. Les péripéties incluaient notamment son élection comme chef du Parti québécois, les réformes de son parti et le référendum de 1980. Pour sa performance remarquable, Emmanuel Bilodeau avait remporté un prix Gémeaux en 2007 dans la catégorie de la meilleure interprétation dans un premier rôle masculin dramatique.

 

Alys Robi

Robi

Crédits photos : Téléfiction / La Presse

Bien avant le film Ma vie en cinémascope, scénarisé et réalisé en 2004 par Denise Filiatrault, Alys Robi avait eu droit à sa minisérie, diffusée en 1995 à TVA. Les 4 épisodes de 60 minutes, eux aussi scénarisés par Denise Filiatrault, mais réalisés par François Labonté, mettaient en vedette Joëlle Morin dans le rôle d’Alys Robi. On y suivait l’histoire tumultueuse de la première star québécoise de renommée internationale de ses débuts jusqu’à son internement dans un asile de Québec. En 1996, Joëlle Morin avait remporté un MetroStar (aujourd’hui prix Artis) dans la catégorie du meilleur premier rôle féminin dans une minisérie ou un téléroman québécois.

Plusieurs autres séries ont permis au public de retrouver des personnages marquants du Québec. Luc Picard et Geneviève Rioux ont interprété Michel Chartrand et Simonne Monet-Chartrand dans Chartrand et Simonne, Paul Doucet a incarné Jean Duceppe dans la série Duceppe et Benoît Brière a rendu hommage à Olivier Guimond dans Cher Olivier.

À travers tous ces titres, il est intéressant d’observer que très peu de femmes ont eu l’honneur de voir leur vie portée au petit écran, à l’exception d’Alys Robi et de Lucille Teasdale… À quand la vie de Michèle Richard, de Lise Payette, de Pauline Marois, de Renée Martel ou encore de Janette Bertrand mise de l’avant dans une série biographique?