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Mois de l’histoire des Noirs : nous discutons culture avec Michael P. Farkas

Mois de l’histoire des Noirs : nous discutons culture avec Michael P. Farkas
Michael P. Farkas, Crédit photo : Kétiana Bello
Cela fait maintenant 30 ans que tous les mois de février, la Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs organise des activités (conférences, spectacles, tables rondes, etc.) afin de valoriser l’apport des communautés noires au Québec. Celles-ci ont notamment contribué de façon grandiose à la culture québécoise, tant dans le domaine de la musique qu’au cinéma et en littérature, entre autres.

À l’occasion de cette trentième Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs, nous avons eu le privilège de discuter d’actualité, de culture et d’une multitude d’autres sujets en compagnie de Michael P. Farkas, figure emblématique du milieu communautaire et co-porte-parole de l’événement de cette année, en compagnie de l’avocat et entrepreneur social Fabrice Vil.

Voici ce qu’il avait à nous dire.



Quel rôle l’art a-t-il joué dans votre vie?

Depuis ma tendre enfance, l’art prend beaucoup de place dans ma vie parce qu’il est lié à la culture et à l’histoire. Je pense que les premiers artistes qui m’ont marqué, c’est Harry Belafonte, Sidney Poitier et Miriam Makeba. Mes parents me les ont fait découvrir lorsque j’étais jeune. Ce sont des grosses pointures qui venaient à Montréal, à la Place des Arts. Il y en a eu d’autres après, dont Sammy Davis Jr. J’ai eu la chance d’aller les voir en spectacle après avoir dansé sur leur musique à la maison.

Est-ce que ces artistes vous ont influencé dans votre parcours?

Très certainement. C’était des pionniers, chacun dans leur domaine. Ils ont brisé le plafond de verre. Miriam Makeba, on se souvient d’elle pour ses performances sur de grandes scènes, de l’Olympia allant jusqu’aux salles du Hollywood Boulevard. Partout où elle a passé, elle a fait connaître la musique indigène – il faut savoir que la musique sud-africaine était considérée comme indigène à l’époque –, qui était contagieuse. Le public blanc a embarqué à fond, on le sait.

Ces artistes étaient des gens qui se tenaient debout, qui avaient une fierté et qui repoussaient les limites. Ils ont dû faire des concessions puisque dans les années 1950, ça fonctionnait d’une certaine façon. À force de persévérer et d’y aller de petits pas en petits pas, ils ont fait évoluer la société.

Quelle est l’influence de l’art dans l’émancipation des communautés noires?

Nous sommes fiers d’eux – des artistes que je vous ai nommés précédemment, mais j’aurais pu ajouter Miles Davis et Louis Armstrong aussi – parce qu’ils nous représentent. Quand ils épatent le monde et ouvrent les chemins, il y en a plein d’autres qui suivent leurs traces. Ils démontrent que le talent a une valeur humaine qui n’est négligeable et qu’il permet de faire rayonner toute une communauté. C’était très délicat, mais ils ont réussi à se surpasser à une époque où le racisme violent et brutal était omniprésent dans la société.

Est-ce qu’il y a des artistes contemporains qui vous plaisent?

Je vais laisser ça aux jeunes! (Rires) Je me suis accroché à ce que je connais et je les écoute encore aujourd’hui. Je ne peux pas trop te parler d’artistes de ces années-ci. Pourtant, je suis directeur d’une maison de jeunes; j’écoute du rap tous les jours. Mais ce n’est pas dans mes goûts.

Les paroles et la mélodie, c’est important pour moi. Je suis venu au monde avec les Beatles, que j’adore, tout comme la poésie francophone. J’ai d’ailleurs eu Sylvain Lelièvre comme prof au Cégep Maisonneuve! Gilles Vigneault, Harmonium, Beau Dommage, Paul et Paul, André Gagnon… Des classiques. La musique n’a pas de couleur, heureusement. Ça me prend de la belle poésie et des belles paroles.

Pourquoi est-ce important pour vous de vous impliquer au sein de la communauté?

C’est en moi. Je suis bénévole depuis ma tendre enfance. Je m’impliquais depuis longtemps avant d’embarquer dans l’organisation du Mois de l’histoire des Noirs. C’était aussi pour une question d’identité parce que je vois qu’il y a du travail à faire de ce côté-là. Je constate souvent qu’on passe inaperçus, donc grâce à certaines avancées permises par l’organisme, les gens entendent parler de nous.

J’ai toujours été dans le bénévolat. Je me rappelle avoir organisé des spectacles-bénéfice dans ma jeunesse. J’ai cette fibre-là en moi de prêter main-forte et de ne pas toujours demander à recevoir en retour. Je pense qu’il faut aussi donner un coup de main pour que les générations futures aient un avenir meilleur. On espère que nos enfants vont suivre nos pas. C’est d’abord pour redonner à la communauté parce que c’est ce qu’un être humain doit faire et non toujours marchander ce qu’il fait dans la vie.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier dans votre rôle de porte-parole de la Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs?

Cette année, j’ai la chance d’avoir été nommé co-porte-parole de l’événement [avec Fabrice Vil]. C’était la bonne année parce que j’ai un autre chapeau, comme membre du conseil d’administration. Comme j’ai beaucoup d’expérience au sein du Mois de l’histoire des Noirs, je crois être en mesure de donner un bon coup de main. D’ailleurs, on est très heureux parce qu’il y a de plus en plus d’intérêt pour ce que l’on fait. J’ai même vu les Canadiens de Montréal souligner le Mois de l’histoire des Noirs. Wow!

On voit qu’il y a beaucoup d’intérêt un peu partout au Québec. C’est sûr que l’actualité de l’été passé a incité les gens à se renseigner sur les communautés noires, surtout en lien avec les incidents aux États-Unis et le mouvement Black Lives Matter. Il y a de plus en plus de gens qui s’intéressent à ce que l’on fait d’année en année. On se dit mission accomplie de ce côté-là. Il reste beaucoup de travail à faire, mais on avance tous ensemble. Je pense aussi que la situation actuelle a amené une certaine prise de conscience. La pandémie n’a pas de couleur! On est tous des êtres humains, pris à bord du même bateau.

Quelle est l’activité à ne pas manquer de la programmation de cette 30e Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs selon vous?

Je vous suggère de visiter notre site web pour tout connaître de la programmation durant le mois. Il y a une multitude d’activités et de spectacles offerts gratuitement. Chaque dimanche, on fait des tables de concertation noires sur la santé mentale, ce qui est une activité principale au menu cette année. J’ai fait une émission avec Roger Stephens, l’archiviste et historien qui a bien connu Bob Marley, et c’était captivant. Le résultat est accessible en ligne, alors je recommande à tout le monde de le regarder!


Michael Farkas, merci beaucoup!


Nous vous invitons à vous rendre sur le site web du Mois de l’histoire des Noirs, où vous trouverez la programmation complète de l’événement. Une multitude d’activités y sont offertes gratuitement!