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Nathalie Petrowski: une leçon de journalisme

Nathalie Petrowski: une leçon de journalisme

Thomas Dallaire-Boudreault

26 novembre 2019

Elle n’a pas besoin de présentations. Après plus de 40 ans de journalisme dans 3 quotidiens différents, de télévision, de radio, de films et de romans, elle nous livre ses mémoires, intitulés La critique n’a jamais tué personne, et ce, avec le même aplomb qui a fait sa renommée. Le récit de sa vie, c’est aussi celui des belles années de la presse écrite au Québec. Au terme de la lecture, on a l’impression d’avoir suivi un petit cours de journalisme 101. Rencontre avec la « redoutable » Nathalie Petrowski.

 

Le livre La critique n'a jamais tué personne est disponible en librairie. 
Nathalie Petrowski est collaboratrice à C'est juste de la TV chaque vendredi à 21 H. Ne ratez pas la dernière de la saison avant une pause des fêtes le 29 novembre prochain sur ICI ARTV. 


 

Savait-elle, en 1975, qu’elle brisait un plafond de verre journalistique? « Bien sûr que non, répond-elle sans hésiter. Je le faisais sans avoir beaucoup de recul. Je faisais ce que je croyais être la bonne affaire. » Et pourtant. Une jeune journaliste de 21 ans avec un sens critique aussi aiguisé que le sien, avec une plume aussi percutante, c’était une première au Québec.

 

C’est avec étonnement qu’on apprend, dès les premières pages de son bouquin, que Nathalie Petrowski était maladivement timide en début de carrière. Difficile de croire que celle qui deviendrait, bien malgré elle, la critique la plus redoutée au Québec avait de la difficulté à aborder les autres. C’est son métier qui, par la force des choses, l’a transformée : « Il y a des gens qui ont une aisance naturelle avec les autres. Moi, je n’avais vraiment pas ça. Le journalisme est un métier qui te force à affronter les autres, sinon tu ne peux pas le pratiquer. »

 

Première mission : Johnny Hallyday
 

Celle qui est devenue l’une des chroniqueuses les plus lues au Québec était bien loin de se douter qu’elle pratiquerait ce métier. D’abord passionnée par le cinéma, elle étudie dans ce domaine à l’Université Concordia et se prédestine à écrire et à réaliser des longs métrages. C’est d’ailleurs ce talent de raconteuse et d’observatrice qui lui a, dans un sens, donné des ailes lors de sa première affectation journalistique au Journal de Montréal, en 1975 : couvrir le passage de Johnny Hallyday à Montréal.
 

Sans même réussir à lui adresser la parole, elle réussit, en observant et en écoutant les autres journalistes à l’œuvre, à maîtriser naturellement les bases de son métier : « J’ai compensé avec mon sens de l’observation, avec un sens de l’écoute, avec tout ce que les autres lui demandaient. Donc, les autres ont fait la job pour moi, mais c’est quand même moi qui ai tout raconté, tout assemblé ça! »

 

« Il ne faut pas cultiver ses qualités. Il faut savoir cultiver ses défauts. Et c’est exactement ce que j’ai fait. » – Nathalie Petrowski
 

Sa plume unique, sa passion de raconter, ça vient de sa mère, Minou Petrowski, qu’elle a vue lire, écrire et raconter du plus loin qu’elle se souvienne : « C’était une conteuse. Ce n’est pas pour rien qu’elle a fait de la radio longtemps. Tu lui mets un micro et elle parle pendant trois heures. C’est elle qui m’a encouragée à lire. Alors, c’est bien évident qu’en lisant, j’avais toujours envie d’écrire. »
 

L’entêtement : la clé de la réussite
 

Sa timidité de l’époque ne l'a cependant pas empêchée d’arriver à ses fins : obtenir son premier emploi au Journal de Montréal. Toute sa vie, elle n’a jamais voulu faire les choses à moitié. L’entêtement est probablement la clé de sa réussite professionnelle : « Je suis Capricorne, dit-elle à la blague. Je me suis entêtée, dans le cas du journalisme, parce que, même si je n’en étais pas complètement consciente à 21 ans, c’est ce que j’avais envie de faire. Je me disais que j’allais essayer et que, si ça ne marchait pas, j’allais recommencer. »
 

Étant fille d’une mère et d’un père immigrants, est-ce que sa grande détermination pourrait lui avoir été transmise par ses parents? « C’est très possible, affirme-t-elle. On pourrait dire que ça donne une motivation supplémentaire, et qu’on doit faire sa place dans ce nouvel endroit. Même si je suis arrivée ici à 5ans, je pense que c’est un mélange de tout ça. »
 

 

« Quand je commence quelque chose, je dois absolument le finir. Même si je le finis tout croche, il faut que je le termine. »
– Nathalie Petrowski

 

Journalisme et vie personnelle
 

C’est avec une franchise désarmante que Nathalie Petrowski raconte le regret de l’avortement subit lors de sa deuxième grossesse, peu après avoir obtenu un poste de chroniqueuse aux côtés de Pierre Foglia, poste qu’elle n’avait jamais osé imaginer obtenir. Elle a regretté cet avortement lorsqu’elle a vu ses collègues partir en congé maternité, puis en revenir sans qu’il y ait aucun problème.
 

Considère-t-elle que le métier a pris trop de place dans sa vie personnelle?
 

« Peut-être pas trop de place, mais beaucoup de place, oui. Il faut dire que j’adorais ce métier-là, j’aimais aller travailler, c’est évident. Aussi, quand tu es columnist, c’est une pression supplémentaire. Alors souvent, j’étais dans ma tête, et pas vraiment présente avec mon chum ou mon fils.


La critique n'a jamais tué personneÉditions La Presse
 

La vraie nature de Nathalie Petrowski
 

Même si, dans les faits, Nathalie Petrowski a plus souvent encensé des artistes que le contraire, plusieurs étiquettes lui collent à la peau encore aujourd’hui. Parmi celles-ci, laquelle est totalement fausse? « La méchanceté. Le fait que je suis quelqu’un de frustré, alors que c’est tout le contraire. Je suis quelqu’un qui a du fun dans la vie et qui aime le monde! » Et c’est bien vrai. En lisant le récit de sa vie, on se rend compte qu’elle est loin de l’image de la « méchante Nathalie » à la plume de fer et au cœur de pierre qui ne désire que détruire les artistes. Cette Nathalie, c’est une caricature. La vraie, elle est drôle et sensible. Bien sûr qu’elle n’a pas la langue dans sa poche, mais après tout, n’est-ce pas le premier atout d’une critique?

 

 

« Il y a cet aspect aussi que je suis la personne qui n’a pas peur de parler et de donner son opinion. Et même si les gens ne sont pas nécessairement d’accord, elle le dit quand même. Ça, c’est plutôt positif, je trouve! » – Nathalie Petrowski

 


 

Questions en vrac :

Les chroniques dont vous êtes le plus fière :

« Celles que j’aime le plus, ce sont celles dans lesquelles je raconte un drame humain, je pense. Par exemple, quand j’ai rencontré la chanteuse Mélanie Renaud, qui m’a raconté ses dernières années
difficiles. »
 

Est-ce qu’il y a une ou un artiste que vous ne pouviez tolérer et qu’avec le temps, vous avez appris à apprécier?

« Pas vraiment. Je pourrais te dire Céline, mais après avoir vu son dernier show, oublie ça. (Rires) »

 


Pour en savoir plus

Tout le monde en parle | Nathalie Petrowski: une autocritique 
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 On va se le dire | La critique  
- Pénélope | Nathalie Petrowski raconte 40 ans de carrière
- Nathalie Petrowski : les mémoires d’une journaliste