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Le Québec se révèle comme une pépinière de talents dans le milieu cinématographique. On y compte Xavier Dolan, Denis Villeneuve, Denys Arcand, Léa Pool, Micheline Lanctôt, pour ne nommer que ceux-là. Mais cette année, ce sont principalement de nouveaux visages qui ont attiré notre attention. Retour sur cette saison de cinéma remplie de découvertes.

 

Chien de garde, de Sophie Dupuis

Chien de garde représentera le Canada aux prochains Oscars, et selon bon nombre de critiques, cette place semble entièrement méritée. Le premier long métrage de Sophie Dupuis nous invite dans l’intimité d’une famille du quartier Verdun, à Montréal, aux prises avec de la violence multiple.

À travers les yeux de JP, nous rencontrons son frère, Vincent, atteint de problèmes de santé mentale, sa mère, Joe, complètement à bout, et sa copine, Mel, qui se fait harceler par son cadet. Entre les crises de Vincent et son « emploi » dans un cartel de drogue, JP tente de dénicher un équilibre dans sa vie.

Ce film est une œuvre poignante, un réveil nécessaire sur la réalité de maintes familles québécoises trop souvent oubliée. À noter que l’interprétation du personnage de Vincent par Théodore Pellerin, nommé révélation de l’année au dernier Gala Québec Cinéma, est à couper le souffle.

 

La disparition des lucioles, de Sébastien Pilote

Nommé parmi les 10 meilleurs films canadiens par le Festival international du film de Toronto, La disparition des lucioles raconte l’histoire de Léonie, une adolescente révoltée par le monde qui l’entoure. Elle déteste son beau-père, animateur de radio populiste, avec qui elle doit cohabiter. Son rêve est de s’exiler, de quitter cet univers qui l’empêche de s’épanouir. La rencontre d’un professeur de guitare pendant l’été lui permettra cependant de progresser tranquillement vers la vie adulte.

Sébastien Pilote, qui a également réalisé Le vendeur, réussit encore une fois à présenter une histoire sans artifices inutiles. Le ton est juste, les sentiments et l’histoire sont vraisemblables et touchants. L’interprétation de la brillante actrice Karelle Tremblay, qui incarne le personnage principal, lui a valu une grande reconnaissance de l’industrie, dont un trophée au Festival international du film de Tokyo.


 

Les salopes ou le sucre naturel de la peau, de Renée Beaulieu

Ce drame psychologique, écrit et réalisé par Renée Beaulieu, relate l’histoire de Marie-Claire, une professeure d’université, dermatologue, et mère de deux adolescents; bref, une femme conventionnelle en apparence. Toutefois, alors qu’elle entreprend une recherche scientifique sur l’influence des relations sexuelles sur les cellules dermiques, sa vie est bousculée complètement.

Le deuxième long métrage de cette ex-pharmacienne brise les stéréotypes liés à la sexualité féminine. Le personnage principal, incarné par Brigitte Poupart, est une mère indépendante en tous points, sexuellement active et, surtout, dans la fin quarantaine. Contrairement aux scènes de nudité qu’on voit souvent au grand écran, celles dans ce film montrent une femme en contrôle et surtout magnifique dans son corps imparfait. Cette œuvre audacieuse encourage sans équivoque une saine réflexion sur le plaisir érotique chez la femme adulte.

 

À tous ceux qui ne me lisent pas, de Yan Giroux

À tous ceux qui ne me lisent pas s’inspire de la vie et de l’œuvre du poète québécois Yves Boisvert. L’histoire s’amorce lorsqu’il est sur le point de se faire évincer de son appartement. Il erre alors dans la ville, passant la nuit chez ses amis et buvant de l’alcool jusqu’aux petites heures du matin. Il vit comme un poète maudit jusqu’à ce qu’il rencontre Dyane et son fils, Marc, qui viennent modifier sa réalité.

Le premier film de fiction réalisé par Yan Giroux critique avec intelligence la place de l’art dans la société. Outre le récit touchant, le jeu des protagonistes, interprétés par Martin Dubreuil, Céline Bonnier et Henri Picard, est impeccable. C’est réussi!

 

Les scènes fortuites, Guillaume Lambert

Après nous avoir charmés avec sa série web L’âge adulte, le réalisateur Guillaume Lambert nous séduit cette fois-ci avec son premier long métrage, Les scènes fortuites. Ce court film de 75 minutes nous conduit dans l’univers mélancolique d’un cinéaste trentenaire incapable de terminer son œuvre. Entouré de sa sœur et de ses amis, il déambule dans la vie sans grandes réussites, du moins sans réelles satisfactions.

Bien qu’il n’en soit qu’à ses débuts en cinéma, Guillaume Lambert possède déjà sa propre couleur. Son ton, basé sur l’humour de situation et les malaises, rend ses réalisations tout à fait sympathiques. Si les critiques ont été mitigées à son endroit, toutes s’entendent pour dire que ce réalisateur s’avère vraiment prometteur.

 

Isla Blanca, de Jeanne Leblanc

Isla Blanca, c’est d’abord Mathilde, une jeune femme qui retourne dans la ville de son enfance pour retrouver sa famille, qu’elle a quittée mystérieusement il y a de cela huit ans. On assiste alors aux retrouvailles douloureuses entre la fugueuse et son frère, mais avant tout à celles avec sa mère, gravement malade.

Le premier long métrage de la réalisatrice brille par sa signature visuelle léchée, faisant de lui une véritable œuvre d’art. L’interprétation des comédiens Charlotte Aubin et Théodore Pellerin, qu’on a abondamment vus au cinéma cette année, est saisissante. Tous deux font preuve d’une grande intériorité qui se manifeste à l’écran par la justesse de leur jeu.

 

Les faux tatouages, de Pascal Plante

Théo célèbre aujourd’hui sa majorité. À l’occasion de son dix-huitième anniversaire, il assiste à un concert punk rock, et ce, en solo. La solitude ne le guette toutefois pas bien longtemps, puisque à la sortie de ce spectacle, il rencontre Mag, une jeune femme plutôt excentrique qui lui plaît beaucoup. S’ils s’éprennent tous deux rapidement d’amour, ils devront sans tarder tomber de leur nuage, car Théo quittera incessamment la ville.

Pour son tout premier long métrage, Pascal Plante signe un film doux, rempli d’amour passionnel et de réalisme. Avec les nombreux plans-séquences, on a l’impression de véritablement faire partie de la gang. C’est une première réussite pour ce jeune cinéaste qui, par sa réalisation, arrive à nous téléporter à l’époque de nos premières amours.

 

1991,de Ricardo Trogi

Après 1981 et 1987, Ricardo Trogi brille à nouveau avec la troisième production de sa série de films autobiographique, 1991. Jean-Carl Boucher interprète le réalisateur à 21 ans. À la recherche de l’amour, il décide d’aller rejoindre l’élue de son cœur, qui passe l’été en Italie. Ah! La belle Marie-Ève Bédard, incarnée par Juliette Gosselin, se laissera-t-elle séduire par ce jeune universitaire en quête existentielle?

Même si la trame narrative ne révolutionne pas les fictions romantiques que le cinéma nous a offertes, elle réussit néanmoins à nous faire sourire, et même, parfois, rire. En plus de mettre en lumière de jeunes comédiens talentueux, le film nous transporte au cœur des paysages de Pérouse, une magnifique région italienne. 1991 apparaît comme un baume. À voir par une journée grise.

Rédigé par Laurence Godcharles

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Et vous, quel film québécois avez-vous particulièrement aimé en 2018?

 

Pour découvrir ce qui s’est passé dans le domaine culturel au cours de la dernière année, consultez notre rétrospective culturelle chaque jour jusqu’au 26 décembre.