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Quand l’apocalypse fait danser

Quand l’apocalypse fait danser

Thomas Dallaire-Boudreault

13 novembre 2019

Louis-Philippe Gingras nous propose un tout nouvel opus, son troisième en carrière, intitulé Tropicale apocalypse. Un album éclectique, audacieux et tropical qui réussit à faire sourire malgré sa trame de fond apocalyptique. Comment alléger un thème aussi lourd et angoissant que l’écoanxiété? Rencontre. 

 

Le chanteur est «sur le gros nerf», à la veille du lancement de son troisième album. Pourtant, tout se passe pour le mieux : son album est en écoute libre sur ICI Musique et les critiques sont élogieuses. Avec raison. Les sonorités calypso, bossa-nova et jazz rencontrent le punk et le folk. Des textes parfois puissants, parfois hilarants, parfois engagés. Une production signée Gingras dans son entièreté, tant au niveau de la réalisation que des arrangements. Une première dans sa carrière. 

 

Joyeuse, l’écoanxiété? 
 

C’est la première fois que l’auteur-compositeur-interprète écrit des textes engagés. Ou plutôt la deuxième: «J’n’ai jamais eu tendance à écrire des textes engagés, je pense que j’ai des référents à des trucs sociaux, mais je ne me suis jamais forcé pour faire une toune engagée. La seule fois que je l’ai fait, c’était vraiment en début de carrière et c’était pas écoutable » se rappelle-t-il, à la blague. 

 

Cette fois-ci, ce sont des discussions avec sa conjointe sur l’avenir de la planète, sur les changements climatiques et sur l’écoanxiété qui ont semé une graine dans la tête de l’artiste. Non pas qu’il soit particulièrement écoanxieux, mais il a eu envie d’explorer la thématique, de la creuser pour voir qu’est-ce qui allait en ressortir. Et ce qui en ressort, c’est l’originalité du contraste entre le thème et le style musical.   

 

L’idée de faire un album tropical est née d’un numéro qu’il faisait à la fin de son précédent spectacle pour faire lever et danser le public. En cherchant le fil conducteur musical de l’album, alors qu’il avait quelques textes, sa conjointe lui a alors suggéré d’en faire un album complet. «J’ai toujours tripé sur la musique d’Hawaï, des Antilles, sur la bossa-nova et les nouveaux projets qui sortent du Brésil. Par contre, je ne voulais pas faire un album complet qui serait drôle et tropical. Mais à un moment donné, j’ai catché que je pouvais vraiment aller plus loin et que je pouvais aller dans des trucs plus dark.» C’est ce que l’on constate dans la chanson Apocalypso qui aborde l'écoanxiété avec sarcasme et humour.  Savoureux.
 

Une collaboration surprise
 

L’une des voix les plus singulières du Québec, celle du comédien Pierre Lebeau, s’ajoute à celle de Gingras. Une voix caverneuse, profonde, qui nous ramène à l’ordre dans ce gros «party» apocalyptique. Le comédien prête sa voix à trois textes, dont celui qui ouvre le long-jeu : «La crise du verglas du 23 janvier», de Julien Poirier, qui l’a profondément touché dès la première lecture:  « Je ne  savais pas encore quelle forme ça allait prendre, mais je lui ai demandé si je pouvais prendre ce texte-là pour ouvrir mon album. Il y avait un côté apocalyptique, ça se passe l’hiver, je trouvais ça débile de commencer avec un poème d’hiver. »  

 

Quant au narrateur potentiel, il avait d’abord songé à des voix graves et profondes comme celles de Tom Waits ou Margan Freeman : « Think big, t'sais, pourquoi pas!  Mais je me suis dit qu’au Québec, le meilleur narrateur de poésie et de trucs intenses c’était Pierre Lebeau. Même une annonce de yogourt pourrait avoir l’air intense avec sa voix.  Vraiment un monsieur impressionnant. »

 

Réalisateur: un métier à part entière
 

Pour la toute première fois de sa carrière, Louis-Philippe Gingras signe la réalisation et l’entièreté des arrangements d’un de ses albums. Après avoir participé aux arrangements des albums de Dave Chose et de Marcie, il se sentait fin prêt à se lancer, avec l’aide de Benoît Bouchard, son soundman et fidèle complice. L’expérience, bien que difficile, s’est avérée à être un succès: «C’est un poids, c’est clair. C’est tough. C’était difficile de trancher. Fallait faire des choix, fallait enlever des choses.  C’est vraiment un métier, celui de réalisateur. C’est un métier très  subjectif.»

 

Après avoir passé un mois en studio à écrire et enregistré, Gingras est très fier du résultat final:  « L’album est canné depuis déjà le mois de mai.  Ça fait 6 mois que l’album est enregistré et il n’y a rien qui me dérange, encore! »

 


 

Louis-Philippe Gingras lance son album au Café Cléopâtre de Montréal le 13 novembre à 20h, dans le cadre du festival Coup de coeur francophone. Le comédien Pierre Lebeau sera se la partie! L'album Tropicale apocalypse est en ce moment en écoute libre sur ICI Musique