La poésie en 2019 : 5 recueils de qualité supérieure

La poésie en 2019 : 5 recueils de qualité supérieure

21 décembre 2019

La poésie, c’est addictif. On en veut toujours plus. C’est mieux qu’Instagram pour se divertir. C’est mieux que des chants de baleine pour relaxer. Ça coupe la solitude. Ça apaise. Ça donne envie de dire : « Ah tiens, des émotions, ayoye, c’est beau! » Ce qui est bien c’est que, au Québec, il s’en fait de la bonne.

Retour sur les meilleurs recueils de poésie de 2019.

Une sorte de lumière spéciale  Maude Veilleux 

https://lecrou.com/

Les mots crus d’une trentenaire montréalaise qui vient de la Beauce, ce lieu d’origine qui lui reste dans le corps, la tête et le cœur. Une sorte de lumière spéciale est son troisième recueil de poésie (Last call les murènes, Les choses de l'amour à marde).

« La Beauce est belle, mais les maisons sont en plastique. Les voitures rouillées. Les passe-temps dangereux.

Je voudrais passer à autre chose, mais c’est ma matière natale. Je n’y arrive pas. Je n’ai pas fait le tour de la question. »

On aime : parce qu’on y plonge et que ça nous envahit la tête. Les mots défilent sans qu’on puisse s’arrêter de lire. C’est presque essoufflant. Il y a des sensations fortes : ça écorche, ça libère, ça rend triste, ça fait peur. Le livre coûte 10 $ (entre ça et un trio Big Mac, je suggère le livre).


De rivières  Vanessa Bell

http://lapeuplade.com/livres/derivieres/

Cette autrice, critique littéraire, animatrice et militante féministe entretient un lien fort avec la poésie; elle en lit quotidiennement et s’implique dans différents festivals. De rivières est son premier recueil. Le thème principal est l’avortement. Elle avait envie d’écrire à ses enfants qu’elle n’a pas eues, ses filles. Et de se donner le droit à la colère.

« N'ignorez pas vos colères
elles sont vos romances

sans compromis – aimez »          

On aime : parce que c’est libérateur. Dans ces pages, il y a la force des femmes. Il y a de la douleur. Il y a la présence du corps, partout. On ressent ses mots dans nos membres.


Nous ne trahirons pas le poème  Rodney Saint-Éloi

http://memoiredencrier.com/nous-ne-trahirons-pas-le-poeme/ 

Le fondateur de la maison d’édition Mémoire d’encrier nous offre ce recueil. À elles seules, ses œuvres pourraient remplir la Grande Bibliothèque (j’exagère à peine).

Plus tôt cette année, le poète a reçu l’Ordre des arts et des lettres du Québec. Le Québécois originaire d’Haïti nous démontre l’importance de la diversité des voix en publiant des autrices telles que Joséphine Bacon, Elkahna Talbi, Ouanessa Younsi et Emmelie Prophète. 

« tortue et demie
écailles de poisson
j’existe sans souvenir
je n’aurai été que poussière
anémone sans éclat
le récit que l’on récrit
dans la chaleur des oralités
le refrain oublié
parapluie dans le désert »

On aime : sa générosité et sa passion pour la poésie. Dans Nous ne trahirons pas le poème, on sent son cœur qui bat à travers ses mots. Il y a une proximité avec les éléments : la terre, l’eau, les plantes, les animaux. C’est vaste. Ça invite à réfléchir sur l’humanité, de nos origines aux pieds qu’on pose sur la terre.


Chauffer le dehors  Marie-Andrée Gill

http://lapeuplade.com/livres/chauffer-le-dehors/

La poétesse innue publie son troisième recueil de poésie (Béante, Frayer) dans lequel il est question d’une histoire d’amour dévorant et impossible. Née dans la communauté innue de Mashteuiatsh (Saguenay–Lac-Saint-Jean), l’autrice nous fait ressentir à travers ses mots les émotions liées à ses racines et au lieu qui l’habitent, son rapport au territoire et la forêt du Nord.

« La peur, c’est te croiser au dépanneur et qu’on sache pas quoi faire de nos corps. »

On aime : ses émotions brutes et vraies. On sent le froid. On respire la forêt. Alors que l’hiver commence à peine, on y est déjà dans ce recueil. Si l’on tient pour acquis que tout le monde a vécu au moins une peine d’amour, alors tout le monde la revit avec l’autrice. Un sentiment de tristesse nous submerge.


Carnet de parc Véronique Grenier

https://www.tamere.org/nos-livres/carnet-de-parc/

Il s’agit du troisième recueil de poésie (Chenous, Hiroshimoi) pour l’enseignante en philosophie au cégep. Dans Carnet de parc, Véronique Grenier nous expose à la crise existentielle qui, selon elle, peut toucher tout être humain dans sa vie.

Comme dans une chanson, il y a ce refrain qui revient : « C’est un lieu rond. On y arrive du dessus parce qu’on l’a ressenti. Un jour de trop. Il y a des arbres. Un plan d’eau. Des aires de jeux. »

On aime : ses références à la culture populaire –  la musique, le journal intime, la pizza à l’ananas. On se trouve en terrain connu. Il y a l’observation des choses qu’on doit faire, et celles qu’on aurait voulu faire. Quand on plonge dans ce recueil, pendant un instant, on a l’impression de recevoir les confidences de notre meilleure amie.