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S'il n'en tenait qu'à nous, il y aurait un 12 août chaque mois. Il y a au Québec tant d'auteurs talentueux, de maisons d'édition visionnaires et de livres captivants. Voici donc quinze romans qui ont fait battre notre coeur cette année. Prenez des notes pour votre magasinage des Fêtes!

Pour les livres étrangers, revenez visiter notre dossier coups de coeur le 11 décembre et pour les essais d'ici, on se revoit le 21. On vous parlera aussi de bande dessinée le 8 et le 27 décembre.

nageuse-au-milieuLa nageuse au milieu du lac de Patrick Nicol (Le Quartanier) 

Un professeur de littérature assiste, impuissant, à la lente déchéance de sa mère âgée, ce qui l'amène à se plonger dans ses propres souvenirs. La prémisse n'est pas joyeuse, mais la plume teintée d'ironie et d'autodérision de Patrick Nicol permet au roman de ne jamais s'enliser dans la lourdeur. La trame narrative est diffuse, impressionniste ; on nous montre des moments bien plus qu'on nous raconte une histoire. Néanmoins, l'oeuvre demeure résolument ancrée dans le réel et dans le territoire, très incarnée et poignante.

 

 

 

grand-galopLe Grand galop de Marie-Noëlle Gagnon (Québec Amérique)

Ce roman au style singulier, qui explore de façon inusitée le thème de la déception amoureuse, nous a envoûtés, tout simplement. Avec beaucoup de poésie, l'auteure nous entraîne le long de chemins inattendus, peuplés de rêves grandioses et d'inévitables regrets. Avec elle, on plonge dans les profondeurs de l'imaginaire, on cherche à discerner le vrai du faux... mais est-ce bien ce qui importe, au fond? Quand on émerge de cette lecture, on est inévitablement ému, secoué, bouleversé.

 

 

 

 

ce-qu-il-reste-de-moiCe qu'il reste de moi de Monique Proulx (Boréal)

Le nouveau roman de Monique Proulx peint un portrait en mosaïque de Montréal. On y croise une étonnante galerie de personnages, de lieux et de moments qui, une fois réunis, incarnent la métropole dans toute sa pluralité, avec sa beauté, ses failles et son coeur battant. Si l'action du roman est principalement contemporaine, l'auteure plonge aussi dans le passé à l'occasion, nous ramenant aux jours de la fondation de la ville. Sous une plume moins habile, la trame en chassés-croisés aurait pu s'emmêler, mais le roman parvient au contraire à tisser une cohérence organique, vivante comme une micro-société.

 

 

journal-etudiant

Journal d'un étudiant en histoire de l'art de Maxime-Olivier Moutier (Marchand de feuilles)

Cet ambitieux roman a reçu beaucoup de publicité après avoir été à l'origine d'un terrible moment de malaise sur le plateau de l'émission 125, Marie-Anne. On espère vraiment que l'indignation qui a agité les médias sociaux à la suite de la diffusion de l'émission a favorisé les ventes du livre de Moutier. Ce dernier, s'il refuse de se considérer comme un écrivain, n'en a pas moins l'étoffe. Dans ce livre qui s'amuse à brouiller les frontières entre le réel et l'imaginaire, on suit pas à pas un père de famille qui retourne aux études à l'UQÀM. Pour ceux qui s'intéressent à l'histoire de l'art, le livre est par ailleurs très instructif, truffé de références à des peintres et des courants artistiques. Finalement, les Uqàmiens d'hier et d'aujourd'hui ne pourront qu'apprécier les nombreux clins d'oeil qui sont saupoudrés tout au long du roman.

les maisonsLes maisons de Fanny Britt (Le Cheval d'août)

Un des livres les plus attendus de l'automne, ce premier roman de la dramaturge et essayiste Fanny Britt a dépassé nos attentes (elles étaient pourtant élevées!). Intéressante réflexion sur l'adultère, l'insatisfaction et la routine conjugale, Les maisons nous emmène au-delà des clichés. Tessa a tout pour être heureuse :  une carrière florissante, un mari merveilleux, trois beaux enfants en santé. Pourtant, Tessa peine à toucher au bonheur. Quand son chemin croise par hasard celui de Francis, un amant de jeunesse, elle se met à envisager l'adultère comme une échappatoire. La plume de Fanny Britt est à la fois brutalement honnête, teintée d'humour et dénuée de jugement moral. En tant que lecteur (lectrice, dans notre cas), on ne peut que s'identifier à Tessa, à sa complexité, à ses doutes et à ses angoisses. Le roman se dévore comme un bon polar ; une fois qu'on l'a ouvert, il devient difficile de le refermer avant d'en connaître le dénouement.

lames-de-pierreDes lames de pierre de Maxime Raymond Bock (Le Cheval d'août)

Un court roman qui défile à toute vitesse, en une petite centaine de pages époustouflantes et inquiétantes, où prend forme la vie d'un écrivain raté, une existence à la fois extraordinaire et banale, parfois carrément glauque, qui s'éteint finalement sans laisser de traces. On termine la lecture un peu abattu, mais en prenant du recul, on finit par voir dans cette triste histoire un hymne à la vie, qui donne envie de se dépasser et de vivre sans compromis.
 
 
 
 
 

six-degresSix degrés de liberté, Nicolas Dickner (Alto)

Un nouveau Dickner, c'est toujours une excellente nouvelle et celui-ci ne fait pas exception. On reconnaît tout de suite le style de l'auteur, les personnages marginaux et attachants qu'il aime mettre en scène. L'histoire se révèle fascinante, complètement folle, mais surtout génialement construite. Pendant la première moitié du roman, impossible de savoir tout à fait où l'on s'en va : il est question de conteneurs réfrigérés, de vieilles maisons, de parents irresponsables, de piratage informatique, d'une amitié adolescente indéfectible, de fragilité psychologique, de fraude et de vol d'identité... le tout pique la curiosité, et on se laisse porter par la plume magnifique de Dickner, qui sait si bien allier humour et intelligence. Au fil des pages, l'auteur dépose des indices que le lecteur collectionne sans trop s'en rendre compte, jusqu'à ce moment magique, jouissif, où il parvient enfin à relier les points entre eux et où tout devient limpide. Un tour de force!

 

 

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La femme qui fuit d'Anaïs Barbeau-Lavalette (Marchand de feuilles)

Celle qu'on connaissait déjà comme cinéaste engagée a choisi de consacrer ce roman à sa grand-mère, Suzanne Meloche, poétesse associée au mouvement du Refus global. On en savait déjà des bribes, à travers le percutant documentaire Les enfants du Refus global, dans laquelle Manon Barbeau (mère de l'auteure et fille de son sujet) revisitait les blessures d'une enfance marquée par le rejet de ses parents en allant à la rencontre d'autres rejetons des signataires du célèbre manifeste. Avec La Femme qui fuit, Anaïs Barbeau-Lavalette tentera, en faisant appel à un détective privé, de saisir qui était réellement cette mystérieuse grand-mère. Le livre est entièrement rédigé à la deuxième personne, comme si l'auteure s'adressait directement à son aïeule-fantôme. Les phrases sont courtes, efficaces, imagées, souvent poignantes. À travers la vie de Suzanne, on découvre avec intérêt le milieu effervescent où elle évoluait ; c'est le portrait d'une femme, certes, mais c'est aussi celui d'une époque.

 

madame-victoriaMadame Victoria de Catherine Leroux (Alto)

Madame Victoria existe vraiment ; c'est ainsi qu'on a nommé le squelette d'une femme d'âge mûr retrouvé dans les bois près de l'hôpital Royal-Victoria en 2001, jamais identifié. L'auteure Catherine Leroux découvre le fait divers dix ans plus tard, il l'émeut. Elle décide d'y consacrer tout un roman. Pour cette femme anonyme, elle inventera non pas une mais une dizaine de vies potentielles. Dix personnages de femmes fictives, dix récits poignants et émouvants qui se terminent dans la solitude des bois qui jouxtent l'hôpital. Dix occasions aussi pour l'auteure de s'amuser avec les styles littéraires, de sauter d'une époque à l'autre, de naviguer entre le réel et l'imaginaire. En filigrane, à travers ces destins tragiques, se dessine une réflexion et un questionnement fort pertinent sur la condition féminine. Madame Victoria est une oeuvre très riche, fascinante, qui marque et émeut, autant par les histoires qu'elle propose que par la beauté de l'écriture.

bete-a-sa-mereLa bête à sa mère de David Goudreault (Stanké)

C'est quand même un exploit de réussir à intéresser le lecteur alors que le personnage central du roman n'a rien d'attachant. Le protagoniste et narrateur de La bête à sa mère est une petite frappe antisociale sans envergure et sans réelle intelligence, qu'on suit dans ses tribulations malsaines, à la recherche d'une mère qui l'obsède. L'auteur décrit admirablement les rouages du cerveau psychopathe et de la personnalité narcissique. Avis aux amoureux des félins : il y a dans ce livre quelques chats qui connaîtront une fin tragique.

 

 

enfants-liverpoolLes enfants de Liverpool de Hugues Corriveau (Druide)

Basé sur un sordide fait divers (deux gamins de dix ans kidnappent, torturent et tuent un bambin de deux ans en 1993), ce livre ne conviendra peut-être pas aux âmes sensibles. En revanche, pour ceux qui ne craignent pas de regarder en face ce que la nature humaine recèle de plus sombre, c'est une oeuvre fascinante, qui trouble, choque et, surtout, fait énormément réfléchir. Les deux enfants tortionnaires et assassins que l'auteur y dépeint sont-ils des monstres ou sont-ils simplement un produit de la société pourrie jusqu'à la moelle dans laquelle ils ont eu le malheur de voir le jour? Alors que la matière première du roman aurait pu ouvrir la porte à bien des dérives, l'auteur pose sur son sujet un regard sensible et lucide, en évitant de tomber dans les pièges de la complaisance et de la moralisation à outrance. On a eu peine à poser ce roman avant de l'avoir terminé.

 

affairemyosotisL'affaire myosotis de Luc Chartrand (Québec Amérique)

Même si vous n'êtes pas à priori un amateur inconditionnel de polars, on vous met au défi de ne pas être happé par celui-ci. Non seulement l'enquête est des plus captivantes, mais la lecture offre une occasion d'en apprendre énormément sur la réalité d'Israël, des Juifs et des Palestiniens, leur culture et modes de vie, leurs différences et ce qui les rassemble. Luc Chartrand, qui est d'abord journaliste, a travaillé comme correspondant pour Radio-Canada au Moyen-Orient, et c'est probablement ce qui explique que l'univers dans lequel l'histoire prend place nous apparaisse si vraisemblable. La plume de l'auteur est fort agréable et son propos, nuancé. À mettre entre toutes les mains!

 

fleuveLe Fleuve de Sylvie Drapeau (Leméac)

Le deuil d'un enfant mort noyé, à travers les yeux de sa soeur de cinq ans, qui a vu le courant l'emporter. Le sujet est dramatique, mais la narration empreinte de lumière, de délicatesse et d'une certaine naïveté permet de l'aborder avec pudeur et sensibilité. Impossible de ne pas avoir les larmes aux yeux tout au long de la lecture de ce très court roman, à la fois bouleversant et vraiment très beau.

 

 

 

 

blues-negreBlues nègre dans une chambre rose de Jennifer Tremblay (VLB)

La passion dévastatrice, celle qui vous emmène au septième ciel avant de vous laisser retomber brusquement, c'est cela dont il est question dans ce deuxième roman de Jennifer Tremblay. Sous sa plume, on ressent l'émotion, l'amour et la douleur qui s'entremêlent jusqu'à devenir indissociables. Un livre poignant et unique en son genre.

 

 

 

 

new-babylonÀ la recherche de New Babylon de Dominique Scali (La Peuplade)

Ce captivant western entraîne le lecteur dans l'Ouest américain du 19e siècle, à la rencontre de personnages superbement construits et d'un monde inquiétant où le danger règne en maître. Un premier roman franchement impressionnant pour Dominique Scali!

 

 

 

Les coups de coeur de cet article ont été choisis par Alex, Alexandra, Catherine, Jeanne, Katia et Stéphane. Pour en savoir plus sur notre démarche, c'est ici.

Quels romans d'ici avez-vous dévorés en 2015?