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Saviez-vous que de nombreuses oeuvres d'art public ont été détruites par erreur ou tout simplement par ignorance au Québec?

Un problème de formation visuelle? Un problème de gestion des biens publics?

Ce côté obscur de la conservation du patrimoine culturel constitué par les oeuvres d'art public enracinées en sol québécois est le thème central du film « Scrapper l'art », de Suzanne Guy, diffusé demain, mardi 6 décembre, 20 h 30 sur ARTV. En rappel: mercredi 15 h, jeudi 10 h et dimanche 14 h.

[video w="420" h="315"]http://youtu.be/OeHfDGZWnIA[/video]

L'année 2011 marque le 50e anniversaire de la création de la politique du 1% ou la politique québécoise d’intégration des arts à l’architecture. Cette politique consacre un montant d'argent pouvant aller jusqu'à 1% du budget total d'un édifice public pour la création d'une oeuvre d'art.

Bien que, grâce à cette politique, près de 1000 artistes québécois aient pu enrichir de façon créative notre paysage architectural,  il y a eu quelques failles à garantir la conservation d'oeuvres d'artistes tels que Jordi Bonet, Yves Trudeau, Pierre Leblanc, Raymond Mitchell, Suzanne TremblayPierre Bourgault, pour n'en nommer que ceux-là...

Afin de mieux comprendre la démarche qui a motivé son auteure et en guise de préambule à la diffusion du film prévue demain, ARTV a rencontré pour vous la réalisatrice de « Scrapper l'art » et de la série « Vu par hasard », la documentariste Suzanne Guy.

Est-ce que tu peux me nommer 5  œuvres d'art public québécoises existantes que tu aimes?

  • Le jardin de sculptures de Melvin Charney, devant le Centre Canadien d'Architecture à Montréal
  • Mort, espace, liberté de Jordi Bonet, murale du Grand théâtre de Québec
  • Fontaine Éclatement II de Charles Daudelin, devant la Gare du Palais à Québec
  • Tant de soleils et (Mer de monde) installées à demeure, de François Mathieu à Paspébiac
  • La joute de Riopelle, sculpture-fontaine dans le Quartier International de Montréal

Quel est le parcours qui t’a conduit à faire du cinéma et à t’intéresser aux arts visuels et à l’art public?

Depuis l’enfance les arts visuels ont été dans ma vie. Puis j’ai fait mes études universitaires dans ce domaine. Le cinéma était là aussi, avec mon désir d’animer mes photos et de raconter la vie de gens qui n’avaient pas de « voix » pour dire ce qu'ils vivaient. Je pense que le premier film documentaire qui m’a fait dire « Je veux faire ça! », c’est le film « Au pays de l’ombre et du silence » de Werner Herzog… L’histoire est celle d’une femme sourde et aveugle qui part à la rencontre de ses semblables… Faire des images, raconter une histoire documentaire sur une personne qui n’avait jamais vu ni entendu me paraissais un défi fabuleux et un pari gagné pour le cinéaste. Très inspirant!

Que veut dire « scrapper » l’art?

Le titre de mon film, je l’ai entendu crier dans ma tête, ou plutôt dans mon cœur en faisant la recherche. Scrapper selon moi veut dire arracher violemment, enlever un couche de couleur, de texture, de sens…

Donnez-moi quelques exemples d'oeuvres d'art "scrappées"?

L'homme couché, de Jordi Bonet, à Jonquière



Les oeuvres de la Mairie de Arvida, de Jordi Bonet, Arvida



La murale de Suzanne Tremblay, Aérogare de Bagotville



Hommage à Alphonse Desjardins, de Yves Trudeau , Montréal



Le cheval de Troie, de Pierre Bourgault, Ville de La Baie


Pourquoi avoir fait le film Scrapper l’art? Qu’est-ce qui t’a conduit à entreprendre ce projet?

Je connais beaucoup d’artistes qui ont vécu le peu de considération que l’on a pour leur travail. Le sujet s’est imposé à moi à la vue d’œuvres massacrées, d’autres disparues. À l’écoute de témoignages bouleversants de la part d’artistes…

Est-ce que la reconnaissance / notoriété publique d’un artiste contribue à la préservation de ces œuvres publiques?

Pas toujours, non. C’est plutôt la valeur monétaire, l’évaluation de ses œuvres qui peuvent faire reculer ceux qui voudraient se débarrasser d’une murale, d’une sculpture ou de tout œuvre d’art de cet artiste ou de sa succession.

Quelle place faisons-nous à l’art visuel dans nos vies, dans notre histoire?

Malheureusement pas une grande place. Nous sommes assez peu fiers de nos artistes peintres, sculpteurs, etc., et tous les artistes en art visuel en général, parce que peut-être nous ne les connaissons pas! Parce que nous ne leurs faisons pas beaucoup de place sur le devant de notre scène médiatique. Nous ne leurs faisons pas de place dans nos vies.

A-t-on abandonné l'art public?

Alors là,  NON! L’art public est plus vivant que jamais. Nous célébrons d’ailleurs cette année, en 2011, le 50e anniversaire de la Politique d’intégration des arts et de l’architecture au Québec. Au-delà de 3,000 œuvres parsèment notre territoire, dans les 17 régions administratives du Québec. Et des centaines d’artistes de talent créent des œuvres dans ce cadre, pour nous tous!

Quels acteurs devrions-nous mobiliser pour garantir la conservation de l’art public?

Premièrement je ne dis pas que « tout » doit être conservé. Nous devons, comme société, nous poser de véritables questions sur la pérennité de l’art public, et les modalités pour arriver à un discernement juste sur la situation. Nous nous devons de faire respecter les engagements de ceux qui deviennent les propriétaires, et les gardiens des œuvres d’art public de La Politique d’intégration des arts. Nous devons aussi faire un effort d’éducation et de médiation culturelle autour de nos œuvres d’art public.

Comment expliquer que des œuvres d’art public soient encore détruites aujourd’hui?

L’indifférence, l’ignorance. Le peu d’éducation, d’enseignement sur ce qu’est une œuvre, un artiste… Le peu de visibilité et de respect des artistes qui œuvrent en art visuel.

Suzanne en entrevue à la radio aujourd'hui

Suzanne sera également de passage à l'émission Desautels aujourd'hui, lundi 5 décembre à 16 h 15, pour parler de son film « Scrapper l'art ». On pourra aussi l'entendre aujourd'hui à l'émission Temps libre à Radio Ville-Marie, elle y parlera de sa série « Vu par hasard » et de « Scrapper l'art » entre 17 h 00 et 17 h 30.