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Ce billet vous est offert par l’équipe web de C’est juste de la TV (CJDLTV).



Dans quelques jours, ça fera un an. Le 13 mars 2020, lors d’une conférence de presse diffusée en direct à la télé, le gouvernement du Québec déclarait l’urgence sanitaire. Quelques jours plus tard, la province était officiellement sur pause.

Ces conférences de presse deviennent alors un rendez-vous télévisuel quotidien pour la population québécoise, atteignant même des cotes d’écoute de plus de 2 millions de téléspectateurs et téléspectatrices. Mais pendant ce temps, l’ensemble de l’industrie télévisuelle devait passer en mode « télé-pandémie ».

Un an plus tard, la télé a-t-elle retrouvé son erre d’aller? Rencontres avec des artisans et artisanes du petit écran qui jettent un regard sur la dernière année… et sur les apprentissages qui ont été faits!

 

 

 

Un printemps réinventé en un claquement de doigts

Dans les premiers jours du confinement, tout le monde se demande comment continuer à alimenter les grilles de programmation. Heureusement, la télévision est vite déclarée service essentiel pour le public. « On a fait des miracles!, résume Simon Laroche, auteur et concepteur. La télé va beaucoup plus vite en pandémie, et les délais sont plus courts », explique-t-il.

En moins de 10 jours, TVA pond l’émission Ça va bien aller, qui arrive en ondes au début du mois d’avril 2020. Elle est animée par Fabien Cloutier et Marie-Soleil Dion, en confinement, à partir de chez eux.



Tout le monde en parle passe pour sa part au direct sur les ondes de Radio-Canada et ajoute une prestation musicale en fin d’émission. Deux changements particulièrement bien reçus par le public. On se souviendra aussi qu’à l’occasion de la fête des Mères, un mégaspectacle télévisuel est diffusé simultanément sur Noovo, Radio-Canada, Télé-Québec et TVA. Une chance qu’on s’a est la première production québécoise d’une telle envergure à voir le jour depuis le début de la crise sanitaire.

« La flexibilité et la souplesse dont tout le milieu a fait preuve, c’est impressionnant! On a dû se creuser les méninges pour trouver des solutions rapidement! », raconte Amélie St-Onge, qui a travaillé comme recherchiste sur plusieurs productions depuis le début de la pandémie.
 

 

Des ajustements nombreux et quotidiens

Le contexte a aussi forcé les équipes à apprendre rapidement et à essayer de nouvelles choses. « Faire des entrevues à distance sur Zoom, on n’aurait jamais pensé diffuser ça à la télé un jour... Cette idée de se réinventer, de se questionner, c’est bien! Ça peut apporter de nouvelles idées », explique Pascal Barriault, animateur et réalisateur.

N’ayant pas les mêmes moyens que sa voisine américaine, la télévision québécoise avait déjà l’habitude d’être ingénieuse, mais en temps de pandémie, elle a dû redoubler d’efforts pour continuer à faire de « la bonne télé ».

« Le télétravail est un avantage pour les déplacements, mais c’est plus difficile de créer à travers les rencontres virtuelles ou le téléphone, selon Marie-Pier Poulin, productrice chez Attraction Images. Ça freine la créativité. Quand on est en équipe, au bureau, tout se fait dans la spontanéité, on peut se parler plus rapidement et régler des dossiers également. » Marie Yong Godbout-Turgeon, chef recherchiste à l’émission La tour, abonde dans le même sens : « Le fait de travailler en vase clos enlève la spontanéité dans les échanges entre collègues. Ça engendre également des problèmes de communication. »

Cette dernière ajoute que la distanciation physique a aussi raison de plusieurs bonnes idées. « Beaucoup de choses sont laissées de côté parce que ce n’est pas possible ou réalisable [en raison des] contraintes sanitaires. C’est assurément un frein pour la créativité de l’émission. » Un enjeu bien réel aussi pour Simon Laroche, qui a dernièrement travaillé sur les émissions Moi j’mange et Sans relâche : « Je trouve ça plus difficile d’écrire pour un artiste, de cerner son sens de l’humour et son essence quand je l’ai juste rencontré dans un Zoom qui boguait aux deux minutes. »

Les enjeux sont tout aussi nombreux pour ce qui est du tournage. La distance de deux mètres imposée devant la caméra demande des pirouettes justificatives et techniques, mais pas que ça! « En tant qu’animateur de Cochon dingue, la spontanéité et la possibilité de se surprendre me manquent beaucoup !, dit Pascal Barriault. On ne peut plus, dans l’émission, se permettre de jouer à n’importe quoi et n’importe comment. On est grandement limités. » Le réalisateur Guillaume Simard, qui travaille notamment en publicité, constate lui aussi que l’atmosphère de tournage est moins chaleureuse et que la direction des acteurs et des actrices est plus délicate. « Avec le masque, nos intentions et notre ton sont maintenant perçus différemment, on ne ressent pas la même chose. »


 

 

Faire autant avec moins

Et côté production, les équipes sont-elles aussi efficaces qu’avant? Guillaume Simard croit que non. « Le nombre de plans qu’on peut tourner par jour a aussi diminué en raison du temps d’installation, qui est plus long. On a maintenant une plus petite équipe sur le plateau, donc moins de temps pour tout faire, ce qui n’est pas évident pour les techniciens », résume-t-il.

Avec les nombreuses contraintes, un nouveau poste a également fait son apparition sur les plateaux de tournage : le coordonnateur ou la coordonnatrice sanitaire, qui s’assure que tous les règlements sont respectés à la lettre et que le lieu de tournage est nettoyé et désinfecté régulièrement pendant le tournage.

Toute la dimension hygiénique a également dû être repensée pour ce qui est des costumes, des coiffures et des maquillages. « Avant la pandémie, j’utilisais mes doigts – propres, évidemment! – pour faire mes mélanges et appliquer les produits afin d’avoir un effet plus naturel et moins gaspiller. J’ai dû m’habituer à maquiller avec des pinceaux que je n’avais pas l’habitude d’utiliser auparavant », explique la maquilleuse Arianne Tremblay.
Maquillage
Crédit photo : Nicolas Beauchemin
 

Et après?

Dans la dernière année, grâce au travail acharné des artisans et artisanes de la télévision, le public a eu droit à un divertissement de qualité. Malgré tous les petits et grands miracles que ces équipes réalisent sous nous yeux, il faut cependant accepter quelques imperfections. Les embûches sont nombreuses, et le public, heureusement, est indulgent.

Alors, que doit-on retenir de cette dernière année? « On ne fait plus de la télé comme il y a 10 ans, et encore moins comme il y a 20 ans. Je pense donc qu’il y a certaines choses positives qu’on va retirer de la pandémie. Ça va encore une fois nous permettre de nous adapter, de progresser et d’aller vers l’avant », espère la productrice Marie-Pier Poulin.

Pour Amélie St-Onge, qui travaille au sein de l’équipe d’En direct de l’univers depuis l’automne, ces grands bouleversements lui ont permis de jeter un nouveau regard sur son domaine : « On le voit évidemment dans nos cotes d’écoute, mais on le voit aussi dans le déluge de commentaires sur nos médias sociaux chaque semaine : les gens nous qualifient de service essentiel, et c’est un TRÈS grand compliment. On dit souvent dans notre métier qu’on ne sauve pas des vies, mais je pense, humblement, qu’on les embellit en maudit! »

Un an plus tard, la télé québécoise est toujours debout. Si elle a survécu à une si importante crise, il y a fort à parier qu’elle est là pour de bon! « Audace, bienveillance et ouverture : c’est ce que je nous souhaite », conclut Simon Laroche.