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Trop de bonnes pièces, pas assez de temps : cela résume assez bien comment on se sent, en tant qu'amateur de théâtre à Montréal. En voici dix que notre équipe a particulièrement appréciées en 2015. Pour consulter tous nos coups de coeur culturels, c'est par ici!

La divine illusion de Michel Marc Bouchard, mise en scène de Serge Denoncourt au Théâtre du Nouveau Monde

Michel Marc Bouchard s'est inspiré des événements entourant la venue de Sarah Bernhardt à Québec au début du siècle dernier pour écrire cette oeuvre grandiose qui frôle la perfection, où les enjeux contemporains sont habilement évoqués / dénoncés à travers ceux de l'époque. Dans un texte fort bien ficelé où la comédie côtoie le drame, il aborde des sujets aussi actuels (devrait-on dire intemporels?) que l'omerta entourant la pédophilie dans l'Église catholique ou encore l'exploitation des travailleurs de l'industrie du vêtement. La mise en scène de Serge Denoncourt et l'interprétation à peu près irréprochable de la distribution rendent justice au texte. Saluons au passage le décor fort ingénieux et les costumes de Sarah Bernhardt (merveilleuse Anne-Marie Cadieux), assez mémorables merci. La pièce de plus de deux heures et demie nous tient en haleine du début à la fin.

Ennemi public d'Olivier Choinière au Théâtre d'Aujourd'hui

La plus récente oeuvre d'Olivier Choinière est un chaos magnifiquement orchestré, où plusieurs discussions ont parfois lieu en parallèle ; dans cette cacophonie, le spectateur doit faire des choix, il est impossible de tout saisir. Par la forme comme par le propos, la pièce offre une réflexion fort pertinente sur la famille, la société, notre manière de communiquer et les relations que nous entretenons les uns avec les autres. Le décor et la scénographie très habiles, qui rendent bien l'idée d'une pluralité de lieux, sont dignes de mention, tout comme le jeu des comédiens, notamment les enfants, d'une grande justesse.

Un tramway nommé désir de Tenessee Williams (traduction de Paul Lefebvre) mise en scène de Serge Denoncourt, au Théâtre ESPACE GO

Céline Bonnier porte le classique de Tennessee Williams avec son interprétation nuancée et poignante de Blanche Dubois, mythomane sudiste à la dérive. Le décor remarquable nous entraîne dans la Nouvelle-Orléans des années 30, alors que l'actualisation du langage et des accents permet d'ajouter une touche de réalisme à l'action et aux personnages tout en ambiguité. La mise en scène de Serge Denoncourt accentue le côté charnel, tendu, un peu sale, de la pièce. Nous avons par ailleurs adoré l'idée d'intégrer le personnage de l'auteur à l'action, qui exerce une forme de réflexivité sur le processus créatif. Il y aura des supplémentaires cet hiver et il reste quelques billets, faites vite!

Le tour du monde en 80 jours d’après l’œuvre de Jules Verne,
adaptation et mise en scène par Hugo Bélanger au Théâtre du Nouveau monde

Le classique de Jules Vernes continue de charmer et la mise en scène ingénieuse de Hugo Bélanger offre une toute nouvelle lecture du périple fou de Phineas Fogg, qui nous a tant fait rêver enfants. Différentes disciplines (danse, marionnettes) sont conviées sur scène pour stimuler notre imaginaire, les tableaux s'enchaînent et nous font voyager, un spectacle plein de surprises qui a su réjouir les jeunes et les moins jeunes.

Chatroom d'Enda Walsh (traduite par Étienne Lepage), mise en scène de Sylvain Bélanger à la salle Fred-Barry

La pièce, destinée aux adolescents, explore de belle manière la question des rapports sociaux virtuels et met en lumière les jeux de pouvoir et de manipulation à l'heure du numérique. On parvient notamment à y aborder la difficile question du suicide sans tomber dans le piège de la moralisation. On a apprécié que la pièce parvienne à injecter une bonne dose d'humour dans ces thématiques douloureuses, mais surtout qu'elle ne prenne pas les adolescents pour des imbéciles.

Et au pire on se mariera de Sophie Bienvenu, mise en scène de Nicolas Gendron au Prospero

Pour ceux qui, comme nous, ont adoré le merveilleux roman de Sophie Bienvenu, la pièce lui rend tout à fait justice. Dans le rôle d'Aïcha, la comédienne Kim Despaties est très bonne. Elle réussit à bien rendre l'intensité et les paradoxes de ce personnage d'adolescente un peu perdue, à la découverte de l'amour.

J'accuse d'Annick Lefebvre, mise en scène de Sylvain Bélanger au Théâtre d'Aujourd'hui

Un texte complexe et poignant, d'une rare force, qui jette une lumière crue sur la société contemporaine et ses périls insidieux. Cinq monologues puissants portés avec brio par cinq comédiennes extraordinaires (Ève Landry, Catherine Trudeau, Alice Pascual, Debbie Lynch-White et Léane Labrèche-Dor), qui nous envoûtent et parviennent véritablement à créer un lien avec le public. On a souvent l'impression de voir des âmes mises à nu plutôt que d'assister à une pièce. J'accuse est une pièce qui touche, fait rire parfois, mais entraîne surtout une profonde réflexion. On en est sorti complètement secoué et on a très, très hâte de voir évoluer la prometteuse dramaturge Annick Lefebvre, dont la carrière est en plein essor.

Five kings - L'histoire de notre chute d'Olivier Kemeid (d'après Shakespeare), mise en scène de Frédéric Dubois, au Théâtre ESPACE GO. 

La pièce dure cinq heures, mais on jure nos grands dieux qu'on n'a pas vu le temps passer. L'idée, à l'origine, était celle d'Orson Welles : s'inspirer des pièces du «cycle des rois» de Shakespeare dans un seul et même spectacle-fleuve. Le pari, si ambitieux que même le grand Welles a abandonné en chemin, est admirablement relevé ici. D'une pièce à l'autre, les visages des acteurs sont les mêmes, mais les univers sont transformés, oscillant entre sobriété et éclatement. On a vraiment eu l'impression d'assister à quelque chose d'unique!

Cet endroit entre tes cuisses, par This is better than porn au Cabaret lion d'or.

Puisqu'il n'y a pas que les grands théâtres et les compagnies bien établies dans la vie, nous tenions à mentionner ce spectacle, qui nous a beaucoup plu. La performance théâtrale intimiste imaginée par l'équipe du blogue érotique soft This is better than porn nous a entraînés hors des sentiers battus pendant deux soirs au Lion D'or. Il y a beaucoup de nudité assumée ; on mise sur la diversité des corps et sur le fait qu'érotisme et sexualité ne riment pas obligatoirement avec pornographie. En attendant de nouvelles représentations (sait-on jamais?), on vous conseille vivement de visiter le site!

Madama Butterfly de Puccini à la Salle Wilfrid-Pelletier, présenté par l'Opéra de Montréal

Bon, c'est un opéra et pas une pièce de théâtre à proprement parler, mais il était hors de question de le passer sous silence. Ce classique parmi les classiques, qui nous tire systématiquement des larmes, était très bien supporté par une distribution au talent certain et par une direction artistique époustouflante.

Ces choix sont ceux de Alexandra, Catherine, Jeanne, Katia, Karyne et Marion. Pour en savoir plus sur notre démarche, c'est par ici.

Quelles pièces de théâtre avez-vous appréciées en 2015?