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Wes Anderson —Isle of Dogs : Les compagnons canins dans l’art

Caroline Bertrand

29 mars 2018

Film «Isle of Dogs » de Wes Anderson

© American Empirical Pictures/Indian-Paintbrush

 

Le cinéaste chouchou de la scène indie Wes Anderson fait la part belle aux chiens — si l’on peut dire — dans son plus récent film, Isle of Dogs, œuvre d’animation image par image (méthode communément appelée stop-motion) grâce à laquelle il atteint, comme à son habitude, de nouveaux sommets.

Au Japon, dans un futur dystopique, une maladie canine fait rage. Le maire Kobayashi — un fervent amoureux des chats — proscrit donc les chiens partout au pays, ordonnant leur exil sur l’Île des déchets, tristement rebaptisée l’Île des chiens. En quête de son fidèle compagnon Spots, le jeune pilote d’avion Atari se rend sur le territoire désaffecté, où l’accueille une bande de bienveillants toutous qui l’aidera dans son odyssée. Les vedettes Bill Murray, Tilda Swinton, Bryan Cranston, Scarlett Johansson, Edward Norton, Bob Balaban et Jeff Goldblum prêtent leur voix à ces vaillants pitous prêtant main-forte au garçon de douze ans.

 

Isle-of-Dogs-Oracle©American-Empirical-Pictures_Indian-Paintbrush

© American Empirical Pictures/Indian-Paintbrush

En abordant de graves enjeux — pollution, maltraitance des animaux, tractations politiques—, le réalisateur de The Darjeeling Limited et de Moonrise Kingdom propose assurément son film le plus politisé. Ce conte moderne réussit la prouesse de nous amener à réfléchir tout en nous faisant retrouver en un rien de temps notre cœur d’enfant; les personnages canins, animés avec grande précision, émeuvent et émerveillent. Et, même si l’on a un faible pour les minets, on sort de la salle avec le désir criant de se ruer vers un refuge afin d’accueillir dans notre vie un chien abandonné.

On profite de la sortie de l’éblouissant et intelligent Isle of Dogs afin de raviver des souvenirs lointains, ou moins. Retour sur quelques œuvres offrant un rôle de premier plan au meilleur ami de l’être humain.

 

Lassie©2007-CBS-Worldwide-Inc.

Jon Provost dans la série Lassie. © 2007 CBS Worldwide Inc.

Lassie, 1954

Initialement présentée en noir et blanc, cette série télé américaine diffusée de 1954 à 1974 a rendu le colley célèbre — au point où l’on appelle couramment cette espèce le « Lassie ». La saga, qui met en scène les aventures de la courageuse chienne Lassie et de ses jeunes maîtres, a fait des petits : des films, de même qu’une autre série, The New Lassie, en 1989. À l’origine de la série, le long métrage de 1946 Courage of Lassie, mettant en vedette la juvénile Elizabeth Taylor.

 

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Elizabeth Taylor, Laddie et Frank Morgan dans le film de 1946 Courage of Lassie. © MPTV – Gracieuseté de mptvimages.com

Homeward-Bound-The-Incredible-Journey©Walt-Disney-Pictures

© Walt Disney Pictures

Homeward Bound: The Incredible Journey, 1993

Certains ont peut-être mieux connu ce film de Walt Disney sous le titre français Retour au bercail. Réalisé par Duwayne Dunham, il relate l’épopée de deux chiens et d’une chatte qui, croyant avoir été abandonnés sur une ferme par leur famille partie en vacances à San Francisco, se lancent à l’aventure afin de la retrouver. Chance, un bulldog américain, Shadow, un golden retriever, et Sassy, une himalayenne, vivront un voyage des plus incroyables, comme l’indique le titre de ce drame émouvant pour la famille. Nul autre que le héros de Back to the Future, Michael J. Fox, prête sa voix à Chance — les trois compagnons se parlent en effet en voix hors champ. Le succès tant critique que commercial du long métrage a donné lieu à une suite,  Homeward Bound II: Lost in San Francisco.

 

 

Family-Guy-Brian©20th-Century-Fox-Television

© 20th Century Fox Television

Family Guy, 1999

Créée par Seth MacFarlane, cette série d’animation aussi grinçante que désopilante présente les Griffin, une famille américaine composée des parents, Peter et Lois, de leurs trois enfants, Chris, Meg et Stewie, et de leur chien anthropomorphique Brian, un labrador résolument atypique. Doté d’une personnalité humaine, Brian parle, marche sur deux pattes, conduit, écrit un roman, vire d’occasionnelles brosses, séduit les femmes (qui font fi de la zoophilie), couche avec elles, se montre parfois arrogant, réfléchit, émet des opinions progressistes… et est éminemment plus érudit et cultivé que son gardien un peu taré, Peter. Ce qui n’est pas dénué de sens.

 

Marley-and-Me©Fox-2000-Pictures

© Fox 2000 Pictures

 

Marley and Me, 2008

Comme quoi le plus imprévisible et turbulent des chiens ne peut ternir l’amour que lui porte sa famille. Il s’agit ici des Grogan, incarnés par Jennifer Aniston et Owen Wilson, qui, avant d’avoir des enfants, adoptent le petit et adorable Marley, qui échappe complètement à leur discipline. Même devenu un grand gaillard de 100 livres, leur facétieux toutou conserve toute l’agitation d’un chiot, ce qui nourrit la rubrique de son maître dans un journal. Bien que Marley mette à rude épreuve la patience des siens, ces derniers lui vouent une affection indéfectible, qui culmine dans la conclusion déchirante de cette comédie dramatique réalisée par David Frankel.

 

Chercher-Sam©Cheval-d-aout-editeur-2015

© Cheval d’août Éditeur 2015

 

Chercher Sam, 2014

Dans ce roman de Sophie Bienvenu, paru aux éditions Cheval d’août, un itinérant âprement écorché par la vie survit grâce à sa chienne Sam, son unique rempart. Un jour, celle-ci disparaît. Mathieu part alors désespérément à sa recherche et se bute à ses démons intérieurs. Une histoire tragique, mue par le fantôme de sa pitbull bien-aimée — l’espèce canine probablement la plus pestiférée. Malgré son absence, elle habite les pensées tourmentées du protagoniste, dépossédé de son seul lien au monde. C’est la crainte de l’autrice de se faire voler sa propre chienne — l’une des plus grandes peurs de sa vie — qui lui a inspiré cet ouvrage bouleversant.            

 

The-Secret-Life-of-Pets©2016-Universal-Pictures

© 2016 Universal Pictures

 

The Secret Life of Pets, 2016

Le terrier Max coule une vie douce auprès de sa maîtresse adorée, jusqu’à ce qu’elle ramène à l’appartement un colosse errant, Duke. La rivalité du tandem les entraîne dans les bas-fonds de New York, où a trouvé refuge une horde d’animaux avilis par la souffrance d’avoir été rejetés (voire jetés), menée par le lapin blanc Snowball, aussi mignon que déjanté. Un film d’animation qui, sous ses couverts de pur divertissement, soulève l’enjeu cruel et bien réel de l’abandon massif d’animaux domestiques.

 

Sylvia©Monarque-Productions

Pierrette Robitaille, Marcel Lebœuf, Sonia Cordeau et Claude Prégent dans la pièce Sylvia. © Monarque Productions

 

Sylvia, 2017

Dans l’adaptation théâtrale Sylvia des Projets de la Meute, la comédienne et membre des Appendices Sonia Cordeau y interprète… un chien. Délurée et irrévérencieuse, Sylvia a de la jasette et se tient debout, tout en préservant ses pulsions canines : le désir de s’amuser et de vivre l’instant présent. Après l’avoir trouvée dans le parc du Mont-Royal, un homme la recueille chez lui. Sa conjointe voit toutefois d’un mauvais œil l’amour qu’éprouve son mari envers l’inopiné compagnon, qui chamboulera le quotidien du couple de baby-boomers en en révélant les failles. Écrite par Albert Ramsdell Gurney, la comédie romantique, dans laquelle Sarah Jessica Parker campait Sylvia, a d’abord triomphé à Broadway. 

Et vous, quel personnage canin a marqué vos esprits?