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OCCUPATION DOUBLE ou le jeu de l'inclusion

OCCUPATION DOUBLE ou le jeu de l'inclusion

Gabrielle Caron

14 octobre 2020

Cette chronique vous est offerte par l’équipe Web de C’est juste de la TV.

Je suis une grande fan d’Occupation Double. Je regarde l'émission avec un réel plaisir. Et ce n’est même pas un plaisir coupable : je l’assume entièrement. Je le prends pour ce que c’est : de la télé qui me permet de mettre mon cerveau à off, 22 minutes par jour.

J’aime juger les candidats, leurs stratégies, leurs parlures. Est-ce que j’étais comme ça à 22 ans? À 27 ans? J’ose espérer que non. Mais je ne peux pas le dire en toute certitude. Je serais même prête à y participer, mais je suis en couple, malheureusement, comme me le rappelle mon chum chaque fois que je fais mon “top 5” fictif.

Je suis là depuis la première édition en 2003 à Blainville, époque où les éliminations se passaient sur le perron de la maison. C’était le bon vieux temps, alors que les candidats éliminés tombaient rapidement dans l’oubli.

 

 

Aujourd’hui, ce n’est un secret pour personne, le jeu a changé. On s’inscrit pour devenir connu et peut-être, si on est chanceux, trouver l’amour en bonus. Malgré tout, je suis encore là, fidèle au poste. Mais je dois avouer que depuis le grand retour, j’ai de plus en plus de misère. L’évolution du jeu est impressionnante: les twists, les trois maisons, l’ajout de candidats, la maison mixte, les éliminations simples, doubles, multiples, surprise... j’adore!


Mais c’est au niveau du casting que j’accroche…et pas dans le bon sens. Par où commencer?


Dans OD Bali, on nous avait vendu Jessie comme étant pansexuelle. Dans OD Grèce, Kristina comme étant bisexuelle. Dans OD Afrique du Sud : Khate la femme trans. Dans OD Chez nous : Julie la femme ronde.

 

 

Ce qui m’a toujours dérangée avec ces candidates, ce n’est pas les humaines. C’est la façon dont elles ont été publicisées par la production. Jamais de ma vie on ne m’a étiquetée comme étant «la fille hétérosexuelle» ou «la fille avec des grosses cuisses». Alors pourquoi c’est acceptable dans ce jeu? Pourquoi les filles doivent-elles être qualifiées avec leur sexualité et leur apparence physique?

 

Pourquoi Khate n’est-elle pas “la fille qui a de la drive”? Pourquoi Julie ne peut-elle pas être “la fille pétillante”? Pourquoi Kristina n’est-elle pas “la rockeuse au coeur tendre”? Et pourquoi Jessie n’est-elle pas présentée comme “l’activiste”? Suis-je la seule qui a toujours l’étrange sentiment que ces candidates sont choisies pour hausser les cotes d’écoute plutôt que pour réellement ouvrir le dialogue et faire changer les choses?
 

Seule représentante d’une certaine “diversité” au sein de son groupe, chacune devient alors la porte-parole de toute une communauté, tout un pan de la société. Quand on y pense, c’est une lourde responsabilité pour une personne qui veut juste trouver l’amour, boire du Guru et peut-être gagner un condo.
 

La situation de Julie à OD Chez nous soulève plusieurs questionnements et a beaucoup fait jaser récemment. Je vous invite d’ailleurs à lire l’excellent billet de Josiane Aubuchon sur le sujet :


À LIRE : JULIE D’OD CHEZ NOUS «N’EST PAS LA PORTE-PAROLE DES GROSSES FILLES QUI DATENT.»

 

Parce que oui, il se peut que ces candidates n’aient pas le goût d’être des porte-étendards. Peut-être qu’elles veulent juste exister sans toujours devoir expliquer et justifier pourquoi elles sont là. Ce n’est pas à Julie de porter sur ses épaules le fardeau de la diversité corporelle. Et ce n’est pas à Khate d’éduquer le Québec en entier sur la réalité des personnes trans dans le cadre d’un jeu de séduction.

 

Quand on regarde les éditions avec des candidates qui ne se s’identifiaient pas comme hétérosexuelles (Kristina dans OD Grèce et Jessie dans OD Bali), force est de constater qu’elles n’ont eu comme seule option que d’exprimer leur côté… hétéro! Parce que si tu es la seule fille attirée par les filles, aucune chance de trouver une partenaire avec qui partager la maison de l’amour.

 

Plus encore: Jessie, Kristina, Khate, Julie… Remarquez-vous la constante? Ça se joue toujours du côté des candidates. Comme si l’inclusion et la diversité, c’était seulement féminin. Du côté des gars, ce qui crée le plus de “variété”, c’est quand un monsieur n’a pas de tatou.

 

On ne peut pas juste garocher des ingrédients «tendance» dans une recette qu’on ne changera pas au final, juste pour se donner bonne conscience.

 

Je crois que deux options s’offrent à la production:

  1. Y aller all-in : marteler la différence, la souligner, en parler pour faire passer le message que la diversité et l’ouverture, à tous les niveaux, c’est beau.
  2. Faire parler les actions plus que les mots : choisir des candidats de tous horizons, gabarits et orientation sexuelle et ne pas en faire de cas. Ne pas le souligner. Juste…les laisser être.

 

Parce qu’en ce moment, on nous place entre deux chaises et c’est vraiment inconfortable. Pourquoi pas une édition où tout le monde est queer? Capitaine Twist n’aurait même pas besoin d’être là, croyez-moi, car les rebondissements se créeraient d’eux-mêmes!

 


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