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Entrevues Faire œuvre utile – Patrick Norman et Simon Boulerice

Entrevues Faire œuvre utile – Patrick Norman et Simon Boulerice
Chaque vendredi à 20 h sur ICI ARTV, à l’émission Faire œuvre utile, animée par la journaliste Émilie Perreault, des personnalités invitées rencontrent une personne ayant été bouleversée par une de leurs œuvres. Avant la diffusion de chacune des émissions de la troisième saison, nous vous proposons d’en apprendre davantage sur l’expérience vécue par les artistes lors de ces moments fort particuliers.

Cette semaine, nous avons eu l’occasion de discuter avec l’auteur, compositeur et interprète Patrick Norman ainsi que l’auteur Simon Boulerice. Les deux artistes nous ont généreusement fait part de leurs états d’âme quelque temps après avoir fait des rencontres mémorables.

Voici le compte rendu de ces entretiens.
Patrick Norman et Monique
Que retenez-vous de votre expérience?

Ah mon Dieu! La rencontre avec Monique m’a fait comprendre le pouvoir de la musique; c’est extraordinaire. Que ça se soit rendu jusqu’au Rwanda et que les gens aient autant apprécié ma chanson Quand on est en amour, c’est incroyable. Elle est presque devenue un hymne national pour les victimes du génocide qui l’écoutaient pour se réconforter. J’en reviens toujours pas. Ça m’a fait réaliser que la musique, c’est une puissance qu’on a entre les mains. Ça ne sert pas seulement qu’au divertissement, ça amène un vrai réconfort.

Qu’est-ce qui vous surprend le plus quand vous recevez ce genre de témoignage de la part du public?

Tu t’attends pas à ça! Quand tu commences à faire de la musique, c’est parce que t’aimes ça par-dessus tout. La plupart du temps, ça commence par un passe-temps. Tu ne décides pas à l’avance que tu veux être connu, avoir une renommée, faire beaucoup de disques... La plupart du temps, c’est juste un plaisir qu’on s’offre quand on apprend à jouer un instrument. On a le désir d’écrire des chansons, mais on ne sait pas où ça va nous mener. Personne ne le sait.

C’est ce qui m’étonne, c’est ce qui me renverse chaque fois. La musique est vraiment un langage universel. On en a une belle preuve avec cette rencontre. On en a de nombreuses à travers le temps : il y a beaucoup de chansons qui ont aidé et rallié les gens. Quand je rencontrais des gens après les spectacles avant la pandémie, on m’a fait beaucoup de témoignages qui stipulaient que ma musique avait permis à des personnes de traverser des épreuves, même que des personnes m’ont dit qu’elle avait sauvé des vies. Quelqu’un est venu me voir pour me dire que j’avais sauvé la vie de son patron. Eille, c’est quelque chose! Il avait préparé un mauvais coup et il était décidé à le faire, mais le fait d’avoir assisté à mon spectacle l’avait mis en mode pardon. Tabarouette, quand tu réalises ces choses-là... Ensuite, quand tu es en voiture et que tu retournes à la maison, ça te revient en tête et tu te dis : « Wow, c’est quelque chose en son of a gun de jouer de la guitare! » (rires) On a la conviction – moi, en tout cas, j’ai la conviction qu’à travers ma musique, je fais du bien. C’est pas ça, le devoir de chaque être humain, de faire du bien, de vivre et de tendre vers un monde meilleur? C’est ça, la musique.

Si vous aviez joué le rôle de la personne du public dans l’émission, y a-t-il une œuvre ou un ou une artiste en particulier que vous auriez nommé?

Dans mon univers à moi, il y a eu mes idoles. À 12 ans, j’ai entendu le son de la guitare de Chet Atkins, qui est devenu mon mentor; c’est ce qui m’a donné le goût de me diriger vers la musique. Ça a éveillé tous les désirs que je pouvais avoir concernant la musique. C’est là que l’étincelle a mis le feu aux poudres. C’est lui qui est le grand responsable de la carrière que j’ai aujourd’hui.

Patrick Norman, merci beaucoup!
 

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Simon Boulerice et Elliott
Que retenez-vous de votre expérience?

Je dirais que c’est profondément émouvant de savoir qu’une œuvre qu’on a créée a résonné dans le cœur des autres. Je recevais beaucoup d’amour dans les salons du livre, mais depuis le début de la pandémie, je les ai virtuellement, sur Instagram ou Facebook. Ce sont de grandes poussées dans le dos ou des élans pour continuer à écrire.

La plus belle déclaration d’amour de lecteur que j’ai reçue cette année, c’est celle d’Elliott, qui est un grand lecteur que je connaissais déjà, parce qu’on se voyait souvent dans les salons du livre. Ça faisait un petit bout que je l’avais pas vu. C’était comme un rituel qu’on avait; on prenait des nouvelles mutuellement chaque année au Salon du livre de Montréal; c’étaient comme des retrouvailles. Souvent, au Salon du livre, les rencontres sont plutôt brèves, comme il y a une file et qu’on ne veut jamais prendre trop de temps. Là, on en avait du temps, et c’était le fun de voir l’impact qu’a représenté une œuvre dans la vie de quelqu’un. J’ai l’impression que ça valide en quelque sorte le propos de mon œuvre. Ça m’a réconforté, en plus de me donner un élan pour la suite.

Qu’est-ce qui vous surprend le plus quand vous recevez ce genre de témoignage de la part du public?

Je ne m’attends pas à ça du tout. Quand j’écris, j’espère peut-être, en quelque part, que mes œuvres aient un impact, mais il n’y a rien de délibéré. J’ai l’impression que, quand je propose une œuvre d’art, j’essaie d’abord et avant tout de m’adresser un peu à moi-même. Je sens d’abord et avant tout que j’écris pour moi, pour me réconcilier avec l’enfant et l’adolescent que j’ai été. C’est un acte très intime et je pense, oui, au lecteur et à la lectrice, mais je pense pas aux lecteurs et lectrices au pluriel. Je pense juste à une personne à la fois, qui est un peu l'ado que j’ai été, mélangé à plein d’autres gens, qui font une espèce de somme. C’est comme si j’essaie de plaire, de troubler, de bousculer ou de charmer une personne seulement.

J’ai pas d’ambition démesurée, j’ai pas envie qu’une de mes œuvres rameute autant. Bien sûr que je l’espère, mais ça ne fait pas du tout partie de ma démarche. Je n’essaie pas du tout d’être racoleur et d’aller chercher le plus grand lectorat possible. Je sais que L’enfant mascara a vraiment eu un impact colossal, parce que j’ai reçu beaucoup de commentaires. Je vois que ça a fait du bien, ça a bousculé certaines personnes, mais quand je l’ai écrit, j’ai l’impression que c’était d’abord pour investiguer l’homophobie dont j’avais été victime, même si, dans l’histoire, c’est de la transphobie. J’ai quand même retrouvé certains démons de mon adolescence, donc il y a quelque chose de très intime là-dedans.

Si vous aviez joué le rôle de la personne du public dans l’émission, y a-t-il une œuvre ou un ou une artiste en particulier que vous auriez nommé?

Il y a plusieurs œuvres qui m’ont fait ça à différents moments de ma vie. Dans ma vie de jeune auteur, je te dirais Michael Delisle. C’est à la fois dans les thématiques et dans l’écriture. Je sais que c’est purement stylistique, mais quand j’ai lu des œuvres de Michael Delisle, j’ai ressenti une espèce de libération en observant la liberté qu’il s’octroie dans la langue et la poésie. Ça a été un choc qui m’a donné envie d’écrire plus que jamais. Quand on me dit « tu me donnes envie d’écrire », je trouve ça fabuleux, parce que c’est ce que Michael Delisle et Michel Tremblay ont fait chez moi.

Quand j’ai découvert Michel Tremblay, en secondaire 5, j’en ai joué dans ma classe, et j’ai l’impression qu’il y a eu un tournant dans ma vie. À travers ça aussi, il y a des chanteuses comme Lara Fabian qui m’ont fait un grand bien quand j’étais jeune, en secondaire 1 et 2. J’ai l’impression qu’elle traduisait beaucoup mon émotivité, mon envie de grandeur et de libération. Elle était très inclusive dans ses chansons; il y en a même une qui parlait d’homosexualité. Il y a aussi ses éclats de voix; je sais que c’est de l’enrobage, mais moi, ça me touchait beaucoup. Les œuvres de Lara Fabian et sa voix ont fait toutes les deux œuvre utile dans ma vie. Elle fait partie des chanteuses qui me berçaient, me faisaient rêver. Il y a plein de façons, je pense, de faire œuvre utile. Parfois, c’est dans le contenu, mais aussi dans le contenant.

Simon Boulerice, merci beaucoup!

Ne manquez pas la deuxième émission de la troisième saison de Faire œuvre utile, vendredi à 20 h sur ICI ARTV.