Franco Égalité : l'art de capturer le mouvement

Franco Égalité : l'art de capturer le mouvement
Gia Khanh + Franco Égalité

28 juillet 2023

Il a conçu l’affiche du festival Osheaga 2023; le peintre et illustrateur Franco Égalité donne vie à des œuvres colorées et énergiques qui traduisent sa fascination à saisir le mouvement.

Qu’il élabore des scènes figuratives en grand format pour l’espace public, qu’il soit derrière des identités visuelles pour des marques ou bien qu’il crée des toiles abstraites fascinantes, son désir demeure le même : transmettre des émotions, faire écho à des lieux et à des sensations universelles, et exalter l’imaginaire. Sur ses toiles et ses murales, les corps jouent au sein d’un décor vibrant et attirent notre regard. 

Rencontre avec cet artiste visuel qui cumule les projets de grande ampleur.

Deux oeuvres de l'artiste Franco Égalité
Deux oeuvres de Franco Égalité.

 

Comment l’art est-il entré dans ta vie?

En parlant avec ma mère, elle m’a fait réaliser que, dès l’âge de 2 ans, j’adorais tenir un crayon dans ma main et tracer des lignes un peu n’importe où! Je gribouillais sur les murs, sur les meubles… Elle m’a montré des photos! (rires) Il y a quelque chose qui m’hypnotise dans le fait de tracer une ligne, et que cette marque-là reste et enregistre mon mouvement. Je crois que c’est ça qui a toujours capté mon attention. 

À l’adolescence, j’ai étudié en dessin animé au Cégep du Vieux Montréal, dont les cours étaient très inspirés du programme donné aux animateurs de Walt Disney et DreamWorks. Il y avait plusieurs cours d’arts visuels, notamment en sculpture, en peinture et en dessin. On a fait du modèle vivant, de la perspective, etc. Avec l’animation, il y a une discipline vraiment stricte à respecter, il faut être à son affaire, et j’y ai développé un souci presque maladif du détail! Ensuite, j’ai suivi un baccalauréat en design, même si mes enseignants me qualifiaient déjà d’artiste et se demandaient un peu ce que je faisais en design. Enfin, j’ai véritablement plongé dans mon propre univers artistique, deux ans après l’université, en 2017. Je me suis interrogé sur ma voix artistique et mes valeurs, j’ai beaucoup expérimenté à ce moment-là, pour finalement diffuser mon travail sur Instagram. 

Une illustration de Franco Égalité.
Crédit : Franco Égalité.

 

Peux-tu nous résumer ta démarche artistique en quelques mots?

Ma démarche est très personnelle, moins ancrée dans un style, mais elle se rattache plus à une intentionnalité. Il y a un désir de traduire mes états d’âme, ma vie. Ma source d’inspiration première, en fait, c’est l’existence humaine et ses ondulations! Nos changements constants; les sensations; les hauts et les bas; les différentes perceptions qu’ont les humains au cours de leur vie, de leurs émotions ou même d’une forme… 

J’essaie de reproduire des fragments de l’expérience humaine dans toutes ses formes et ses teintes, sans barrière. 

 

Tu as dessiné l’affiche du festival Osheaga cette année. Qu’est-ce que ça fait de voir ton travail se déployer à grande échelle?

Ça fait tellement chaud au cœur! Quand l’équipe d’Evenko m’a approché avec ce projet-là, ils avaient besoin d’une nouvelle peau. C’était à la fois surprenant et pas si étonnant qu’un événement de musique me choisisse pour réaliser son affiche et son identité visuelle, car l’un de mes mantras que je me répète depuis l’enfance, c’est que je veux faire de l’art visuel comme on fait de la musique. La musique se hisse, selon moi, au sommet des disciplines artistiques. C’est immatériel, mais ça peut nous pénétrer, nous changer, nous transformer d’une façon… presque magique! 

Pour ce projet, j’ai été capable de revisiter mon parcours. Je me rappelle, il y a plusieurs années, avoir harcelé ma mère pour qu’elle nous achète des billets à mon petit frère et moi, donc j’ai grandi avec ce festival. Je coupais et collais des morceaux d'affiches dans mes agendas avec les artistes que je ne voulais pas manquer. J’ai donc eu l’occasion de revisiter tout ça pour remettre à jour le style visuel. Car désormais, si Osheaga est un festival de musique, c’est aussi un festival de l’image. La musique crée des images, mais les gens aussi aiment s’habiller de façon expressive pour aller voir des concerts, et ça nous dit quelque chose socialement. C’est cette idée que j’ai déclinée; je désirais montrer que le son se transmet de différentes manières et qu’un festival est une célébration. 

 

Des marques de renom comme Stella Artois, Hennessy et Facebook se sont servies de ton art pour des publicités ou des projets artistiques. Tu as également illustré des livres, des revues… Veux-tu nous parler de ton approche commerciale?

Une œuvre réalisée sur un terrain de basketball à Montréal pour Hennessy.
Une œuvre réalisée sur un terrain de basketball à Montréal pour Hennessy x NBA.

J’ai toujours perçu ma pratique à travers différents canaux. Aux études, on critiquait souvent le fait que j’aimais créer plusieurs choses en même temps. Mais je crois qu'on est une multitude de choses à la fois. On vit et on s’exprime d’une multitude de manières, alors pourquoi ne pourrais-je pas aussi le faire avec mon art? Je ne souhaite pas me limiter. 

J’aime donc désormais me présenter de la manière suivante : peu importe le mandat, l’essence de mon style peut se décliner dans des œuvres qui me ressemblent et qui peuvent éventuellement plaire à un client ou une marque. J’aime dire, quand je collabore pour un contrat, qu’on va avoir une discussion, qu’on va danser ensemble! J’aime que les deux parties mettent leurs intentions et leurs buts sur la table pour voir ce qu’on peut concevoir de beau. 

J’arrive à me garder du temps pour mes projets artistiques personnels, car je ne peux pas passer une journée sans avoir mon crayon dans la main! L’art est toujours dans ma tête. C’est mon obsession! (rires) En multipliant les projets personnels et commerciaux, je découvre ce qui m'intéresse ou ce qui ne m'intéresse plus. C’est un processus constant.

Ce que j’aime de Montréal, c’est que l’été est très intense; je travaille sur plusieurs projets. Mais l’hiver, c’est un temps de repli, de création, de questionnement sur les prochains mouvements de ma vie. Les saisons m’influencent énormément.

 

Tu as plusieurs œuvres d’art public à ton actif, l'une de tes murales les plus connues étant sans doute celle qui a été conçue en hommage à Nelson Mandela, en 2020. Qu’est-ce que tu aimes dans le fait de créer des œuvres extérieures?

J’ai toujours possédé un très mauvais sens de l’orientation. Enfant, quand ma mère faisait des commissions à travers la ville, j’ai commencé à me faire une petite carte mentale de Montréal à travers l’art public. Je savais où on était plus ou moins grâce aux murales! Je trouve que l’art public fait partie de la ville; les lieux et leur architecture jouent également un rôle important sur les œuvres publiques, et c’est intéressant de voir comment les personnes réagissent. Ça peut aussi permettre à des communautés de promouvoir des facettes de leur identité, des messages.

La murale de Franco Égalité en hommage à Nelson Mandela à Montréal.
La murale de Franco Égalité en hommage à Nelson Mandela à Montréal. Crédit : MU.

C’est pour ces raisons que l’art public est ce que j’essaie de faire le plus. J'écoute le lieu, j’observe les personnes qui le composent, comment elles se l’approprient, puis j’en dégage une palette de couleurs et une composition qui les reflètent. Par exemple, pour le terrain de basketball dans La Petite-Italie, j’ai appris qu’il y avait énormément de personnes qui se croisent ici. Les gens viennent d’un peu partout pour jouer ici, il y a des familles qui passent sur le terrain pour amener leurs enfants au parc, etc. C’est cet entrecroisement que j'ai illustré dans l'œuvre. 

Pour la murale que j’ai réalisée sur le Plateau-Mont-Royal à l’occasion du 50e anniversaire de Ballets Jazz Montréal, en plus de la danse, je me suis vraiment inspiré des ombres et de la lumière provoquées par le passage du soleil au cours de la journée sur le mur. Il y a un moment, dans l'après-midi, où le soleil de mon œuvre est presque parallèle au vrai soleil! J’essaie toujours de collaborer avec la lumière, le quartier, ses résidents et résidentes. 

Deux photos de la murale réalisée à l'occasion du 50e anniversaire de Ballets Jazz Montréal.
Murale réalisée pour Ballets Jazz Montréal. Crédit : Mu/Olivier Bousquet.

C’est une joie, pour moi, de faire honneur aux lieux et aux gens qui y vivent.

 

Cite-nous quelques-unes de tes inspirations.

Les artistes qui m’inspirent se retrouvent à travers différentes disciplines; je les apprécie pour leur philosophie et leurs idées sur la création. Mes professeurs m’avaient conseillé de ne pas trouver mes sources d’inspiration dans le même terrain de jeu que moi, mais d’aller vers des domaines connexes, pour tenter ensuite de traduire en arts visuels des éléments qui m’interpellent. 

Ma mère m’a beaucoup influencé avec ses propres goûts et m’a fait beaucoup écouter de films de la Nouvelle Vague; beaucoup de Jean-Luc Godard, de François Truffaut… Sinon, côté cinéma, je dois aussi mentionner Denis Villeneuve; quand j’ai regardé Incendies, c’est lui qui m’a fait comprendre ce langage-là des émotions qui s’expriment à travers l’image. 

J'aime beaucoup la danse, et le film sur la danseuse allemande Pina Bausch m’a beaucoup marqué. Cette représentation des émotions en mouvements, elle l’a fait avec aplomb. J’aime aussi les mots, et j’adore la poète Louise Glück. Dans les arts visuels, c’est difficile de choisir, mais : le peintre Rothko, pour sa perception de la couleur, et j’apprécie aussi le travail d’Edward Hopper. Je pense que le langage cinématographique américain n’aurait pas existé sans ses toiles!

Deux oeuvres de l'artiste Franco Égalité.
Deux oeuvres de Franco Égalité.

 

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