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Rencontre littéraire Pour emporter avec Samuel Archibald

Rencontre littéraire Pour emporter avec Samuel Archibald

Thomas Dallaire-Boudreault

7 octobre 2020

Il est auteur à succès, scénariste et enseignant en création littéraire et en scénarisation. Depuis sont premier ouvrage, Arvida, paru en 2011, Samuel Archibald a écrit pour la télévision, le cinéma, le théâtre, la jeunesse. Présentement au Lac-St-Jean, son havre de paix natal qui l’inspire tant, il planche sur une suite à son livre jeunesse Tommy l’enfant loup ainsi que sur une série lourde avec les même collaborateurs que Terreur 404.

Nous avons pris de ses nouvelles dans cette Rencontre littéraire… Pour emporter!
 


Lors de son passage à l’émission Pour emporter, Louise Latraverse a confié à France Beaudoin son affection particulière pour l’oeuvre de Samuel Archibald.
Ce vendredi à 20h, France Beaudoin reçoit l’écrivaine Kim Thuy.


 

Samuel, comme auteur, comment avez-vous vécu la première vague de la pandémie?
Je te dirais que c’est un peu en mode pendule. C’est certain qu’une situation comme ça, ça crée de l’anxiété. Comme plusieurs de mes amis auteurs, j’étais complètement bloqué à certains moments et, parfois, la création devenait un peu le seul refuge et j'avais de grosses périodes de productivité. Donc, ça a été un petit peu des deux. Mon escapade en région de cet été au Saguenay–Lac-Saint-Jean a été pour reprendre des forces.

 

Vous y retournez d’ailleurs à chaque été. Comment vivez-vous ces moments?
C’est un peu spirituel. Je ne sais pas trop comment expliquer, sans sonner trop new age (rires). Je me retrouve chaque été chez mon grand-père qui a un énorme terrain au Lac Saint-Jean sur lequel ma mère et moi avons une roulotte. D’être sur le bord du Lac comme ça, surtout avec les enfants, je te dirais que c’est comme revivre mon enfance dans un autre rôle. Il y a quelque chose de magique dans le fait de voir mes enfants faire les mêmes jeux auxquels moi je jouais quand j’étais enfant. Il y a vraiment quelque chose de revigorant là-dedans. Je pense aussi que pour l’écriture, la région va toujours rester une grande source d’inspiration. C’est comme me brancher sur une mémoire vive. Au lieu de penser à mes souvenirs, c’est comme aller directement dedans. J’ai plein d’idées qui me viennent quand je suis là-bas, sur place.

 

Quel est votre souvenir littéraire le plus lointain?
Mon premier grand amour littéraire, ça a été Stephen King. C’était vraiment l’écrivain le plus cool au monde à l’époque… et ça l’est peut-être encore aujourd’hui! Je suis un enfant des années 1980. Le découvrir a été très important pour moi ne serait-ce que par la proximité. Étant un gars du Saguenay, de lire des histoires qui mettaient en scène la classe ouvrière, je trouvais que c’était très proche de ma réalité.

J’ai eu un professeur au cégep qui a dit quelque chose qui m’a personnellement marqué : « Il y a des auteurs qui nous donnent envie de lire et il y a des auteurs qui nous donnent envie de d'écrire. » Quand j’ai lu King, c’est vraiment à ce moment précis que j’ai eu ce flash d’écrire des histoires sur des gens qui sont autour de moi, en rajoutant évidemment des monstres et des fantômes. Ça a été un gros déclic pour moi autour de 12 ou 13 ans.

 

Vous dites souvent que la peur est une sorte de moteur créatif pour vous. Expliquez-nous en quoi cette émotion vous inspire?
Je pense qu’il y a quelque chose de très cathartique par rapport à la peur et à l’horreur. Je pense que c’est le fruit de l’imagination d’être un enfant un peu peureux. Tu te racontes des peurs, comme on disait chez moi. Je faisais de gros cauchemars, des terreurs nocturnes. Quand j’ai commencé à écrire, au lieu d’être victime de mes peurs, je les mettais en scène et j’en faisais un matériau. Je pouvais arriver à m’amuser avec ça.


 

Je pense que c’est le grand pouvoir de l’horreur : de nous aider à faire la paix avec nos démons et de nous aider à les apprivoiser. En même temps, ça nous permet de créer un genre de safe space paradoxal, puisqu’on crée de la fiction qui peut être terrifiante, mais ça permet de gérer les traumatismes et de les vivre directement.
- Samuel Archibald

 

Abordez-vous l’écriture d’un livre jeunesse de la même façon qu’un roman ou d’un recueil de nouvelles?
Ce n’est pas la chose que j’ai faite en premier en commençant. J’ai même longtemps hésité avant de me lancer avec Tommy l’enfant loup. J’ai par ailleurs écrit la suite en 4 ou 5 jours en confinement! Ça a été durant l’une de mes périodes créatives pendant la crise! (Rires) C’est parti des histoires que je racontais à mes enfants. Ils m’ont suggéré d’écrire quelque chose avec elles. C’est vraiment eux qui m’ont mis cette idée dans la tête. Au début, j’avais quelques craintes, puisque je voulais rester dans les mêmes thématiques. Je ne voulais surtout pas écrire de la littérature jeunesse qui va faire en sorte que les enfants ne dorment plus! En même temps, en restant dans mes territoires habituels, la peur par exemple, il y a des éléments mystérieux qui peuvent intéresser les enfants.

 

Tommy l'enfant loup, Samuel Archibald, Julie Rocheleau, Le Quartanier Porc-Épic, 2015


Quand j’ai commencé à écrire pour eux, au-delà de la contrainte, je me suis aperçu qu’il y avait au contraire une sorte de liberté. Quand on écrit pour les adultes, la principale différence, c’est le vécu. Comme auteur, on se demande à quoi le lectorat va s’attendre et comment je vais déjouer ces attentes-là. Alors que pour les enfants, tu leur apprends des choses, tu peux leur rejouer de vieux punchs qu’ils n’ont jamais lus, tout ton sac à surprises redevient valide.
 

En apprenant à un jeune public à se faire raconter des histoires, tu retrouves aussi ton plaisir à écrire, sans trop intellectualiser le geste. Il y a très très peu de contraintes finalement en littérature jeunesse.
- Samuel Archibald

 

Après Terreur 404, quels sont vos projets télé actuels?
Terreur 404, après deux saisons, on s’est dit qu’on arrêterait. C’était super le fun à faire, mais il y avait des défis au niveau du concept : quelle est la pire chose qui pourrait t’arriver sur différentes applications? Ce pitch là est devenu notre façon de travailler. Toute l’équipe, avec Sébastien Diaz et moi, on s’assoyait et on se demandait, par exemple, si on faisait un épisode sur le AirBNB, sur le co-voiturage, Tinder… À un moment donné, il ne reste juste plus d’applications à aborder. Peut-être qu’on n’a pas fait le tour complètement, mais on se disait qu’on était mieux de s’arrêter. Je pense que ce qui a été merveilleux, autant pour le réalisateur Sébastien Diaz que pour William S. Messier et moi comme scénaristes, c 'est que le projet promené un peu partout dans le monde en plus d'être beaucoup regardé au Québec! 

Ce succès nous a permis de travailler sur notre projet actuel. En ce moment, toujours avec la même équipe, on travaille sur une série lourde pour la télévision, mais qui reste dans le genre du suspense et du thriller. Je vois ce projet comme un enfant de Terreur 404.

 

Photo: Productions Casablanca

Comment as-tu vécu ton expérience de scénariste? Était-ce une transition difficile? 
C’est une grosse transition. C’est deux bêtes différentes. Il faut juste apprendre à ce qu’un ne nuise pas à l’autre et à ce que les deux se nourrissent. Quand on écrit pour l’imprimé, pour un roman, du théâtre ou des nouvelles, tu peux commencer à écrire sans savoir exactement ce qui s’en vient. C’est la beauté de la chose. Tu peux te laisser porter et découvrir en même temps que tes lecteurs qui sont tes personnages, ton histoire. En scénarisation, tu es toujours en train de  faire vérifier ton scénario par des producteurs, des diffuseurs ou de le modifier pour des questions budgétaires. Ton idéation est alors en amont. Il faut que tu saches exactement ton histoire, de la manière dont elle sera structurée, de bien définir tes personnages, et ce avant même de commencer officiellement l’écriture. On n’a pas la même liberté au niveau des thèmes qu’en écriture traditionnelle. Beaucoup plus de contraintes. Mais je trouve que ça peut devenir vraiment trippant, puisque c’est comme deux avenues qui se nourrissent l’un et l’autre.

 

Quand j’ai énormément mis de temps sur mes projets de scénarios et que je reviens à l’écriture d’un roman, il y a une fraicheur que je retrouve, une liberté. Alors qu’à l’inverse, on peut se perdre un peu dans l’écriture d’un roman. Alors c’est bien de retourner dans un structure plus définie. C’est un bel équilibre qui est très nourrissant.

- Samuel Archibald

 

Comment le fait d’être enseignant en création littéraire et en scénarisation à l’université t’influence comme auteur?
Il existe une formule que j’ai entendue souvent : la meilleure façon d’apprendre quelque chose, c’est de l’enseigner. Je trouve que c’est ça et ça m’a beaucoup aidé. C’est comme un genre de psychothérapie. Si tu veux transmettre tes façons de faire et tes façons de travailler, il faut que tu les comprennes bien. C’est super nourrissant et stimulant de s’arrêter et d’observer comment on travaille. Quels sont nos réflexes inconscients? En montant mes cours ou en les donnant, je mets le doigt sur des tics que j’ai, la façon dont j’ai corrigé certains défauts, de trouver des solutions à mes problèmes. Je n’aurais jamais pu le savoir autrement qu’en enseignant. Finalement, mon premier public comme enseignant, c’est moi.


C’est aussi un beau cadeau d’être capable de faire avancer des gens, de les guider. Tout ce que tu as acquis par essais-erreurs, tu peux le transmettre en version abrégée et peut-être même leur sauver un peu de temps! Il y a quelque chose de vraiment galvanisant dans l’enseignement quand tu aimes ça.

 

Qu’est-ce que vous ressentez quand vous pensez à votre oeuvre jusqu’à maintenant?
(Rires) C’est difficile à dire!  Chez moi, je n’ai pas un rayon de bibliothèque dédié à mes livres. Je ne suis pas toujours dans la contemplation de ce que je fais. Par contre, ce qui est beau, c’est quand on rencontre des lecteurs est qu’ils t’en parlent. Ça te ramène un peu à ce que tu as fait. C’est souvent des bouffées grandes émotions. Moi, j’ai de la misère à prendre des compliments. Je m’habitue en vieillissant, mais c’est comme une fierté qui est difficile à assumer. Quand ça fait longtemps que tu n’as pas pensé à un texte et que quelque’un arrive pour te dire qu’il a capoté dessus, c’est vraiment des petites montées d’émotions. 


Ce qui est beau avec le livre, c’est que ce n’est jamais périmé. Tu peux continuer à avoir des échos des gens après des années.

 

Merci pour votre temps, Samuel!

 

 

Suggestion littéraire de Louise Latraverse à Pour emporter 

Arvida, Samuel Archibald, 2011, Éditions Polygraphe

 



compléments 

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Arvida, de Samuel Archibald (Radio-Canada ARTS)