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C’est vendredi à 20 h que s’amorcera la quatrième saison de Pour emporter, émission phare d’ICI ARTV animée par France Beaudoin. Dans un décor intimiste, l’animatrice et ses trois musiciens accueilleront chaque semaine une personnalité québécoise afin de discuter de son parcours, autant personnel que professionnel, ainsi que de certaines des œuvres l’ayant marquée.

C’est la chanteuse et comédienne Mélissa Bédard qui sera en vedette vendredi soir; pas besoin de vous dire qu’il y aura beaucoup d’énergie sur le plateau! Parmi les œuvres recommandées par cette artiste aux nombreux talents figure le livre jeunesse La soupe aux allumettes, écrit par Patrice Michaud et illustré par Guillaume Perreault.

Nous avons récemment eu la chance de discuter avec l’illustrateur de renom afin d’en savoir plus sur sa démarche artistique ainsi que sur le processus de création du livre recommandé par Mélissa Bédard.

Voici le compte-rendu de cet entretien.

 

Comment abordes-tu un nouveau mandat d’illustration?

J’essaie pour chacun de mes mandats d’avoir une approche différente, de traiter chaque mandat comme étant unique. Oui, j’ai une signature et un style, une manière d’appliquer mes couleurs, de créer mes personnages, mais j’aime que mes illustrations soient singulières. Je tente de m’adapter au ton de l’auteur et de l’histoire qu’il veut raconter. Je pense que c’est ce qui fait que d’un livre à l’autre, on peut voir que certaines de mes œuvres sont un peu plus rigolotes, d’autres plus chargées, plus épurées. J’essaie d’y aller avec l’émotion, le vibe qu’on souhaite donner au livre. 

Pour La soupe aux allumettes, le ton était quand même assez comique, donc on voulait avoir des personnages joviaux et des couleurs éclatées. C’est Patrice [Michaud] qui a demandé à ce qu’on collabore; il aimait mon travail. C’est un gros fan du Facteur de l’espace, qu’il a découvert avec ses enfants, alors c’est sûr qu’il avait déjà des références pour les couleurs et les personnages. Pour illustrer son histoire, on a fait un mélange de ce que Patrice aimait de ce que j’avais fait et de ce que j’ai perçu en lisant son texte.

La soupe aux allumettes, illustrations de Guillaume PerreaultLa soupe aux allumettes, illustrations de Guillaume Perreault

 

Comment est-ce qu’une collaboration comme celle-là fonctionne?

Généralement, quand c’est une collaboration comme pour La soupe aux allumettes, la maison d’édition me propose le texte, qui est habituellement en version définitive ou presque. Ce qui est important, c’est que j’aie déjà une idée du texte complet dès le moment où je commence à m’impliquer. Ce que j’aime beaucoup faire avec les auteurs avec qui je travaille, c’est de commencer par des discussions. J’aime rencontrer l’auteur en personne pour qu’il me parle de son texte, qu’il me dise ce qui lui ferait plaisir, pourquoi il m’a choisi; juste essayer de comprendre le message qu’il souhaite faire passer ou préciser un élément que je n’aurais peut-être pas bien compris...

 

Quel est le plus grand défi quand vient le temps d’illustrer des textes d’une autre personne, comme dans le cas de La soupe aux allumettes?

Le plus grand défi, je pense que c’est de satisfaire l’auteur, parce que quand on travaille à partir des textes de quelqu’un d’autre, on ne sait pas nécessairement ce qu’il y avait dans sa tête; c’est la raison pour laquelle cette première rencontre est aussi importante. Je me glisse dans le rôle d’un client ou peut-être même d’un psychologue pour piocher dans la tête de l’auteur et dénicher le plus d’informations possible. En y repensant, je dirais que le plus grand défi, c’est de le surprendre. Il faut au minimum répondre aux attentes de l’auteur tout en restant fidèle à ce qu’il voulait dire. J’aime faire des propositions inattendues qui, je l’espère, vont faire passer le livre à un niveau supérieur. Des fois, on doit proposer quelque chose qui n’est pas du tout ce que l’auteur avait en tête pour faire bouger sa perspective et brasser les choses.

Pour La soupe aux allumettes par exemple, Patrice a écrit une histoire qui parle d’aventure et d’amitié, qui se révèle être une histoire d’amour à la toute fin. Ce qu’on voit du livre, c’est d’abord une histoire d’entraide entre deux amis. C’est un livre qui parle de l’amitié, de ce qu’on est prêt à faire pour les autres, sauf que la touche d’histoire d’amour à la fin, ça s’avère important.

La soupe aux allumettes, illustrations de Guillaume PerreaultLa soupe aux allumettes, illustrations de Guillaume Perreault

 

Que retiens-tu de cette collaboration avec Patrice Michaud?

C’était franchement intéressant. Ce que j’ai aimé de Patrice aussi, c’est qu’il a une grande carrière artistique à lui, mais qu’il est arrivé dans le domaine de l’édition avec humilité, comme il ne le connaissait pas. Il savait qu’il n’était pas dans son domaine et qu’il avait des croûtes à manger. Ironiquement, en édition, j’ai plus d’expérience que lui. C’est sûr qu’il y a eu un apprentissage à faire de son côté sur la façon de monter un livre et sur le milieu de l’édition en général. Ce que j’ai beaucoup aimé, c’est qu’il était prêt à accepter des commentaires, à prendre les propositions pour améliorer le texte. J’ai aimé son ouverture et son humilité malgré sa grande carrière artistique.

 

Quelle est la plus grande fierté que tu tires de l’illustration?

C’est une grande question, mais je dirais que c’est de faire sourire les gens, même si c’est un peu simple comme réponse. On peut tous avoir des journées plus difficiles à l’école ou au travail, qu’on ait 5 ou 50 ans. Si les gens ouvrent un livre dans lequel j’ai réalisé des illustrations qui tirent un peu plus sur le côté comique, qu’ils tournent une page et rient à cause d’un détail dans l’arrière-plan ou d’une bonne blague, j’ai réussi ce que je voulais faire. J’aime sortir les gens de la monotonie, les faire sourire, répandre un peu de joie (rires).

Illustrations de Guillaume PerreaultIllustrations de Guillaume Perreault

 

Quel livre (ou illustrateur ou illustratrice) t’a le plus marqué?

Quand les créateurs comme moi, on se fait poser ce type de questions, j’ai l’impression qu’on s’attend à ce qu’on ait de grandes réponses, comme si on était des bébittes qui avaient lu des romans scandinaves à l’âge de 6 ans ou que l’on connaissait des illustrateurs que personne ne connaît, mais ce n’est pas le cas (rires). J’ai eu une enfance bien ordinaire, comme tout le monde. J’ai adoré mes albums de Spirou, de Tintin et d’Astérix. J’ai commencé à la même place que tout le monde et je ne crois pas qu’il y a nécessairement une œuvre qui m’a plus marqué qu’une autre. 

J’ai commencé à dessiner comme tout le monde : en barbouillant. La seule différence entre toi et moi, c’est que je n’ai jamais arrêté de dessiner. Tout le monde l’a fait un jour, c’est juste que moi, le crayon m’intéressait plus que le ballon de soccer. J’ai continué comme ça. Ensuite, je recopiais Tintin, Obélix. Et je me suis dit que je pouvais le recopier et faire bouger son bras. Là, je venais d’inventer un dessin. Quand j’étais jeune, je recopiais les personnages pour comprendre comment on dessine une main, un personnage qui se fait donner un coup de bâton sur la tête; tous ces petits clichés-là, que ce soit un Garfield ou un Tintin. J’ai l’impression que j’en ai appris, juste en feuilletant une tonne de BD. Sinon, je me rappelle qu’un des livres qui m’a le plus marqué, quand j’étais ado ou jeune adulte, c’était Le hobbit, qui n’était pas une bande dessinée. C’est en lisant ce roman que je me suis rendu compte qu’on peut créer de la grande aventure. 

 

Guillaume Perreault, merci beaucoup!

 

Ne manquez pas la première émission de la quatrième saison de Pour emporter avec Mélissa Bédard comme invitée, vendredi à 20 h sur ICI ARTV!

 

France Beaudoin nous a accordé une entrevue avant le début de cette nouvelle saison :

 

Pour découvrir le travail de Guillaume Perreault, rendez-vous sur son site web.


À bientôt pour une Rencontre littérairePour emporter!

 

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