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Rencontre littéraire Pour emporter – Jean-Yves Girard
Jean-Yves Girard, crédit photo: Jocelyn Michel

L’humoriste, comédien, scénariste et producteur Louis Morissette était l’invité de France Beaudoin à Pour emporter sur ICI ARTV. Parmi les œuvres qu’il a recommandées se trouve la biographie de Michel Courtemanche Faces à faces, écrite par le journaliste Jean-Yves Girard. Ce dernier est passé maître dans l’art de raconter la vie de gens au parcours hors de l’ordinaire, alors qu’il a aussi signé les biographies de la comédienne France Castel et de la chanteuse Claudette Dion.

Nous avons eu la chance de discuter avec lui tout récemment de cette forme d’écriture bien particulière.

Voici le compte rendu de cet entretien.

 

Qu’est-ce qui vous a mené à l’écriture?

J’ai toujours voulu écrire; je pense que je suis né avec cette envie-là. J’ai fait des études en journalisme, puis j’ai commencé à écrire des articles. Il y a cinq ans, on m’a demandé de faire la biographie de France Castel. C’est bizarre à dire, mais j’ai toujours voulu devenir biographe. Je me souviens, quand j’étais jeune : j’ai vu un film sur la vie d’Isadora Duncan, une grande danseuse américaine. Là-dedans, il y avait un jeune journaliste qui écrivait la vie de cette artiste, qui était quelqu’un de très particulier. Elle a eu une vie absolument incroyable et elle est morte de façon très célèbre, soit en étant étranglée par son foulard qui s’est pris dans la roue arrière d’une Bugatti alors qu’elle était sur la Côte d’Azur. J’ai vu ce film et ça m’a donné envie d’écrire la vie de quelqu’un qui a vécu des choses extraordinaires. C’est finalement arrivé 30 ans plus tard! (rires)

 

Comment avez-vous commencé à écrire des biographies?

J’ai commencé avec quelqu’un qui a eu une vie assez riche, si on peut dire : France Castel. Ça s’est très bien passé. Comme ça faisait longtemps que je faisais des portraits de personnalités connues pour des magazines, de Véronique Cloutier à la veuve du shah d’Iran en passant par l’actrice qui a joué Emmanuelle, j’ai développé cette habileté-là à faire parler les gens et à faire des portraits. Évidemment, écrire des biographies, c’est une chose; c’est beaucoup de travail, mais c’est plus que ça. C’est de se rendre dans le vrai du vrai; on devient une espèce de thérapeute. Dans le cas de personnalités comme France Castel, c’est assez spécial, parce qu’elle avait fait beaucoup de thérapie, donc elle était habituée à se livrer, ce qui n’est pas toujours le cas des gens qu’on interviewe. Ça a été une expérience vraiment le fun, très intense, parce que je n’avais pas beaucoup de temps pour le faire.

Ensuite, au lancement du livre de France, il y avait Claudette Dion, qui est une de ses amies. Elle a lu la biographie et elle a beaucoup aimé ça. Elle avait été approchée par plusieurs maisons d’édition pour faire un livre sur sa vie avec le contexte familial bien particulier, surtout en raison de sa sœur Céline. Finalement, elle m’a demandé si je voulais le faire et j’ai accepté.

 

Et comment en êtes-vous venu à raconter la vie de Michel Courtemanche dans votre livre Face à faces?

Je terminais l’écriture de cette deuxième biographie-là quand KO Média voulait lancer une maison d’édition, qui s’appellera éventuellement KO Éditions. Le premier livre que la nouvelle maison souhaitait faire, c’était la biographie de Michel Courtemanche. Ce que j’ai su, c’est que Louis Morissette est un fan de Michel. Comme c’est le cas chez plusieurs humoristes, Michel Courtemanche est une référence à plusieurs niveaux pour lui, même au niveau du succès qu’il a eu. On oublie à quel point Michel a eu un succès énorme. Après France Castel et Claudette Dion, j’entre dans le monde d’un humoriste, mais aussi celui de la bipolarité, parce que Michel en est atteint. Son parcours, c’est celui d’un jeune inconnu qui devient une vedette internationale très jeune. Il y a la montée fulgurante, un plateau, et la chute, qui est encore plus grande; les années d’après et tout ça... Comme biographie, c’est assez riche. C’était quelqu’un que je devais aller chercher. Il fallait que je creuse; pas malgré lui, mais je suis allé à la pêche à l’information, parce qu’il a à la fois une mémoire parfaite et des trous de mémoire gigantesques.

C’était beaucoup de recherche et, dans le cas de Michel, j’ai aussi interviewé beaucoup de personnes qui ont travaillé avec lui, comme Marc Brunet, Claude Legault et Lise Dion. J’ai aussi rencontré son médecin traitant, qui a détaillé le cas Michel Courtemanche d’un point de vue médical. D’habitude, on ne fait pas ça, mais Michel est un livre ouvert. C’est la personne que j’ai rencontrée pour faire mes biographies qui m’a tout dit. Avec Michel, il n’y avait aucune censure.

 

Qu’avez-vous tiré de cette expérience?

Du point de vue de la célébrité, quand tu lis son parcours, tu constates qu’il n’a pas été assez bien entouré, parce qu’il n’avait pas les outils, comme plusieurs autres vedettes qui deviennent très vite célèbres. C’était un « ti-cul » de Laval; il n’avait aucune notion d’argent. Il faisait confiance à son entourage et il n’avait pas le choix, parce qu’il ne connaissait pas ça. Tu peux être très bon dans un domaine et très poche dans un autre. Michel était très bon dans son domaine, mais pas dans les finances et tout ça. Ce n’est pas le premier à avoir eu l’impression très forte d’avoir été exploité, d’avoir été mal géré. Leonard Cohen a été floué de plusieurs millions par son agente, qui était sa maîtresse... Il y a beaucoup d’histoires comme celle-là. Tout ça pour dire que, quand quelqu’un devient célèbre très vite, il faut qu’il soit bien entouré, sinon, ça peut vraiment mal tourner.

Ce que j’ai appris aussi, c’est que si je suis capable d’écrire la biographie de Michel Courtemanche, honnêtement, je suis capable de le faire avec n’importe qui d’autre. Ce n’était pas évident, comme c’est quelqu’un de peu de mots. Il y avait des journées plus difficiles... C’est très intense et, dans le cas de Michel, c’est quelqu’un qui te donne sa vie et qui te fait confiance avec ça. C’est un cadeau, mais tu te sens tributaire d’une vie. Ça me touche beaucoup; ça m’émeut que quelqu’un me fasse autant confiance. Je me sens la responsabilité d’être à la hauteur de cette confiance-là. C’est pour ça que je travaille.

 

Quel est le plus grand défi dans l’écriture d’une biographie?

Il y a des gens, comme France, avec qui je discutais de sujets un peu plus sensibles, comme elle a des enfants. Ça n’a pas été facile pour eux; ça doit être pris en considération lors de l’écriture. Une journée, elle ne veut plus dire telle chose; le lendemain, elle change d’idée. Comment on dit quelque chose... Il y a une façon d’écrire les choses très personnelles, très intimes, pour que ça passe mieux, plutôt que de les écrire plus directement.

Avec Michel aussi, j’ai dû faire ça. Savoir jusqu’où aller et comment l’écrire, c’est un art qu’on développe avec la personne. Ce qui est le plus important, c’est que le sujet de la biographie ait confiance en toi. Dans tout ce processus, il y a des jours où c’est plus difficile, parce que la personne hésite. Avec France, c’était un peu comme ça, parfois. C’est dur, aussi, d’aller fouiller dans ses souvenirs, surtout ceux qui ravivent des blessures du passé.

 

Quel livre, quel auteur ou quelle autrice vous a le plus marqué?

J’aime les biographies qui sortent de l’ordinaire, comme celle de Keith Richards. Quand c’est une biographie du type « Je suis né le 12 septembre 1928… », je trouve ça très plate. Il y a une façon de raconter une vie qui est plus intéressante! Il y a des biographies que je commence et que je ne finis pas parce qu’elles m’ennuient. Il y en a que je dévore. En même temps, on me demande, des fois : « Est-ce que tu ferais la vie de gens ordinaires? » Il n’y a personne d’ordinaire. On n’a pas besoin d’être Mick Jagger pour avoir une vie extraordinaire. Tu prends quelqu’un qui vit 80 ans : cette personne-là en a vécu, des choses. Non, elle n’a pas fait le tour du monde dans un jet et n’a pas eu 14 femmes, mais tout le monde vit des événements particuliers. Il n’y a pas une vie qui ne mérite pas d’être contée. C’est juste que ça prend quelqu’un qui est capable de le raconter de façon intéressante. 

 

Jean-Yves Girard, merci beaucoup!

 

Ne manquez pas Pour emporter le vendredi à 20 h sur ICI ARTV.