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Artiste à découvrir : Mathieu Labrecque, illustrateur

Artiste à découvrir : Mathieu Labrecque, illustrateur
packaging pour la microbrasserie Dunham, Mathieu Labrecque

Enveloppé de musique et entouré de ses bandes dessinées, il crée et expérimente sur un pupitre d’écolier converti en table lumineuse. Découvrez les œuvres aux couleurs franches de l’illustrateur Mathieu Labrecque.

 

Racontez-moi un souvenir de jeunesse qui a pu avoir une influence sur votre envie de créer par l’illustration.

Quand j’étais enfant, je lisais et relisais beaucoup une collection de livres-jeux que j’avais à la maison. Je me rappelle que j’étais en immersion totale dans leur univers, et je crois que leur aspect interactif a beaucoup développé ma sensibilité aux images et ma façon d’analyser ce qu’elles racontent. Les livres de Stephen Biesty avec leurs vues en coupe de châteaux et de navires dévoilant des centaines de personnages en action m’ont aussi beaucoup marqué. J’adorais scruter ces illustrations complexes dans l’espoir d’y découvrir un nouvel élément ou un nouveau lien à faire entre deux personnages. 

 

Quelles sont vos sources d'inspiration?

La musique, les animaux et les théories du cinématographe Robert Bresson.

carte de souhaits Paperole et couverture du Bulletin municipal de la Ville de Laval, Mathieu LabrecqueCarte de souhaits Paperole et couverture du bulletin municipal de la Ville de Laval, Mathieu Labrecque

Quel est votre lieu le plus inspirant?

Depuis plus d’une décennie, je dessine exclusivement sur un pupitre d’écolier que j’ai transformé en table lumineuse. Il est parfaitement incliné et sa surface est juste assez grande. Une fois que j’y suis installé, je suis complètement concentré. Quand je le regarde de loin, il m’inspire à travailler.

 

Votre univers fourmille de personnages fabuleux, d’animaux fantastiques et de végétation luxuriante. Parlez-moi de votre processus créatif.

Je commence toujours en dessinant pendant quelques heures sans trop réfléchir. Beaucoup de personnages naissent à ce moment-là. La réflexion vient dans un second temps, quand je sens que j’ai suffisamment de matière pour faire le tri. Je mets en scène les éléments jugés intéressants en procédant par collage sur ma table lumineuse jusqu’à ce que des concepts prennent forment. J’ajuste et j’ajoute des éléments en me laissant inspirer par ce que les dessins commencent à raconter. Je prends beaucoup de courtes marches durant cette étape en continuant à faire des liens dans ma tête. L’idée est de toujours être en mouvement. Si je sens que je tourne en rond, je retourne à la toute première phase, plus intuitive, pour générer des éléments neufs. Je ne me suis jamais préoccupé de la question du style; je crois que c’est en travaillant et en expérimentant qu’il s’affirme malgré nous. 

Couverture du magazine Lire, Le Devoir et illustration éditoriale pour The New York Times, Mathieu LabrecqueCouverture du magazine Lire, Le Devoir et illustration éditoriale pour The New York Times, Mathieu Labrecque

 


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Vous créez des images fortes de symbolisme pour illustrer des livres, des magazines et des journaux. Comment réussissez-vous à conceptualiser au-delà des clichés visuels?

Je ne mets généralement pas mon art au service d’une idée préalable. Mon idée doit être indissociable des moyens de l’illustration. Je veux être le premier à être surpris par ce qui émergera de l’accumulation et de la trituration de lignes, de formes, de personnages, d’objets, etc. Mon processus consiste beaucoup à jouer longuement avec la matière et je crois qu’on peut sentir cet esprit de jeu dans le résultat.

 

Quelle importance accordez-vous à la bande dessinée dans votre vie?

La grande majorité des livres que je possède sont des bandes dessinées. C’est un art que j’aime explorer, car ça me permet d’aborder la narration d’une manière plus substantielle. 

Traduction coréenne du livre jeunesse Un camion! Quel Camion? et Oppo, planche tirée d’un projet de bande dessinée, Mathieu LabrecqueTraduction coréenne du livre jeunesse Un camion! Quel Camion? et Oppo, planche tirée d’un projet de bande dessinée, Mathieu Labrecque

Décrivez-moi l’ambiance sonore qui alimente votre processus créatif.

La première phase se fait généralement dans le silence, en accord avec ma page blanche. Je mets ensuite peu à peu de la musique en adaptant mes choix musicaux en fonction du genre d’illustration que j’ai à réaliser. J’écoute beaucoup de groupes japonais de musique rock progressif, électronique, pop ou d’ambiance des années 80. Par exemple, les rythmes et les sons étranges de l’album Philharmony de Haruomi Hosono m’interpellent, me stimulent et me captivent. Ce sont des effets que j’essaie de créer dans mes images.

 

Qu’est-ce qui se retrouve sur votre table de travail?

Sur mon pupitre, il y a une équerre, une règle, des crayons Micron, du papier et une tasse de café.

murale pour le restaurant Alphonse et illustrations pour la microbrasserie Le Ketch (design par le studio Billyclub), Mathieu LabrecqueMurale pour le restaurant Alphonse et illustrations pour la microbrasserie Le Ketch (design par le studio Billyclub), Mathieu Labrecque

Parlez-moi d’un ou d’une artiste de votre discipline que vous affectionnez particulièrement.

Il m’est difficile de choisir une seule personne, mais Igor Bastidas est l’un des artistes dont j’admire le plus le travail en ce moment. Ses illustrations et ses animations sont toujours vibrantes. Il arrive à chaque fois à livrer des concepts ingénieux dans une forme simple et captivante.

 

Faites-nous part d'un de vos coups de cœur culturels marquants.

Les scènes musicales underground de Québec et de Montréal m’inspirent depuis que j’ai 15 ans. Ça m’a motivé à jouer de la musique pendant plusieurs années, principalement de la batterie. L’approche expérimentale du processus créatif que j’ai en illustration me vient beaucoup de celui de la composition musicale. Je ne joue presque plus de musique depuis quatre ans parce que l’illustration occupe maintenant tout mon temps.

 

Nommez-moi quelques objets importants de votre vie créative.

Mon pupitre, la musique qui m’accompagne quand je travaille, et les livres qui sont rangés un peu partout autour de moi.

séquence de vidéoclip de la chanson Race du projet Visiteur hibou, Mathieu LabrecqueSéquence de vidéoclip de la chanson Race du projet Visiteur hibou, Mathieu Labrecque

Quel serait l’un de vos rêves de création les plus fous?

J’aimerais beaucoup travailler le textile, fabriquer des tapis, des coussins et des vêtements.

 

Quels sont les projets qui sommeillent dans la tête de Mathieu Labrecque?

J’aimerais travailler sur des projets de livre ou d’animation. Faire une gigantesque murale. De la broderie. Enseigner l’illustration d’ici quelques années.

 

Quel serait votre meilleur conseil à donner aux jeunes artistes en devenir?

Le travail est plus important que le talent.

 

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