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Rencontre littéraire Pour emporter – India Desjardins

Rencontre littéraire Pour emporter – India Desjardins
India Desjardins, crédit photo : Stéphanie Picard

Le 15 octobre à Pour emporter, France Beaudoin a reçu la comédienne Élise Guilbault qui est revenue sur certains des moments charnières de sa vie, notamment en discutant de quelques œuvres qui l’ont amenée à d’importantes réflexions. Parmi celles-ci se trouve le livre Mister Big ou la glorification des amours toxiques, d’India Desjardins, qui traite des effets insoupçonnés que peut avoir la fiction – la relation amoureuse entre Carrie Bradshaw et Mister Big dans Sex and the City dans ce cas-ci – sur la psyché des gens.

Pour en savoir plus sur cet essai de l’autrice des romans de la série Aurélie Laflamme, nous avons récemment eu le plaisir de discuter avec elle.

Voici le compte-rendu de cet entretien.

 

Est-ce que tu écris différemment de la fiction depuis que tu as réfléchi aux effets qu’elle peut avoir sur l’esprit des gens?

Je te dirais que c’était déjà en moi. J’y pensais et j’y étais sensible avant d’écrire Mister Big ou la glorification des amours toxiques, mais sans avoir des preuves que c’était bien réel. Mon essai a simplement permis de mettre les mots et les connaissances sur mes réflexions. Oui, peut-être que ça m’a amenée plus loin dans mon cheminement, mais le but de ma démarche, c’est d’être consciente de ces possibles répercussions et de ne pas se censurer dans la création.

 

Est-ce que tu prends autant de plaisir à écrire un essai qu’un roman?

Ah oui! J’ai tellement eu de plaisir. J’ai écrit mon essai un peu comme si je racontais une histoire. Mes façons d’écrire s’y retrouvent. J’ai beaucoup utilisé le « storytelling » pour que les gens qui le lisent y prennent goût. J’avais envie que ce soit accessible. J’ai pris autant de plaisir que lorsque j’écris de la fiction. Je te dirais même que c’est plus difficile pour moi d’écrire de la fiction depuis le début de la pandémie. C’est comme si la réalité avait pris le dessus et que j’avais besoin de mieux la saisir réalité avant de retomber dans la fiction.

 


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Qu’est-ce qui t’a menée à l’écriture?

Chez moi, j’ai des souvenirs de l’époque où j’écrivais des petites histoires quand j’avais 8 ans. Je faisais un petit livre qui racontait un récit avec une page couverture. Au dos de mes pages brochées, j’écrivais l’heure à laquelle je l’avais terminé et le nom de la collection. À un moment donné, j’avais un ami qui était venu m’aider à faire des boîtes quand je déménageais; ça fait une quinzaine d’années de ça, j’étais en pleine écriture d’un tome de la série Aurélie Laflamme. Il m’a fait la remarque : « Eille, c’est drôle, tu fais exactement ce que tu faisais quand tu avais 8 ans. » Ça a toujours fait partie de moi de raconter des histoires comme ça. L’imaginaire, des fois, c’est une forme de protection quand on est hypersensible. Quand j’analyse un peu ces histoires que j’écrivais quand j’étais petite, je me rends compte que le personnage principal était tout le temps une fille, donc il y avait peut-être un manque quelque part. Quand on me dit que j’écris des histoires de façon différente, je pense que ça a un lien avec le fait que j’ai toujours trouvé que les personnages féminins manquaient. Mes récits mettaient toujours en scène des filles qui affrontaient leurs peurs. Je pense que l’imaginaire, des fois, c’est une façon de se protéger, de conquérir ce qui nous effraie parce que dans les peurs, il y a une partie d’imaginaire. La meilleure façon de les combattre, c’est par l’imaginaire. 

 

Pourquoi écrire? Qu’est-ce que ça t’apporte?

Je pense que ça m’apporte une compréhension des émotions, de l’humain, du monde. C’est aussi une façon de créer des liens parce que, souvent, quand tu ressens quelque chose, tu te sens seul. Les gens me disent souvent qu’ils se sont reconnus, qu’ils se sentent moins seuls après m’avoir lue, que j’ai réussi à mettre des mots sur des émotions qu’ils ressentaient. J’essaie de parler de quelque chose que je ressens, de le mettre dans une histoire; j’ai fait la même chose pour mon essai. Quand les gens me lisent ou m’écrivent et me disent qu’ils se sont reconnus, que ça les a aidés à traverser quelque chose, ça me rend très heureuse. Ce lien-là entre un auteur, une histoire et un lecteur, c’est extraordinaire. Ah, et tout ça peut être mis au féminin. (Rires)

 

Quand tu penses à tes œuvres, quel sentiment t’habite?

La reconnaissance. Je me sens vraiment chanceuse de gagner ma vie en écrivant, comme je le faisais pour le plaisir quand j’avais 8 ans.

 

India Desjardins, merci beaucoup!

 

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