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5 émissions qui ne passeraient plus aujourd’hui

5 émissions qui ne passeraient plus aujourd’hui

Josiane Gosselin et Guillaume Chenail

11 août 2021

Ce billet vous est offert par l'équipe web de C'est juste de la TV.


 

À l’ère du politiquement correct, on s’étonne de voir que plusieurs séries, variétés ou talk-shows comportaient il y a quelques années des propos ou des répliques à faire dresser le poil du public d’aujourd’hui! Dans les années 1970, 1980 ou 1990, il n’était pas rare d’écouter une émission avec un humour grinçant et corrosif qui pouvait irriter les oreilles sensibles.

À l’automne 2020, l’émission culte La petite vie a causé, bien malgré elle, un tollé quand une plainte a surgi concernant l’épisode Le vidéo. Dans cet épisode, Normand Brathwaite y joue Napoléon Kiwi Premier, un Ougandais en visite et qui fait réagir la famille Paré par sa culture et son accent. Il devient la cible de plusieurs gags et railleries. Lors de sa diffusion en 1994-1995, l’épisode en question n’avait pas fait de vagues, ni lors des nombreuses rediffusions. Mais malgré le succès indéniable qu’a connu la série dans les années 1990, on peut s’interroger. Est-ce que certains contenus ou séries ne passeraient plus aujourd’hui? Bien sûr que oui!

L’équipe web de C’est juste de la TV vous invite à replonger dans vos souvenirs avec ces cinq émissions mémorables… qui ne pourraient probablement plus être diffusées de nos jours!

 

Dieu reçoit

L’émission humoristique Dieu reçoit a été diffusée en 1999 à TQS. Animée par Claude Legault qui incarnait Dieu, l’émission présentait une personnalité connue qui mourrait dans des circonstances loufoques et venait visiter Dieu le temps d’une entrevue en studio devant public. Claude Legault était accompagné de Stéphane Crête (Jésus), de Didier Lucien (L’ange), de Louis Champagne (Saint-Pierre) et de France Parent (Nicole, l’assistante de Dieu). Des sketches dans lesquels les comédiens et la comédienne s’en donnaient à cœur joie sur les travers du catholicisme venaient aussi ponctuer l’émission. On avait même droit à des sermons de la part de Dieu lui-même qui se moquait de la race humaine et de « l’Homme », qu’il avait créé à son image.

En 1999, l’émission a reçu de nombreuses plaintes de catholiques qui s’offusquaient du traitement réservé à Dieu, tellement qu’elle a été retirée des ondes après seulement quelques épisodes! À l’époque, on soupçonnait même que les plaintes venaient d’un mouvement organisé. Les catholiques affirmaient que c’était une honte de rire de la religion catholique, que c’était une horreur que des enfants puissent voir ça à 19 h un soir de semaine, en plus d’ajouter que l’émission était irrespectueuse envers toutes les personnes croyantes et que la parodie de Dieu était dégradante! Imaginez… l’émission était diffusée en 1999 (pas en 1959!). La religion avait visiblement encore un rôle important au sein de la société québécoise. Est-ce que l’émission serait viable aujourd’hui? La religion est-elle encore un sujet tabou?

 

Black-out

L’équipe de la rédaction a un petit faible pour l’émission Black-out, probablement l’émission la plus vulgaire jamais faite au Québec! Diffusé à TQS en 1998 et 1999, ce trash-show enregistré au mythique Cabaret Lion d’Or traitait d’une thématique différente à chaque émission et qui faisait évidemment polémique. Le pot, la prostitution, les assistés sociaux, les deux référendums du Québec, la religion ou encore les fétichistes ont été des sujets abordés et qui ont bien sûr causé l’ire des personnes assises dans la salle ou dans leur salon.

Cette émission se voulait un genre de version québécoise de The Jerry Springer Show. Elle cherchait à choquer et à provoquer l’auditoire, coûte que coûte. Que ce soit par les propos souvent fort douteux des panélistes, les envolées d’injures envoyées par le public dans la salle ou des frasques de nudité en ondes, on vivait un « moment » de télé à chaque émission. Le ton montait, les personnes invitées et les gens du public se criaient par la tête ou s’envoyaient promener. Le tout était animé par les « modérateurs » Robert Gillet, accusé dans un scandale sexuel en 2002, et France Gauthier, maintenant auteure et conférencière spirituelle. C’est également dans cette émission qu’on a connu le groupe Crampe en masse (Mathieu Gratton et Ghyslain Dufresne) et leurs chansons humoristiques qui ont connu beaucoup de succès à l’époque avec des titres tels que Les fefis sont fins, Maudit BS et L’agrès. Ça donnait le ton!

Fait à noter : l’émission Black-out est restée en ondes pendant une saison complète malgré toute la controverse qu’elle suscitait!

 

RBO

De 1981 à 1995, le groupe RBO s’est moqué de tout et de tout le monde. Personne n’était épargné. Dans leurs émissions télé à TQS, à Radio-Canada et à TVA, et dans leur spéciale des Fêtes, le groupe réalisait des parodies d’émissions, de publicités populaires, de personnalités connues et même de leurs propres commanditaires avec un humour cinglant et décapant. Vous rappelez-vous la pub de Wall-Mard? « On donne des jobs à du monde qui n’en aurait pas autrement, pis on leur fait faire nos annonces pour sauver de l’argent! »

Les émissions avaient abondamment recours au blackface, regorgeaient de gags sur les blondes nounounes, sur les gros, sur les gais ou sur les policiers (Bonjour la police!). À une ère où l’on envoie des mises en demeure pour un oui ou pour un non, il serait inimaginable de refaire ce genre de sketches aujourd’hui. Alors que plusieurs ont souffert d’être les têtes de Turc de prédilection de RBO, comme Belgazou, d’autres ont plutôt vu les moqueries du groupe comme une consécration!

Pour souligner les 40 ans de RBO, Crave a diffusé cette année la série RBO: The Archives qui regroupait des extraits d’émissions originales diffusées à la fin des années 80. Sachant que certaines blagues pourraient heurter le public d’aujourd’hui, Bell Média diffusait un avertissement au début de chaque épisode pour mettre en contexte l’époque dans laquelle les sketches ont été réalisés.

RBO pouvait se permettre de tenir des propos épouvantables puisqu’il bénéficiait d’une certaine immunité et d’une sympathie du public, qui lui pardonnait presque tout.

 

Testostérone

L’émission Testostérone a été diffusée de 2002 à 2004 à l’antenne du mouton noir de la télé (TQS). L’émission était coanimée par François Massicotte, Marc Boilard, Jean-Michel Dufaux et Mike Ward.

Testostérone se voulait une émission « pour hommes » sans tabou et où tout était permis. Les quatre gars aimaient provoquer et jouer à la fine limite de l’acceptable, au plus grand plaisir du public. Tout dans cette émission puait la testostérone : un logo de l’émission avec des spermatozoïdes, une « fille de ring » sexy comme hôtesse de l’émission, des chroniques du macho Marc Boilard ou encore la mode des pantalons de cuir. Difficile de faire plus boys’ club que ça! Les gags étaient surlignés à gros traits, l’humour était gras et sans finesse.

En 2021, des gags du genre « les femmes sont toutes de même » ou « les femmes conduisent mal », disons que ça ne passe plus.

 

Piment fort

Diffusée de 1993 à 2001 à TVA, la première mouture de Piment fort était grinçante : des personnalités qu’on prenait comme têtes de Turc, des gags méchants à profusion, des cibles faciles et un humour très souvent douteux, c’est ce qui faisait la recette gagnante de la populaire émission. Les humoristes y participant se gâtaient avec des répliques assassines qui faisaient hurler de rire le public du Café Campus.

Piment fort a été le rendez-vous humoristique quotidien de milliers de téléspectateurs et téléspectatrices sur l’heure du souper pendant près de 10 ans! Le célèbre « C’est chaud! C’est chaud! C’est chaud! » de l’animateur Normand Brathwaite est devenu une expression-culte dans notre vocabulaire québécois.

En 2016, la nouvelle mouture de Piment fort n’a pas obtenu le même succès. Plus adoucie et politiquement correcte, l’émission « revampée » a perdu un peu de sa fougue d’antan justement parce que l’humour de la première mouture n’aurait sûrement pas passé. Est-ce que tout succès télé est nécessairement bon à ramener? Permettez-nous d’en douter...

 

On dit souvent que la télévision est le miroir de la société ou encore le reflet d’une époque. Est-ce qu’on est plus sensibles qu’auparavant? Ou est-ce que notre conscience sociale a simplement évolué? À vous de juger!

 


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