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Entretien sur la télé et la diversité avec Nicolas Ouellet
Crédit photo : Alexandre Champagne

Entretien sur la télé et la diversité avec Nicolas Ouellet

Philippe Côté-Giguère

25 février 2021

La diversité est un sujet qui a beaucoup fait jaser au cours des derniers mois, notamment dans le monde télévisuel québécois. L’importance d’avoir des équipes de production composées de personnes issues de milieux différents afin de permettre à un large public de s’identifier à ce qui lui est présenté à l’écran semble enfin avoir été comprise. Par exemple, la production du Bye bye 2020 a inclus des personnes racisées dans l’équipe de création et d’interprètes de la revue annuelle pour répondre à cette demande.

Pour connaître l’opinion d’un spécialiste en la matière, nous avons récemment discuté avec le nouveau collaborateur de C’est juste de la TV Nicolas Ouellet. Ce dernier nous a aussi parlé de son expérience en tant que panéliste aux côtés de l’animatrice Anne-Marie Withenshaw et de ses complices Thérèse Parisien et Nathalie Petrowski, ainsi que de sa vision de la télé de demain.

Voici ce qu’il avait à nous dire.



Tu collabores à C’est juste de la télé depuis septembre dernier. Comment cette nouvelle expérience se déroule-t-elle?
Ça se passe vraiment bien. Disons que je suis heureux d’être payé pour regarder de la télé! (Rires) Ça me permet de suivre certaines émissions que je n’aurais pas tendance à écouter spontanément et d’avoir un bon portrait de ce qu’est la télé, surtout celle d’ici. J’adore mon expérience : mes collègues sont extraordinaires et j’ai beaucoup de fun.


Quelles constatations as-tu faites sur le milieu de la télé d’ici depuis que tu t’es joint à l’équipe?
Ce qui continue de m’impressionner, c’est à quel point on est capables de faire des miracles avec des budgets qui ne sont pas à la hauteur de ceux des équipes de production ailleurs dans le monde. On est vraiment des gens d’extrêmes ingéniosité et créativité en mesure de donner vie à des produits qui peuvent rivaliser avec des mégaproductions. Il y a de quoi en être fiers!


Avec le grand bouleversement qu’a amené la multiplication des plateformes de diffusion, comment vois-tu l’avenir de la télé?
Je pense que la télé va devenir à la carte, ce qui permettra aux gens d’aller où ils veulent, quand ils veulent. Ça crée une nécessité de créer du contenu qui va rejoindre un public plus précis. À mon avis, on va avoir de la télé plus segmentée en ce sens qu’on va s’intéresser à des niches plus précises plutôt que d’essayer de faire exclusivement de la télé grand public. Je pense qu’il va y avoir un peu plus de tout pour tout le monde.

Cela dit, on le voit avec le retour d’émissions comme Star académie, Tout le monde en parle ou Big Brother célébrités en ce moment, le rendez-vous télévisuel, surtout en direct, reste relativement important. J’ai l’impression qu’on va peut-être observer un retour à la télé-événement paradoxalement à cette télé à la carte. Je pense notamment à La face cachée de la Lune qu’on a vu récemment.


La diversité est un sujet qui a beaucoup fait jaser dans la dernière année, surtout en télé. Il semble y avoir eu une prise de conscience à cet égard de la part des décideurs, comme ça a été le cas pour le dernier Bye bye, par exemple. Comment perçois-tu la situation actuelle?
C’est une grande et vaste question. Je pense qu’on est à la croisée des chemins, c’est-à-dire que oui, on se dit qu’il faut mettre de la diversité à l’écran, mais qu’il reste du chemin à faire. La prochaine étape sera de trouver des gens issus de la diversité pour raconter leurs propres histoires et ainsi créer des contenus qui sont liés à l’expérience des personnes racisées ou qui s’inspirent de la façon dont elles perçoivent le monde.

C’est une bonne affaire de voir de la diversité, de créer une équipe de scénaristes issus de la diversité pour le Bye bye, mais je pense qu’il faudra que cette diversité soit impliquée davantage dans le processus de création et qu’elle ne soit pas uniquement utilisée pour créer un espace de bonne conscience. Il faut qu’on permette à ces personnes de raconter leurs histoires pour que les gens qui ne sont pas nécessairement exposés à cette diversité et à la culture qu’elle porte puissent l’être. Je crois que c’est le mandat de la télé aussi : non seulement d’être représentative de la société dans laquelle on vit, mais aussi de permettre aux gens d’avoir accès à des univers qu’ils ne connaissent pas.
 

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En tant que personne racisée, quel a été ton rapport à la télé en grandissant? Avais-tu de la difficulté à t’y reconnaître?
Je ne pense pas que quand tu es enfant, tu réfléchis de façon consciente au fait que tu n’es pas représenté à la télé. C’est sûr qu’il y a un certain manque que tu ressens en regardant la télévision, mais c’est difficile de l’identifier clairement. Je pense que c’est aussi ça qui fait que rapidement, je me suis tourné vers la culture d’ailleurs, où je trouvais qu’il y avait des gens qui me ressemblaient plus.

Là où ça a vraiment eu un impact, c’est dans la façon de voir la possibilité de faire carrière dans cette industrie. Quand est venue mon envie de faire de la radio et de la télé, je regardais le portrait du milieu et je me disais constamment que j’aimerais ça, mais que ça ne se pourra pas parce qu’il n’y a personne qui fait de la télé que je regarde qui me ressemble. J’avais écarté cette possibilité d’office et à un moment donné, je me suis rendu compte que c’était possible et qu’il y avait une place pour des gens comme moi. C’est en pratiquant le métier que j’ai compris l’importance de la présence des personnes issues de la diversité à la télé.


Y a-t-il des productions télé qui incarnent la diversité que tu as particulièrement appréciées récemment?
Mon gros coup de cœur, c’est Tenir salon, une émission animée par Sophie Fouron et produite par Catherine Bureau, diffusée à TV5 depuis l’automne dernier. C’est un concept relativement simple quand tu y penses : l’animatrice se rend dans des salons de coiffure de diverses communautés ethniques et a des conversations avec ces gens-là. La façon dont c’est fait par Sophie Fouron, une personne qui a tellement d’empathie, d’ouverture, de gentillesse et de bienveillance, permet de découvrir d’un point de vue lumineux et positif ce qu’est la diversité sans enjoliver les affaires. On comprend les enjeux, ce que c’est que de grandir dans différentes communautés et en même temps, on se rend compte de toute la beauté qui y existe; de ce que le Québec a apporté à ces gens et ce qu’ils ont apporté au Québec en retour. J’ai vraiment capoté sur cette série. Du point de vue de la diversité au Québec, je pense qu’on n’avait pas fait mieux depuis des lustres.


Nicolas Ouellet, merci beaucoup!


Tous les vendredis à 21 h sur ICI ARTV, Nicolas Ouellet et toute l’équipe de C’est juste de la TV analysent et critiquent les plus récentes productions télé et web tout en donnant leur avis.