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Le Bye bye 1970... 50 ans plus tard
Radio-Canada

Le Bye bye 1970... 50 ans plus tard

Josiane Gosselin et Guillaume Chenail

28 décembre 2020

Ce billet vous est offert par l’équipe web de C’est juste de la TV.


Il va sans dire, à moins que vous viviez dans une grotte depuis maintenant 52 ans, le Bye bye se passe de présentation! Cette émission, devenue une tradition de fin d’année profondément ancrée au Québec, est attendue – ou redoutée – chaque année et fait énormément jaser dès les premières minutes de sa diffusion. Sketches, parodies, imitations et chansons sont au cœur de ce Saturday Night Live annuel bien de chez nous. Cette année, nous fêtons d’ailleurs les 50 ans du Bye bye 1970

Rétrospective de cette édition qui a marqué l’histoire.

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Une tradition depuis les années 1960

Mis à part les quelques interruptions du Bye bye en 1997, de 1999 à 2002, de 2004 à 2005 et en 2009, l’émission a fait sa place dans nos salons chaque 31 décembre à l’antenne de Radio-Canada depuis 1968! Elle a toujours été un happening télévisuel, une façon de rassembler les gens, de fêter, de terminer l’année en écorchant au passage certaines personnalités du monde politique et artistique, ainsi que des quidams qui ont fait l’actualité pour de bonnes et moins bonnes raisons. Au fil des années, nombre de performances, de sketches et de personnalités ont marqué l’imaginaire québécois lors de ce rendez-vous.

Saluons ici notre célèbre Dodo nationale (Dominique Michel), qui en est la doyenne avec plus de 18 apparitions à son actif. 

 

Le Bye bye 1970

 Cette revue de l’année légendaire était animée par de grandes personnalités de notre showbizz : Olivier Guimond, Louise Latraverse, Denis Drouin, Louise Forestier et Françoise Lemieux. À l’écriture, c’est Gilles Richer (père de la comédienne Isabel Richer) qui signait l’intégralité des textes à lui seul.

C’est tout un exploit, quand on pense qu’aujourd’hui, un collectif d’environ sept ou huit auteurs et autrices planche sur cette revue humoristique. Réalisé par le grand Jean Bissonnette, le Bye bye de 1970 s’ouvrait en chanson, sur un air et des paroles mémorables : « Bye bye 70, bye bye! Ciao, salut bona sera! Bye bye 70, bye bye! Ciao, surtout ne reviens pas! » Un véritable ver d’oreille!

 

Un Bye Bye marquant pour une année marquante

Rappelons-nous que l’année 1970 avait été particulièrement mouvementée en raison de grands événements sociaux et politiques, notamment la célèbre et sombre crise d’Octobre. Disons que le défi de faire rire était encore plus grand! Ces événements ont d’ailleurs inspiré LE numéro le plus marquant de l’histoire des Bye bye : le fameux sketch du soldat de Westmount.

Ayant pour contexte l’imposition de la Loi sur les mesures de guerre décrétée pendant la crise, la scène met en vedette un Olivier Guimond au sommet de son art qui interprète un soldat de l’armée canadienne posté devant une résidence cossue de Westmount. Le riche propriétaire anglophone de la maison (Denis Drouin) en sort, déjà ivre, et propose au soldat de trinquer à la nouvelle année avec lui. Après quelques grosses gorgées, les deux hommes sont visiblement éméchés; le soldat chambranle et grimpe difficilement les marches du perron, exécutant une petite cascade en tombant dans le sapin. Ce numéro fait bien sûr rigoler par les nombreuses mimiques et prouesses physiques d’Olivier Guimond, que plusieurs qualifiaient à l’époque de « Charlie Chaplin québécois ». 

Bien plus qu’un numéro burlesque, ce sketch est surtout mémorable puisqu’il porte sur la lutte entre les riches et les pauvres, ainsi que sur la tension qui subsistait entre les francophones et les anglophones. Le soldat francophone explique au propriétaire anglophone qu’il vient de Saint-Henri « juste en bas où s’quia pas de lumière ». Une fois les deux protagonistes bien avancés en alcool, les classes sociales et les luttes tombent, ce qui laisse place à une grande complicité. La comédienne Louise Latraverse, qui jouait la femme du riche propriétaire dans ce sketch, a même raconté aux Enfants de la télé qu’Olivier Guimond avait un trac immense avant de tourner la scène du soldat, si bien qu’il avait accepté de la faire, mais d’une seule prise… et c’est celle que nous pouvons apprécier encore 50 ans plus tard!


Crédits photo : Radio-Canada

 

Le Bye Bye au fil du temps

En replongeant dans cette revue de l’année mythique, on se rend vite compte que la formule du Bye bye a bien évolué au fil des décennies. Le rythme des sketches de l’époque était évidemment beaucoup plus lent, mais on caricaturait tout autant les têtes de Turc de l’époque. Dans la mouture de 1970, il y a des parodies, mais on évoque plutôt la personne en la nommant. On observe aussi une mise en scène qui relève davantage du télé-théâtre que d’une émission télé. Aujourd’hui, les maquillages sont d’une grande qualité, et les imitations sont calquées sur les personnalités qui sont parodiées. On ne lésine pas sur les costumes, les prothèses, les perruques et les effets spéciaux!

 

Le portrait d’une époque

Le Bye bye de 1970 était aussi largement axé sur la politique. À l’époque, Robert Bourassa avait tout juste été élu, et la religion occupait encore une grande place dans la société québécoise. L’année était aussi marquée par la sortie du mythique film Deux femmes en or, qui a été parodié dans un sketch sur les « films de fesses ». On y allait également de plusieurs blagues sur le féminisme et l’égalité hommes-femmes : une femme bien coiffée, vêtue d’une robe, en train d’utiliser un marteau piqueur; des hommes qui accouchent; ou encore des femmes qui conduisent (!), signe que chaque Bye bye est bien ancré dans son époque. À minuit arrivait le classique décompte entamé par les membres de l’équipe d’animation, et le tout se terminait sous une pluie de confettis, une formule toujours gagnante dans une émission de variétés visant à fêter la nouvelle année. 

Une phrase pourtant anodine du Bye bye 70 crée toutefois un drôle de sentiment quand on le regarde avec une perspective 2020. C’est lorsque les membres de l’équipe d’animation s’adressent à la caméra en chantant : « 30 secondes pour préparer vot’ bec tout le monde! » On y voit les personnalités collées les unes sur les autres qui se prennent dans leurs bras. Ouch! Cinquante ans plus tard, jour pour jour, c’est une tout autre réalité que nous vivrons au jour de l’An… 

Pour les gens d’ici, 1970 était une année « à oublier », et l’année 2020 le sera tout autant. Cinquante ans séparent les deux émissions, mais nous aurons peut-être, nous aussi, envie de chanter en cœur « Bye bye 2020, bye bye! Ciao, surtout ne reviens pas! » 

Pour revoir intégralement ce mythique Bye bye 1970 :