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Rencontre littéraire Pour emporter avec Jean-Philippe Baril-Guérard
Photo : Kevin Millet

Rencontre littéraire Pour emporter avec Jean-Philippe Baril-Guérard

Thomas Dallaire-Boudreault

30 octobre 2020

Jean-Philippe Baril-Guérard marque sa génération. Il est écrivain, dramaturge et acteur. Avec la série Faux départs, il fait ses premiers pas comme scénariste. Et ce ne sont pas ses derniers. Parmi ses projets futurs, on trouve une toute nouvelle série-télé en développement ainsi qu’une adaptation cinématographique de Royal, son populaire roman qui nous amène dans l’univers fou de la course aux stages de la faculté de Droit de l’Université de Montréal.

Rencontre littéraire avec Jean-Philippe Baril-Guérard, artiste multidisciplinaire aux grandes ambitions.​


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On a découvert tes talents de scénariste dans la série Faux départs. As-tu toujours envisagé d’écrire pour la télévision?
C’était une commande! Ce n’était pas du tout sur ma to do list. Il y a beaucoup d’affaires dans ma carrière qui m’arrivent parce que les gens me proposent quelque chose que je n’ai jamais fait et que j’accepte. Je dis toujours oui à ça, d’ailleurs. Si je l’ai jamais fait, je veux au moins l’essayer.

Ça s’est vraiment bien passé. Il y a beaucoup de gens qui se sentent brimés quand ils écrivent pour la télé à cause des contraintes. Moi au contraire, je vois ça comme un échange. Je fais du ping-pong, une idée en amène une autre et je travaille bien en équipe. Je trouve ça plus facile de respecter les deadlines parce que, justement, on est encadrés. Mon expérience jusqu’à maintenant est très positive.

C’est certain qu’il y a toujours des concessions à faire, surtout par rapport au budget. C’est super important pour moi de continuer d’écrire des romans ou du théâtre parce que j’ai une certaine liberté que je ne peux pas aller chercher en télévision.

Catherine Brunet et Antoine Pilon dans Faux départs  Photo: Passez Go. 

Il est évident que ton travail a rejoint un plus grand nombre de personnes grâce à la télé et au web. Crois-tu avoir ouvert les yeux d’une génération plus âgée quant à la réalité des vingtenaires d’aujourd’hui?
Je te dirais que ce que je fais rejoint en grande majorité des gens de mon âge. J’ai eu des commentaires négatifs de gens qui trouvaient que ma série n’était pas, à leurs yeux, de la bonne télé. Mais non, je ne dirais pas que ma série a servi de pont générationnel.

 

Écris-tu une série comme tu écris un roman ou du théâtre? Quel est ton processus créatif?
Je dois t’avouer : c’est l’équivalent d’avoir un vers d’oreille. Des fois ça part d’une citation, d’une réplique. Je me mets à y penser. J’y pense, j’y pense, j’y pense et puis à un moment donné je vais formuler une phrase, un paragraphe et généralement, j’ai une assez bonne idée dans quel médium ça va s’inscrire. On dirait que dès que j’invente une histoire dans ma tête, le médium vient avec automatiquement. C’est très intuitif.

Ce n’est pas tant différent. Ça va beaucoup avec le degré de liberté que je vais avoir. Par exemple, si j’écris une histoire où la façon de la raconter est super importante, je vais aller plus dans le littéraire. Si le rapport avec le public est important, je vais aller vers le théâtre et si le réalisme est super important, je vais être porté à aller vers l’écran.

 

À quel point retrouve-t-on ta personne dans tes oeuvres? Par exemple, dans Royal, tu t’es inspiré de l’expérience d’un de tes amis et tu as fait énormément de recherche sur les la faculté de droit de l’Université de Montréal.
Je suis 100% là! Cette recherche-là me permet de me chercher, en fait. Oui, mes livres dépeignent une réalité, mais c’est aussi pour me permettre de mettre un costume pour me cacher afin que les gens ne me voient pas. Ça me permet de me livrer sans que, au moment où je fais une entrevue  avec Marie-Louise Arsenault, par exemple, j’aie à livrer mon expérience de vie.

Je trouve qu’on passe beaucoup de temps à essayer de tracer des parallèles entre la vie des auteurs et leurs oeuvres. Et moi, en me cachant derrière des personnages et des univers dans mes livres, je réussis à m’abstraire de ça. Et j’adore ces univers-là, j’ai adoré me plonger dans Royal. J’ai appris plein de choses. Sans avoir à faire de l’autofiction à proprement dit, ce que je n’ai pas le goût de faire par pudeur, je me peux permettre de faire un peu des deux!

Royal, Jean-Philippe Baril-Guérard, Les éditions De ta mère, 2016

Donc, tu ne serais pas tenté d’écrire une pure autofiction?
Il ne faut jamais dire jamais! Je pourrais un jour avoir un éclair de génie et m’y mettre, mais spontanément, j’aime mieux pas. Je ne serais pas à l’aise que les gens soient toujours en train de chercher ce qui est vrai et ce qui est faux. On dirait que j’aurais peur de voir le regard changer sur moi. Pourtant, c’est un plaisir que j’ai comme lecteur! (Rires)

 

Es-tu aussi cynique dans la vie que tes personnages peuvent l’être dans certains de tes livres?
Je pense que je suis vraiment moins pire qu’avant! C’est sûr que j’ai ça en moi, j’ai ce regard-là. J’ai de bonnes et de mauvaises journées, comme tout le monde. Disons qu’il faut que je fasse un effort pour être optimiste, mais en général j’arrive à le faire.

 

On te connait comme un artiste très polyvalent et productif. Ressens-tu, comme ton personnage dans Royal, une pression de performance?
Complètement. C’est tout ce que je sais faire. Je me définis beaucoup par le travail et par ma capacité à livrer. Ce n’est pas pour rien que j’ai écrit Royal. C’est drôle, parce qu’il y a des gens qui croient que ne fait que parler en mal de la course au stage et de la faculté de droit à cause du livre, mais j’avoue que j’aurais été ce gars-là. Le livre, c’est un constat. Ce que je mets de plus dégueulasse dans mes livres, c’est probablement ce qui me dégoute de moi-même.

 

C’est dans les plans de porter Royal au grand écran. Où en es-tu?
Je peux te dire que le scénario est écrit! On attend actuellement pour le financement. Ça aura effectivement lieu!

 

LES SUGGESTIONS CULTURELLES DE JEAN-PHILIPPE BARIL-GUÉRARD


Littéraire :

Sabrina, Nick Drnaso, Presque lune, 2019

« Ce roman graphique qui m’a fait capoter. C’est mon coup de coeur depuis quelques années et je le suggère encore :  Sabrina de Nick Drnaso. C’est extraordinaire. C’est un livre qui encapsule parfaitement l’époque. C’est l’histoire d’un gars qui a une vie un peu plate, qui est en plein divorce. Un jour, un ami d’adolescence l’appelle après plusieurs années lui demandant s’il peut venir chez lui ; sa copine a disparu. Sans voler de punchs, ça aborde des thématiques très actuelles : les conspirations, les radios-poubelles, la désinformation. C’est super intéressant. Personnellement, je l’ai lu trois fois. » 

 

 

Cinéma :

« Je suggère The King of Staten Island. J’ai trouvé ça extraordinaire. Je ne suis pourtant pas le plus grand fan de Judd Apatow, mais la magie opère définitivement dans ce long-métrage. C’est l’histoire d’un gars de 24 ans qui, enfant, a perdu son père pompier dans un feu. C’est un film qui aborde le passage de l’âge adulte, se remettre d’un deuil, passer à la prochaine étape. Ce qui est intéressant c’est que le père de Pete Davidson, qui incarne le personnage principal et qui a co-écrit le film, est décédé lors des attentats du 11 septembre 2001. Ce parallèle entre la vie du personnage et celle de l’acteur est vraiment puissant. C’est super touchant, mais en même temps, c’est du stoner humor, les personnages sont complètement cons! » 

 

Série-télé :


« Comme beaucoup de gens, j’ai récemment regardé I May Destroy You. C’est ben ben bon. C’est un peu la même histoire qu’on se fait raconter à chaque saison, mais cette fois-ci, ça tombe au bon moment. Pour moi, c’est un peu le Girls de cette génération-ci. La vie, la vie était un peu dans le même esprit aussi. Cette volonté de fixer le temps, de s’ancrer dans une époque, d’avoir des personnages jeunes. On s’intéresse beaucoup à la culture du viol, donc l’angle abordé est très intéressant. » 

 

Musique :


« KNLO, définitivement! Ça m’a pris quelques écoutes, mais aujourd’hui, je peux affirmer qu’il n’y a que de bonnes chansons. Son album est écoeurant et je trouve qu’on n’en a pas parlé assez. »
 


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